Au moment où la Convention européenne se prépare à vivre sa dernière semaine d'activité, quelques phrases (prononcées par ses membres ou par d'autres personnalités européennes concernées) peuvent aider à comprendre l'atmosphère de ses débats, sa signification, et l'état d'esprit qui a animé ses acteurs.
1. L'élégance dans les concessions. Au moment où des concessions réciproques entre les conventionnels sont apparues indispensables pour atteindre le consensus sur le projet de Constitution, le président Valéry Giscard d'Estaing a donné l'exemple en renonçant à sa proposition de "Congrès des peuples européens" (organe réunissant parlementaires nationaux et parlementaires européens). Elle représentait l'une des idées auxquelles il tenait le plus; mais il s'inclinait devant les réticences majoritaires. Le jour après cette concession, les différentes composantes de la Convention se sont réunies séparément pour examiner l'avant-projet complet; mais deux d'entre elles, celle du PE et celle des parlements nationaux, ont tenu une réunion commune, et un seul porte-parole en a rendu compte en plénière. VGE a alors observé avec un sourire: "Si je comprends bien, vos avez réuni un petit Congrès. Je vous en remercie à titre posthume."
Je cite cette phrase comme indicative d'un certain style et d'une certaine ironie, y compris sur soi-même. Elle n'implique cependant pas une renonciation. Quelques jours plus tard, en présentant le projet de Constitution aux chefs de gouvernement réunis à Thessalonique, VGE a observé: " Je reste convaincu qu'à terme la coopération entre parlementaires nationaux et européens devra être organisée sur une base régulière, si l'on veut voir apparaître un jour une European political constituency qui serait le premier pas vers un véritable demos européen." Cette phrase est révélatrice de la suite dans les idées et de la confiance en ses propres convictions, autres caractéristiques de la nature complexe de VGE.
2. Le dépassement des intérêts nationaux (apparents). Iñigo Mendez de Vigo, parlementaire européen de nationalité espagnole et membre du Présidium de la Convention, a déclaré à un journal de son pays: "Le poids des Etats membres ne se mesure pas par les votes au sein du Conseil mais par la capacité d'influencer les décisions. L'Espagne a su attirer en Europe intérêt et admiration pour les résultats de sa politique économique et pour sa politique de coopération dans la lutte contre le chômage. Ceci a beaucoup plus d'influence que n'importe quelle minorité de blocage. L'autorité d'un pays ne réside pas dans les minorités de blocage." Le gouvernement espagnol pourrait s'inspirer de ces concepts au sein de la CIG lorsqu'il sera question de ses réserves sur les procédures de vote au sein du Conseil. On aimerait entendre un parlementaire polonais s'exprimer dans le même sens que M.Mendez de Vigo.
3. Droit de veto et opinion publique. À un journaliste qui lui faisait valoir que, dans un sondage "Eurobaromètre", les 47% de la population européenne s'étaient exprimés en faveur du maintien du droit de veto dans les affaires européennes importantes, le président de la Commission Romano Prodi a répondu: "Moi-même je me suis prononcé pour le maintien du vote à l'unanimité dans quelques cas, par exemple pour l'entrée de nouveaux Etats membres dans l'Union. Par conséquent, d'après les sondages, j'aurais pu être classé parmi les partisans du droit de veto. Et pourtant, Dieu sait à quel point je suis contre. Les statistiques et les sondages, il faut toujours les prendre avec beaucoup de prudence et de précautions."
4. Les raisons des eurosceptiques. Déclaration de Esko Seppänen, parlementaire européen de nationalité finlandaise, appartenant au groupe de la gauche unitaire (GUE): "Nous sommes face à un consensus fédéraliste résultant d'un diktat d'un Politburo, d'un coup d'Etat des grands pays". Lorsque le peuple finlandais sera appelé à s'exprimer sur le projet de Constitution européenne, il sera facile de vérifier si cette affirmation correspond à la position de son pays. Idem ailleurs. Si le verdict est positif, on continuera à se demander au nom de quoi les eurosceptiques prétendent représenter la volonté des peuples.
5. Deux slogans pour l'Europe. En se tournant vers le futur, le président de la Convention Valéry Giscard d'Estaing a exprimé l'intention de présenter le projet définitif de Constitution au président du Conseil européen avec comme sous-titre: "plus qu'un texte, une promesse". Il s'ajoutera à l'expression qui figure déjà dans le texte même du projet: "unis dans la diversité", qui serait, selon VGE, une bonne devise pour l'Union elle-même et ses peuples (elle résulte d'un sondage effectué auprès de jeunes de l'Europe entière).
À propos des termes retenus par les chefs de gouvernement pour définir le projet de Constitution ("une bonne base de départ"), VGE a observé: "Cette expression a été rédigée par les ministres des Affaires étrangères avant le Sommet. Elle ne reflète pas l'atmosphère chaleureuse et plus engagée de Thessalonique. Un certain nombre de chefs de gouvernement se sont dits prêts à adopter la Constitution telle quelle." (F.R.)