Bruxelles/Genève, 28/08/2003 (Agence Europe) - Les 146 membres de l'Organisation mondiale du commerce devaient entériner, d'ici la fin de la semaine, un accord sur l'accès aux médicaments qui clarifierait une zone ombrageuse de l'agenda encore dangereusement surchargé de la conférence ministérielle programmée du 10 au 14 septembre prochain à Cancun. L'accord, conclu la veille entre les Etats-Unis, le Brésil, l'Inde, le Kenya et l'Afrique du Sud, est censé permettre aux populations les plus démunies de bénéficier à moindres frais de thérapies essentielles pour enrayer des épidémies aussi dévastatrices que le Sida, la tuberculose et la malaria. Quelques pays ont cependant fait savoir qu'ils attendent des informations supplémentaires, tandis que du côté des ONG le compromis était déjà qualifié de « désastreux ».
Le texte, approuvé par les Etats-Unis et leurs interlocuteurs principaux dans ce débat qui fait rage depuis plus de deux ans, est «destiné à procurer un réconfort à l'industrie pharmaceutique américaine qui appréhendait de possibles abus», a expliqué le représentant de l'Afrique du Sud à Genève, Faizel Ismail. Les protagonistes se sont focalisés sur un projet de déclaration de la Présidence du Conseil général de l'OMC qui, associé au compromis quasi consensuel (refusé par Washington) de décembre dernier, réalise le délicat équilibre entre les intérêts des fabricants de médicaments - qui reçoivent des assurances supplémentaires quant à la solidité de la protection de leurs brevets - et les besoins des pays en développement - auxquels il offre des dérogations pour produire et exporter ou bien importer des produits génériques moins chers, se félicite-t-on en substance sur le continent africain. Mais pour Oxfam, l'accord est « désastreux ». La principale raison est qu'il « implique tellement de paperasserie et d'obstacles que les pays en développement devront encore batailler pour avoir accès aux médicaments à bas prix, tandis que des milliers de gens continueraient inutilement à mourir », explique l'ONG dans une déclaration laconique. « Nous devons débarrasser (ce dossier) de la table avant Cancun, afin d'être à même de nous focaliser sur d'autres questions importantes », a souligné l'ambassadeur kenyan Amina Chawahir Mohamed, tandis que son homologue canadien Sergio Marchi (qui avait dû entériner l'échec des pourparlers l'an dernier en sa qualité de président du Conseil général) estime qu'avec cette avancée « très prometteuse (…), nous sommes sur le point de refermer un dossier très significatif». J'espère, a-t-il ajouté, que « nous saisirons l'opportunité ». Mais pour l'heure, certains pays cherchent encore à obtenir un complément d'informations, « pour certaines, non contraignantes ». Deux en particulier (les représentants du Venezuela et des Philippines: ndlr) veulent poser des questions avant de donner leur « feu vert », indiquait-on jeudi à Genève.
Mis à part cette percée, les activités intenses qui se poursuivent depuis deux semaines autour d'un projet de déclaration ministérielle finale (voir EUROPE du 26 août, p. 2, e du 27 août, p. 5), laissent encore subsister de trop nombreux points controversés. Carlos Perez del Castillo a lui même reconnu mercredi soir, à l'issue d'un huis clos, que « il n'y a toujours pas d'accord », rapporte -t-on de source proche des discussions. L'ambassadeur uruguayen, qui préside le Conseil général - l'instance décisionnelle de l'organisation - et mène les préparatifs, a toutefois confirmé que le projet de compromis général soumis dimanche dernier à l'examen des 146 « sera envoyé tel quel, avec une lettre d'accompagnement dans laquelle je refléterai les divergences de vues qui ont été exprimées ». « Ce projet reflète ma propre vision de là où nous en sommes dans ce processus », et « la lettre d'accompagnement assurera que les ministres pourront prendre la mesure des difficultés qui subsistent dans ce processus », a-t-il expliqué.
A Bruxelles, le porte parole du commissaire à l'Agriculture Franz Fischler qui sortait d'un entretien de « 90 minutes » avec son homologue japonais, a indiqué que « le Japon semble partager les craintes de l'Union européenne sur un grand nombre de points » traités dans ce document et qu'il « y a pas mal de sujets d'accord, surtout sur la question de la défense des préoccupations non commerciales, car le Japon a aussi des intérêts très importants » dans ce domaine. Le porte-parole a annoncé que les Amis de la multifonctionnalité, c'est-à-dire les pays qui se refusent à réduire l'agriculture à sa fonction de production de denrées alimentaires, se réuniront à Cancun, en marge du sommet de l'OMC, car « il y a beaucoup d'autres pays intéressés ».
Enfin, sur une autre question sensible, celle de l'inclusion dans les négociations des sujets dits de Singapour, les pourparlers continuent de buter sur l'opposition menée par l'Inde à l'inscription de l'investissement et de la concurrence à l'agenda.