Bruxelles, 06/04/2004 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense de l'Union européenne, réunis en session informelle à Bruxelles lundi et mardi, ont approuvé la mise en place de « groupements tactiques » pour des opérations de réaction rapide (« battle groups ») d'ici 2007, a annoncé la Présidence lors d'une conférence de presse à l'issue de la première journée de travaux. En attendant que le processus soit complètement finalisé, l'UE pourrait déjà se doter de deux ou trois de ces « groupements tactiques » dès 2005, note un document de travail du Secrétariat général du Conseil examiné lundi par les ministres. Un rapport complet sur ces « groupements tactiques », fondé sur ce document, devrait être adopté lors du Conseil conjoint des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, des 17 et 18 mai.
La Présidence s'est félicitée lundi des « réactions extrêmement positives » des ministres de la Défense à l'idée de développer ces « groupements tactiques », qui font partie des nouveaux objectifs de l'UE en matière de capacités militaires à l'horizon 2010. Nées d'une initiative franco-britannique de février dernier et à laquelle s'est associée l'Allemagne, ces forces, composées de 1.500 effectifs, devront permettre à l'UE de réagir rapidement en cas de crise, comme ce fut le cas pour la mission Artemis en République démocratique du Congo (RDC). Même si l'UE ne disposera pas de la totalité de ces « groupements tactiques » avant 2007, elle pourrait déjà disposer début de 2005 de deux ou trois de ces forces, dont la composition et les performances en termes de déploiement « pourraient être précisées avant la fin du mois de juillet 2004 », note le document du Secrétariat du Conseil. En conférence de presse, Javier Solana, Haut représentant de l'UE, a indiqué que trois Etats membres avaient déjà donné leur accord pour constituer ces « groupements tactiques » sans toutefois vouloir les nommer. Ces groupements pourraient être nationaux ou multinationaux.
Un des éléments-clé pour permettre le développement de ces forces réside dans la rapidité du processus décisionnel pour les déployer. Le document de travail du Secrétariat du Conseil insiste en effet sur la nécessité de mettre en oeuvre un processus de décision et de planification rapide pour permettre que les forces soient déployées et opérationnelles sur le terrain en quinze jours, et pour une durée de trois mois, dès que le Conseil a pris la décision de les lancer. Le déroulement de la planification d'une opération pourrait être facilitée par la mise en place de mécanismes adaptés aux caractéristiques de ces « groupements tactiques » et, dans ce contexte, la « cellule de planification de l'UE », créée sur le papier en décembre dernier (EUROPE du 13 décembre, p.5), pourrait jouer un rôle, souligne le document.
Le développement de ces forces se fera en totale coopération avec les Nations unies, puisque les groupements agiront exclusivement sous mandat de l'ONU, pour procéder à: - une intervention rapide afin de stabiliser une situation de crise, en attendant la mise en place d'une opération de l'ONU ; - une intervention rapide dans une zone de crise où l'ONU a déjà déployé une mission mais où l'évolution exige un « recadrement » de cette mission. L'UE serait chargée de gérer la crise en attendant que l'ONU ait recadré sa mission (ce fut le cas d'Artemis en RDC) ; - une intervention rapide pour extraire des contingents de l'ONU en proie à des difficultés qu'ils ne peuvent pas gérer compte tenu de leur mandat et de leur équipement. La coopération avec la force de réaction rapide de l'OTAN (NRF) est également indispensable et exigera un échange d'informations entre les deux organisations. Les forces des Etats membres mises à la disposition des « groupements tactiques » ne seront d'ailleurs pas « gelées » et pourront être mises à la disposition de l'OTAN, et vice versa, indique le document.
Lundi, dans son intervention devant les ministres, Javier Solana a souligné que les forces de réaction rapide de l'UE devront être"capables de conduire l'ensemble des missions envisagées par l'UE, y compris des engagements de haute intensité". M.Solana, qui a réaffirmé l'importance de "l'inter-relation entre le civil et le militaire, y compris les opérations de protection civile", a insisté: "il n'y a pas de réponse rapide sans planification et décision rapide" (il a rappelé qu'Artemis avait été lancée "moins de dix jours après la décision du Conseil" d'envisager une opération de l'UE, en ajoutant: "ce délai de réaction doit être notre objectif"). Par ailleurs, il a noté l'importance que l'ONU attache au développement d'une coopération concrète avec l'UE dans ce domaine et, à propos de la coopération de l'OTAN, il a répété: les forces de coopération rapide des Etats membres doivent pouvoir être mises à la disposition tant de l'UE que de l'Alliance atlantique, "faute de quoi il n'y aura pas de renforcement mutuel, mais une compétition coûteuse et inutile".