La Haye, 30/06/2004 (Agence Europe) - Au cours de leur Présidence, les Pays-Bas veulent se concentrer sur « les dossiers clés qui sont essentiels pour les citoyens européens », a affirmé le Premier ministre Jan-Peter Balkenende devant un groupe de journalistes européens mercredi à La Haye. "Cela signifie que l'accent sera mis sur le redressement de l'économie européenne, sur la sécurité intérieure et sur la poursuite de l'élargissement ", a-t-il dit.
Economie. L'économie européenne a des "faiblesses évidentes" par rapport aux concurrents internationaux (M. Balkenende a dit notamment qu'il était 11 fois plus difficile de lancer une entreprise en Europe qu'aux Etats-Unis). "Nous manquons de dynamisme dans la mise en œuvre des réformes qui ont été convenues", par exemple en ce qui concerne la flexibilisation du marché de l'emploi, a-t-il reconnu. En plus l'UE n'exploite pas son potentiel: par exemple, alors que tout le monde sait combien le secteur des services est créateur d'emplois, l'UE n'a toujours pas réussi à entièrement assurer la libre circulation des services. Autre aspect négatif: la "lourde charge administrative" qui pèse sur les entreprises. "C'est pourquoi la Présidence néerlandaise mettra l'accent sur la simplification et l'amélioration de la législation et de la réglementation européenne", a annoncé M. Balkenende. "Je mettrai tout en œuvre pour convaincre tout le monde de l'urgence d'entamer des réformes: sécurité sociale, réglementation du marché du travail, pensions". Les nouveaux pays membres ont une expérience particulière en matière de réformes et peuvent apporter une plus-value importante à toute l'UE, a-t-il estimé.
Sécurité, justice. "L'Europe doit être un espace où le droit est pleinement souverain et où les gens se sentent libres et en sécurité", mais seule une coopération étroite entre Européens (et avec d'autres partenaires internationaux) permet d'y parvenir. "Nous devons renforcer l'échange d'informations et créer un 'marché commun' des décisions judiciaires ou encore harmoniser la politique en matière de drogues". La Présidence travaillera aussi pour développer concrètement une politique européenne d'asile, de migration et d'intégration, a dit M. Balkenende, en annonçant: « Nous entendons adopter en novembre un programme pluriannuel qui fera suite au programme de Tampere ».
Elargissement. Les dix nouveaux pays doivent être impliqués le plus rapidement possible dans tous les aspects du travail des institutions communautaires, et les processus d'adhésion de la Bulgarie (qui a déjà conclu ses négociations techniques) et la Roumanie (qui entend conclure ses négociations d'ici la fin de l'année) se poursuivront. Quant à la Turquie, la Présidence estime que la décision de décembre prochain doit être une décision "durable et réfléchie bénéficiant du soutien de tous les Etats membres.
En répondant à des questions, M. Balkenende a évoqué: - les perspectives financières. L'objectif de la Présidence est d'aboutir d'ici la fin de l'année à un consensus sur des "lignes directrices" et des principes sur la base desquels trouver un accord en 2005. A propos du veto obtenu par La Haye dans la Constitution en ce qui concerne l'adoption des perspectives financières, M. Balkenende a souligné que "nous sommes prêts à utiliser la clause de passerelle pour passer à la majorité qualifiée pour l'adoption des perspectives financières dès qu'un mécanisme correcteur aura été décidé" pour trouver un meilleur équilibre des contributions budgétaires (les Pays-Bas sont de loin les plus importants contributeurs nets, par tête d'habitant). Ce "mécanisme correcteur" devrait d'ailleurs faire partie des "principes" sur lesquels la Présidence néerlandaise souhaite avancer et trouver un accord au cours des six prochains mois. - Le référendum sur la Constitution. Un référendum consultatif aura lieu aux Pays-Bas, mais il est peu probable qu'il ait lieu avant la fin de l'année, étant donné que la législation néerlandaise exige un délai minimum de 50 jours entre la signature de la Constitution et le moment du référendum. M. Balkenende est, en principe, favorable à l'idée de tenir des référendums le même jour, mais des questions pratiques et la "situation constitutionnelle différente" des pays membres pourraient rendre cela impossible. L'idée de l'ancien Premier ministre grec Costas Simitis de créer un groupe de hautes personnalités qui s'investiraient dans des campagnes de soutien à la ratification de la Constitution est "bonne", mais la Présidence veut consulter les pays membres avant de décider comment donner suite à cette suggestion. "Nous devons encore travailler sur cette proposition". D'une manière générale, M. Balkenende s'est dit satisfait de la Constitution, "car elle rend l'Europe plus démocratique, plus efficace et plus transparente (…) et offre de nouvelles garanties pour que l'Europe ne dépasse pas les limites de ses compétences". - La Turquie. L'intervention du Président Bush en faveur de l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie était "inappropriée". "J'ai dit à M. Bush (à Istanbul) que c'est une question qui doit être décidée par les Européens (…) J'ai été très clair sur ce sujet". Il faut attendre le rapport de la Commission avant de prendre une décision. "C'est aussi pourquoi j'ai dit à M. Bush qu'il serait prématuré, aujourd'hui, de donner une date pour l'ouverture des négociations". La Commission travaille actuellement sur une étude d'impact sur les conséquences d'une adhésion turque sur l'UE, "mais cette étude ne peut pas être prise comme prétexte pour créer un nouveau critère d'adhésion, un nouvel obstacle pour la Turquie, car ce serait changer les règles de jeu en cours du jeu", alors que la Turquie est reconnue comme pays candidat depuis 1999. Offrir à Ankara un "partenariat privilégié" plutôt que l'adhésion serait aussi changer les règles de jeu et irait à l'encontre de la décision de principe prise en 1999, a estimé M. Balkenende.