Bruxelles, 30/09/2004 (Agence Europe) - L'Union européenne a réitéré formellement, cette semaine, sa disponibilité à apporter un soutien accru au mandat élargi de l'Union africaine au Soudan, et à augmenter son aide humanitaire pour secourir les victimes de la crise au Darfour.
Les entretiens de Jan Pronk, représentant spécial pour le Soudan du secrétaire général des Nations unies, reçu cette semaine à Bruxelles par Javier Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité de l'UE et par les Commissaires Chris Patten (Relations extérieures) et Poul Nielson (aide humanitaire), en ont fourni l'occasion.
Poul Nielson et Chris Patten ont assuré à Jan Pronk que la Commission européenne - qui a déjà fourni 92 millions d'euros d'aide humanitaire via Echo (l'Office d'aide humanitaire de la Communauté) - est « prête à faire plus au fur et à mesure que s'améliorera l'accès aux victimes ». Poul Nielson s'est dit en effet profondément préoccupé par le fait que « de nombreuses personnes n'ont toujours pas accès à l'aide humanitaire d'urgence en dépit d'améliorations récentes dans l'accès du personnel humanitaire ».
Les deux Commissaires ont également confirmé leur plein soutien à la mission de l'UA en cours de déploiement au Darfour et salué « son rôle constructif et proactif dans la recherche d'une solution durable et pacifique au conflit ». La Commission, qui a déjà financé 60% des coûts de la mission d'observation du cessez-le-feu (avec 12 millions d'euros prélevés sur la facilité d'appui aux forces africaines de maintien de la paix) serait disposée à mobiliser davantage de fonds pour une mission élargie, ont-ils assuré.
Auprès de Javier Solana et du Comité politique et de sécurité (COPS) de l'UE, Jan Pronk est venu plaider la mobilisation massive de moyens, financiers et humains, pour aider l'Union africaine à mener à bien le mandat élargi qu'elle a reçu du Conseil de sécurité de l'Onu. La force de paix que l'UA pourrait déployer au Darfour devra être de grande envergure pour « une région gigantesque » comme le Darfour, et ne saurait donc se contenter d'une poignée de soldats, a-t-il expliqué. Car elle devra non seulement surveiller le respect du cessez-le feu, mais aussi assurer la sécurité dans les camps, et ailleurs, pour permettre aux réfugiés de regagner leur villages. L'enjeu est de taille car un risque de famine se profile si les agriculteurs ne peuvent pas travailler leurs champs à temps pour la prochaine récolte. Jan Pronk s'est dit convaincu que « l'Europe peut aider beaucoup à accroître la capacité de l'UA ».
Devant la presse, M. Pronk a précisé que les besoins en soldats se comptent en « milliers ». Javier Solana a ajouté, lui, que « sur le terrain, les soldats seront africains » car l'Union africaine restera leader et maître d'oeuvre de l'opération. L'aide accrue de l'UE pourrait prendre la forme d'un soutien en formation et en communication pour la planification de l'opération - si la demande en est faite -, a-t-il rappelé.
Pour l'heure, les modalités détaillées de ce soutien ne sont toujours pas arrêtées, en dépit de plusieurs missions d'évaluation des besoins effectuées au siège de l'Union africaine (voir EUROPE du 18 septembre, p. 5) et des contacts bilatéraux qu'a eus Javier Solana avec Alpha Konaré, président de l'UA, et de nombreux chefs d'Etats africains, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York.
L'idée de déployer une force de police d'une trentaine d'hommes est toujours sur la table, mais rien n'a encore été décidé. Et pour cause, l'Union européenne est toujours en attente d'une demande formelle de l'Union africaine. Or, selon des sources proches de l'UA, l'Union africaine n'a pas, pour l'instant, montré beaucoup d'enthousiasme à l'idée de voir déployer sur son sol des forces européennes.
A la délégation de parlementaires soudanais conduite par M. Al Mahdi venus le rencontrer le même jour, le Haut représentant Solana a exprimé ses préoccupations relatives aux violations constantes du cessez-le feu et aux attaques perpétrées contre les civils. Il a souligné la nécessité de progrès concrets et rapides dans le désarmement des milices armées et dans l'identification des responsables de violations des droits humains en vue de les traduire en justice, et rappelé l'importance d'un véritable engagement de toutes les parties en faveur d'une conclusion positive des processus de paix actuellement en cours.