Bruxelles/Genève, 30/05/2003 (Agence Europe) - Les 147 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne seront pas au rendez-vous le 31 mai, date à laquelle ils avaient espéré fixer les modalités des négociations sur l'accès au marché des biens industriels dans le cadre de l'Agenda de Développement de Doha (ADD). « Nous avons râté l'échéance », a constaté l'ambassadeur suisse Pierre-Louis Girard, mercredi, en clôturant trois jours de discussions autour des propositions qu'il a soumises aux premières réactions - en l'occurrence très partagées - des délégués. « Et alors ? », a-t-il ajouté, rappelant que l'échéance convenue à Doha n'était qu'indicative ou plutôt incitative, le but étant de structurer les pourparlers en vue d'avancer. «Le vrai problème, a-t-il dit, c'est qu'il y a encore beaucoup de travail à faire ». « Les délégués veulent encore consulter les gouvernements et les gouvernements consulter l'industrie », résume une source proche des pourparlers qui se poursuivront en juillet puis en août à Genève. Sur ce chapitre de l'ADD, comme pour l'agriculture, l'accès des pays en développement aux médicaments essentiels, la mise en oeuvre de leurs engagements existants, les modalités du traitement spécial et différencié qui leur a été promis et la libéralisation du marché des services, qui figurent comme autant de ratages de calendrier dans le Cycle lancé l'an dernier, l'horizon pour les négociateurs est désormais celui de Cancun où l'OMC espère dégager « au moins les éléments de base des modalités», à savoir la formule, les principes et objectifs, des réductions tarifaires à consentir à l'importation de marchandises non agricoles.
Pour l'heure, les 147 restent essentiellement séparés par le fossé que le document Girard tentait de combler (voir EUROPE du 24 mai, p. 14. Pour les uns, pays en développement plus le Japon, ces propositions vont trop loin, tandis que pour les autres, Etats-Unis en tête, elles pêchent par manque d'ambition. C'est un « kit instrumental pour réaliser plus ou moins une formule valable de réduction tarifaire » et « les éléments sont presque tous là pour respecter le mandat de Doha », disent les Américains à l'instar des Néo-Zélandais. De même que le Canada et d'autres puissances industrielles, ainsi que Singapour, Washington est cependant déçu, au vu du nombre « limité » de secteurs visés par l'élimination tarifaire totale (en l'occurrence 7) et souhaite l'extension de cette approche sectorielle aux produits chimiques, forestiers et environnementaux. La plupart des pays pauvres pensent le contraire. La formule envisagée conduit à des réductions trop drastiques et l'élimination tarifaire couvre des secteurs politiquement, économiquement, socialement, voir culturellement sensibles, disent le Maroc, au nom du groupe des pays d'Afrique, les plus réticents face aux coupes claires réclamées par les pays riches. Parmi les ACP, Maurice est encore plus clair: « nous ne pouvons accepter l'élimination tarifaire », a indiqué son délégué, en soulignant l'effet adverse que cela aurait en termes d'érosion de l'accès préférentiel dont certains PVD disposent en Europe, notamment. Le Japon oppose également un non catégorique à l'élimination tarifaire mais seulement pour des produits aussi sensibles pour ce pays que l'électronique, les chaussures et les produits en cuir, qui sont actuellement protégés par des droits de douane conséquents. Certains préconisent, une élimination tarifaire volontaire, comme cela se fait déjà pour les technologies de l'information. C'est notamment le cas de l'Inde et du Brésil qui interprètent en outre la déclaration de Doha comme stipulant que les PVD n'auront pas à opérer des coupes claires dans leurs barrières tarifaires. Les Européens affirment quant à eux que la formule dite suisse retenue par M.Girard est meilleure que d'autres mais risque d'engendrer des inéquités dans le système parce que les marchés des PVD les plus avancés resteraient protégés par une moyenne tarifaire élevée, ce que leur propre proposition permettrait d'éviter. Ils estiment malgré tout que les 147, y compris les PVD et PMA, devraient prendre des engagements tarifaires contraignants sinon « ce sera difficile de vendre ça à l'industrie chez nous », rapporte-t-on à Genève. Le fait de laisser les tarifs non consolidés est indispensable aux politiques de développement des pays pauvres, a répliqué le délégué malais. Des « contributions» sont maintenant espérées à Genève pour les 9, 10 et 11 juillet prochains.