Bruxelles, 28/01/2005 (Agence Europe) - L'UE et la Tunisie tiennent le 31 janvier en marge du Conseil Affaires générales la 5ème session de leur Conseil d'association. Les deux parties examineront la coopération au titre de l'accord en cours d'application (concurrence, normes, règles d'origine, énergie, transports, migration, etc.). L'UE souhaite activer les sous-groupes sectoriels créés et parvenir à un accord sur la création d'un sous-groupe sur les questions politiques. Globalement, l'état d'avancement de cette coopération est jugé de manière positive à Bruxelles même si quelques Etats membres (France, Espagne et Portugal) insistent pour obtenir de la Tunisie l'ouverture de son marché à leurs produits agricoles transformés. La Commission plaide la libéralisation du commerce des services et le droit (réciproque) d'établissement, et compte solliciter prochainement un mandat de négociation. A Bruxelles, le « rôle pionnier » de la Tunisie dans les rapports bilatéraux comme dans le cadre du processus EuroMed est mis en exergue, et on y escompte que la « politique de voisinage » offrira de « nouvelles occasions d'approfondir et de consolider » ces relations.
Cette appréciation positive vaut surtout dans le domaine économique. Mais des recommandations sont faites à la Tunisie afin qu'elle progresse, « au rythme qui lui convient », vers un partage des valeurs qui fondent l'action commune. Une certaine conditionnalité est implicitement affirmée: « la relation sera déterminée par le degré d'engagement en faveur de ces valeurs et principes communs » et « se développera en fonction des efforts et des réalisations accomplis pour respecter ces engagements ». Clairement, le bénéfice de la « politique de voisinage » (financements) en dépendra. L'engagement dans cette voie est concrétisé dans la mise au point du plan d'action, établi « sur mesure » par la Commission en liaison directe avec la Tunisie (comme elle l'a fait avec d'autres pays de la région). La Tunisie affirme de son côté devoir mener un débat interne sur la « plus-value » de ce plan par rapport aux accords d'association. L'UE voudrait accélérer le mouvement et souligne que c'est la mise en œuvre des dispositions détaillées de chaque plan d'action qui « attestera de l'ambition pour les futures relations », et que les aspects politiques ont un caractère « essentiel ». L'UE prend acte des annonces politiques faites en Tunisie en faveur d'une ouverture politique, mais, au titre de la « coresponsabilisation » qu'elle invoque, elle se dit prête à « faire sa part » pour accélérer « les efforts visant à promouvoir une démocratie véritablement pluraliste » qui permette à « toutes les composantes de la société civile de participer pleinement et sans entrave à la vie publique ». Des gestes particuliers sont attendus de Tunis permettant le financement direct européen d'associations tunisiennes et, dans la perspective du « sommet mondial sur la société de l'information » (SMSI) qui aura lieu en Tunisie fin 2005, d'y faciliter la présence d'ONG. Pour les Tunisiens, les choix politiques sont d'abord nationaux et doivent être conçus en fonction de leurs spécificités politiques et historiques, et la démarche doit être globale, et accorder la priorité à la lutte contre la pauvreté, la consolidation du tissu social et à une action résolue en faveur de la santé, de l'éducation de la jeunesse et des droits des femmes.
Au stade actuel, l'UE note que des progrès ont été accomplis par la Tunisie pour réformer ses structures économiques et lui promet aide et appui pour approfondir cette démarche. Les Tunisiens constatent cependant une diminution du soutien financier au titre de MEDA (de 100 millions d'euros en 2003-2004, à 75 millions pour l'exercice biannuel 2005-2006), une baisse qu'ils considèrent regrettable au moment où ils abordent la phase finale (2008) de leur processus de démantèlement tarifaire vis-à-vis de l'UE, d'autant plus délicate qu'elle se double de l'impact de la fin du système des quotas textiles en application des règles de l'OMC. La préservation du secteur textile est l'une des grandes priorités des Tunisiens qui tiennent aussi à en souligner le caractère « mutuel », car de nombreux investisseurs européens y ont des intérêts en Tunisie. La Commission est invitée à prêter main-forte pour la sauvegarde de ce « secteur intégré » et, au moins, à compenser la baisse des concours financiers par une action plus marquée d'encouragement des investissements.
Sur un plan plus général, dans le cadre de la politique de « voisinage », les Tunisiens espèrent parvenir à une coopération « globale et équilibrée » entre tous les volets - politique, économique et social - et dotée de moyens adéquats. Ils insistent surtout sur la nécessité d'une concertation permanente, les choix à faire devant respecter leurs propres priorités (ownership).