login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8473
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Trois décisions simultanées ont "réveillé l'orgueil de l'Europe" dans le domaine spatial - Contributions significatives à la politique commune de sécurité et de défense et à la présence de l'UE dans les technologies de pointe

Triple signification. La concentration de l'attention des médias sur la Convention est compréhensible en ce moment, mais elle pourrait conduire à négliger d'autres événements européens qui méritent d'être soulignés. J'en veux pour exemple trois évolutions qui doivent être regroupées pour en comprendre l'importance et la signification: l'accord définitif sur Galileo, la relance d'Arianespace et la signature du contrat sur le futur avion cargo militaire européen (A400M, l'Airbus militaire européen).

Ces trois décisions cumulées signifient que l'Europe: a) réaffirme sa détermination à réaliser son système de radionavigation par satellite, b) entend maintenir et développer sa capacité autonome de lancement de satellites; c) réalisera son avion militaire pour le transport de troupes. Ce ne sont pas des mesures susceptibles d'émouvoir en elles-mêmes l'opinion publique; et pourtant l'Europe a ainsi concrétisé à la fois sa volonté d'autonomie par rapport aux Etats-Unis (et pour certains aspects à la Russie et à la Chine) dans les technologies de pointe (dont les réalisations spatiales constituent un élément essentiel) et dans la défense (l'avion militaire cargo représente un outil prioritaire pour développer des missions militaires autonomes). Juridiquement, les trois décisions n'ont pas été prises dans le contexte de l'UE. Mais en fait, Galileo est une réalisation communautaire et l'UE avait déjà adopté l'année dernière les décisions relatives à son lancement. La décision de l'Agence spatiale européenne (ESA) a simplement complété, après une invitation ferme et explicite du Conseil européen, les mesures prises dans le cadre de l'UE. De son côté, Arianespace est une organisation intergouvernementale, mais pour en augmenter l'efficacité et la fiabilité, son inclusion dans le cadre communautaire est à l'étude. Le Parlement européen a demandé que la politique spatiale soit insérée dans la Constitution de l'UE en tant que "compétence partagée". Quant à l'avion A400M, sa réalisation se situe dans le cadre de la PESC (politique étrangère et de sécurité commune) et de la PESD (politique européenne de sécurité et de défense); elle figure dans le programme spécifique ambitieux des "quatre" (Allemagne, France, Belgique, Luxembourg) qui ont relancé la machine.

A propos de Galileo, un journal a titré: "l'orgueil retrouvé de l'UE", qui va réaliser "un GPS (Global positioning system) affranchi de l'Amérique". Jusqu'à la dernière minute, les Américains ont multiplié leurs pressions contre sa réalisation en faisant valoir des réserves militaires et technologiques fondées sur le risque de perturbation des fréquences du GPS américain (qui est en priorité militaire). Les divergences à ce sujet ne sont pas encore aplanies. "Nous avons fait des propositions, les Américains les ont refusées, à eux d'en faire de nouvelles", a-t-on expliqué dans les milieux proches de la Commission.

Répercussions industrielles et économiques. À la signification politique et militaire s'ajoutent les répercussions industrielles et économiques, qui sont loin d'être négligeables. L'affaire Galileo est colossale; l'acharnement avec lequel les Etats membres se sont battus pour en financer chacun une part aussi élevée que possible (voir notre bulletin du 28 mai p.9) l'a confirmé. Les investissements et les bénéfices attendus se comptent en milliards de dollars, et des milliers d'emplois seront créés. L'entreprise publique UE/ESA, qui pilotera les premières phases de ce programme, devrait être rapidement constituée, et dès septembre pourrait être lancé l'appel d'offres pour désigner le concessionnaire privé qui prendra ensuite la relève (en 2006, en principe). Le contrat sur l'Airbus militaire, signé par l'Agence européenne de l'armement (OCCAR) avec Airbus, est de l'ordre de 20 milliards d'euros pour 180 avions, mais d'autres seront vendus et la production escomptée est de 400 exemplaires. Les acheteurs actuels sont (en ordre d'importance): Allemagne, France, Espagne, Grande-Bretagne, Turquie, Belgique et Luxembourg ; les acheteurs potentiels seraient la Suède, la Norvège, le Canada et l'Afrique du Sud ; d'autres s'y ajouteront. Deux des "grands pays" de l'UE élargie, Italie et Pologne, manquent à l'appel car, pour le moment, ils achètent américain. Quant à Arianespace, le redressement de l'entreprise devrait être spectaculaire: le financement public arrivera, et en même temps les industriels se sont engagés à rationaliser leur travail en réduisant de 50% le coût des satellites pour que la fusée Ariane redevienne compétitive. Dans ce projet aussi, les complications ne font pas défaut. En particulier, l'un des actionnaires, l'italien FIATAvio (qui detenait 6% du capital) a vendu sa participation… à un fonds d'investissement américain (Carlyle). Le directeur général d'Arianespace, Yves le Gall, a déclaré que l'arrivée de Carlyle dans le capital peut poser des questions aux responsables politiques européens.

D'autres difficultés surgiront sans doute. Mais l'essentiel est "l'orgueil retrouvé de l'UE" dans ces domaines fondamentaux. C'est ce que je voulais souligner. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES