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Bulletin Quotidien Europe N° 8877
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Ce que le Président Juncker attend du Sommet de printemps à propos de la stratégie de Lisbonne - Deux avertissements à la Commission européenne

La participation de la société civile à la stratégie de Lisbonne était le sujet de la conférence organisée mercredi et jeudi à Luxembourg par le Comité économique et social européen (CESE). Le président du Conseil Ecofin, le président du Groupe de l'euro et le président du Conseil européen y ont pris la parole. Vous êtes au courant, j'imagine, du fait qu'il s'agit d'une seule personne: Jean-Claude Juncker. Avant d'exposer les résultats (significatifs et instructifs) de la Conférence, je veux rendre compte de ce que M. Juncker a dit. Il n'a pas mâché ses mots. Je lui laisse la parole.

Se faire comprendre par les opinions publiques. M. Juncker a d'abord rappelé «quelques évidences», comme la constatation que, pour le moment, la stratégie de Lisbonne «n'est pas une réussite intégrale ; ce n'est pas un échec total, mais on a un peu perdu l'orientation.» Pour lui, la première difficulté est que « les gens n'ont aucune idée de quoi l'on parle ». Ayant cité la stratégie de Lisbonne devant un groupe d'immigrés portugais dans son pays, il a été très applaudi parce qu'ils croyaient qu'il était en train de faire l'éloge de leur capitale. Si on parle seulement de réformes, les gens se méfient: dans la situation actuelle d'incertitudes, ils craignent que les acquis sociaux du modèle européen de société soient remis en cause. Il faut les convaincre que c'est exactement le contraire: le but de la stratégie est de rendre la protection sociale et les autres acquis de ce modèle accessibles au plus grand nombre, à ceux qui en sont encore exclus. Dans ce but, les Etats membres doivent s'approprier la stratégie de Lisbonne, traduire en stratégies nationales ce qui est décidé à Bruxelles par le Sommet. M. Juncker a déjà expliqué cette exigence à ses collègues chefs de gouvernement. Savez-vous quelle est parfois la réponse ? Que dans l'immédiat l'avantage politique irait aux forces d'opposition, qui, si elles deviennent majoritaires, pourraient ensuite s'attribuer même le mérite des effets positifs des réformes, effets qui apparaîtront plus tard ! C'est, pour M. Juncker, un raisonnement inacceptable. Il est indispensable de mettre en place des »programmes d'action nationaux», préparés en liaison avec les partenaires sociaux, et soumis aux parlements nationaux qui en surveilleraient la mise en œuvre. On aurait ainsi des débats, la presse s'en occuperait, les gens seraient informés et «Lisbonne » ne serait plus simplement une ville, mais un projet. Par ce changement de méthode, la moitié du travail serait faite car les opinions publiques seraient impliquées et pourraient en comprendre la véritable signification.

Simplifier et clarifier. Pour contribuer à la prise de conscience des citoyens, il faudra aussi simplifier et rationaliser les trop nombreux «processus» dans lesquels l'Union s'est engagée. De certains, on a même oublié la raison d'être ; et il a cité le « processus de Cologne». Des piles de rapports que personne ne lit sont soumises au Sommet ; selon M. Juncker: «Nous sommes devenus un bureau d'études non appliquées. J'avais nourri l'espoir que la Commission y mette de l'ordre. Elle ne l'a pas fait. Nous attendons ses explications.»

Respecter l'équilibre. M. Juncker n'est logiquement pas rentré dans les détails de la stratégie de Lisbonne: les nuances, les réticences de l'un ou de l'autre, les susceptibilités, etc. sont innombrables. Il a toutefois insisté une fois de plus sur le nécessaire équilibre entre les trois volets qui la caractérisent: économique, social et environnemental. Il est indéniable que l'UE a un très réel problème de compétitivité ; un grand nombre d'indicateurs le prouvent, alors que d'autres indicateurs placent l'Union dans les premières positions à propos de la protection sociale et de la réglementation environnementale ; de ces points de vue, « nous sommes en avance sur nos amis américains ». Mais ce n'est pas une bonne raison pour faire maintenant de la compétitivité l'objectif unique de la stratégie de Lisbonne: il faut «maintenir intact l'équilibre et le lien entre les trois aspects. Si dans son document qu'elle va approuver la semaine prochaine la Commission met l'accent sur un seul aspect, nous aurions énormément de mal à faire passer le message à l'opinion publique».

En l'écoutant, j'ai eu la sensation d'une mise en garde davantage que d'une simple remarque. Venant de la part de quelqu'un qui continue à défendre le rôle de la Commission, son indépendance et son autonomie, et à affirmer l'exigence de respecter la méthode communautaire, cet avertissement n'a certainement pas été exprimé à la légère: il indique une véritable préoccupation.

En conclusion, ce que M. Juncker attend c'est qu'à l'issue du Sommet du printemps, l'UE puisse dire à ses citoyens ce que la stratégie de Lisbonne signifie pour ceux qui n'ont pas un emploi, pour les chercheurs, pour les petites et moyennes entreprises, pour les industriels.

M. Juncker a aussi précisé sa position sur les nouvelles perspectives financière, sur la révision de l'application du Pacte de stabilité, sur le blocage du brevet européen. J'y reviendrai. (F.R.)

 

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