Bruxelles, 10/03/2004 (Agence Europe) - Le Comité économique et social européen (CESE), hormis sa composante actuelle (employeurs, travailleurs et intérêts divers, c'est-à-dire représentation des agriculteurs, des PME, de l'artisanat, des professions libérales, etc.), s'appuie désormais dans ses travaux sur la société civile au sens large, y compris ceux qui ne sont pas représentés en son sein (ONG entre autres), a commenté lors d'un déjeuner de presse à Bruxelles le président du CESE Roger Briesch. Et de préciser: "L'implication forte dans nos travaux de la société civile organisée non représentée au Comité traduit une volonté politique du CESE et est le point fort de ma présidence".
Cette problématique a fait l'objet du rapport de Jean-Michel Bloch-Lainé sur la "Coopération structurée avec les organisations et les réseaux de la société civile" (voir EUROPE du 2 mars, p.18). Ce rapport a servi de base de discussion à la conférence sur la démocratie participative organisée par le CESE les 8 et 9 mars (voir EUROPE du 18 février, p.18). En présentant son rapport à la presse, M.Bloch-Lainé a noté en particulier que « il ne s'agit pas de vouloir remplacer la démocratie représentative par démocratie participative », mais que « l'engagement citoyen ne peut pas se limiter à des rendez-vous électoraux ». M.Bloch-Lainé s'est dit convaincu que "le développement de la démocratie participative, qui se cherche encore, peut renforcer la démocratie représentative" et estimé que le CESE "a beaucoup à apprendre des gens de terrain". A l'issue des travaux, le Professeur Beate Kohler-Koch (Université de Mannheim) a noté la nécessité de « communiquer » l'Europe ("parce que les citoyens en sont complètement déconnectés"), et de mobiliser les ressources de la société civile. Quant au rôle du CESE, Mme Beate Kohler-Koch a indiqué que le Comité devrait être "l'activateur de la démocratie participative européenne", tout en redéfinissant sa position fonctionnelle au sein des institutions européennes et en mettant l'accent sur le partenariat social.
"Vous avez bien choisi le concept de la démocratie participative et pris soin de ne pas le comparer à la démocratie représentative", a souligné Jacques Delors (voir aussi EUROPE d'hier, p. 4). Frappé par "les pas en avant faits depuis plusieurs années", le Président Delors a remarqué que le projet de Constitution (articles 46 à 51) servira de référence. Dans le rapport Bloch-Lainé, le Comité est inscrit au coeur du dialogue civil, mais, constate le Président Delors, "le Comité n'aspire nullement à un monopole de représentation des ONG. Toutefois, il faut qu'il y ait un endroit où (…) on puisse permettre constamment à la société civile de s'exprimer", a estimé M.Delors. Pour lui, il faut parler d'"hygiène de la démocratie participative": tout d'abord,"la porte ne doit pas être fermée à de nouvelles ONG parce que notre société vit, se développe, nous avertit parfois de tragédies qui vont venir. Donc, de nouveaux groupes apparaissent; ensuite, le dialogue social doit être préservé et même stimulé". M. Delors met cependant en garde: "l'excès de concertation tue la concertation (…). Il n'y a pas de démocratie sans recherche de la simplicité ". "Le monde associatif au sens large tisse la toile de la démocratie européenne", estime l'ancien Président de la Commission européenne, tout en soulignant: il faut réhabiliter la politique. En même temps, il s'est demandé: « Quel est aujourd'hui le projet de l'UE? » Quand au prochain "grand élargissement", M.Delors a voulu être rassurant, en déclarant: "C'est une chance historique et un bonheur".
Remerciant Jacques Delors, "une référence morale, un homme engagé, notre ami", Roger Briesch a noté que "le Comité est le lieu où, ensemble, on fait la synthèse pour avoir une réelle légitimité vis-à-vis des décideurs publics" et indiqué qu'il allait demander ("au nom de la grande majorité d'entre nous"), aux chefs d'Etat et de gouvernement "de faire un geste pour accepter le texte de la Constitution".