Strasbourg, 04/09/2003 (Agence Europe) - Les récents attentats en Irak, et notamment l'assassinat de Sergio Vieira de Mello et de Mohammed Baker al Hakim, ainsi que l'insécurité persistante dans le pays unissent la majorité du Parlement européen sur la nécessité de demander un engagement de l'UE dans le cadre de l'ONU. Un débat a eu lieu à Strasbourg mercredi: le vote d'une résolution est prévu pour la deuxième session de septembre. L'UE ne peut se soustraire à ses responsabilités, a affirmé d'emblée le Président du Conseil, Franco Frattini, en souhaitant une ample majorité au Conseil de sécurité sur un plus large engagement de l'ONU en Irak. La Conférence des donateurs, le 24 octobre à Madrid, doit faire preuve de générosité, et la reconstruction économique et sociale du pays ne doit pas être une simple opération technique, mais agir comme vrai moteur de la cohabitation, a dit le ministre italien des Affaires étrangères.
Il ne faut plus se demander "si" l'Union doit être engagée dans la reconstruction de l'Irak, mais "comment", concorde, pour la Commission, Christopher Patten, en affirmant qu'on ne peut pas construire une société démocratique "au rabais". La Commission, a-t-il rappelé, a fourni une aide humanitaire, et prépare des propositions sur une approche européenne pour la reconstruction de l'Irak. Nous sommes prêts à coopérer, lorsque la sécurité le permettra, si un "parapluie multilatéral adéquat" existe, séparé du travail de l'Autorité provisoire mais coordonné avec elle. Il faut absolument disposer d'un fonds international qui fonctionne séparément (et de façon transparente) par rapport au Fonds de développement pour l'Irak et à la Coalition: sans ces garanties pour notre autorité budgétaire, je n'obtiendrais pas les crédits nécessaires, conclut M. Patten.
Le moment est venu, a déclaré Elmar Brok pour le PPE/DE, de se mettre d'accord avec les Etats-Unis sur le partage des tâches militaires, politiques et humanitaires. La logique de l'occupation doit être remplacée par la logique de la souveraineté, insiste le président du groupe socialiste, Enrique Baron, qui voit ici un rôle pour l'Union, après l'échec évident de la doctrine de la frappe préventive. Les libéraux ont toujours défendu une approche multilatérale, mais sur la base d'une résolution de l'ONU, qui devrait avoir un rôle central, confirme leur président Graham Watson. Certains parlementaires, comme Pernille Frahm, pour la Gauche unitaire/Gauche verte nordique, n'ont pas pu s'empêcher un "nous l'avions bien dit..." adressé aux Américains. Moi aussi j'étais parmi les prophètes de malheur, a admis Pierre Morillon (UDF), mais, maintenant, il faut agir, en essayant de comprendre le peuple irakien qui, à tort ou à raison, considère l'occupation de son pays comme inacceptable. Même si nous avions raison avant, ajoute le co-président des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, maintenant nous devons "être les plus intelligents", et aider les Américains et les Britanniques. Selon lui, l'UE devrait faire des propositions sur une conférence pour la stabilité et la paix dans la région, en y intégrant l'Iran et d'autres pays, ce qui permettrait à Washington et Londres de retrouver lentement le chemin de l'ONU. Oui, les Américains ont peut-être une mauvaise politique, s'est écriée la radicale italienne Emma Bonino, mais l'Union n'en a pas eu du tout. La première chose à faire, selon le souverainiste français Dominique Souchet, c'est d'établir un calendrier pour une transition politique "pilotée " par les Irakiens avec l'assistance de toute la communauté internationale. Quels principes faudrait-il suivre pour résoudre les conflits sur le terrain ? se demande un parlementaire qui a une expérience directe des conflits, John Hume (socialiste d'Irlande du nord). Et il réplique: respect pour la différence, mise en place d'institutions assurant ce respect, création de conditions qui facilitent le travail commun. John Hume suggère, au niveau de l'Union, la création du poste de "Commissaire pour la paix et la réconciliation", soutenu par un service qui pourrait se rendre dans les régions en conflit pour contribuer à une solution. Pour le groupe Europe des démocraties et des différences, Paul Coûteaux s'est interrogé sur deux "mensonges". D'abord le prétexte qu'il fallait détruire un pays pour y supprimer des armes de destruction massive qui n'y étaient pas. Et puis un autre: George Bush et Tony Blair voulaient-ils vraiment éradiquer l'islam de l'Irak, seul pays arabe qui était exempt de tout intégrisme? En tous les cas, le résultat obtenu est exactement le contraire.