Bruxelles, 06/05/2003 (Agence Europe) - "Je suis persuadé que l'un des devoirs de ceux qui ont des responsabilités publiques est de rendre compte de ses actes de manière ouverte et complète. C'est un devoir auquel je ne me suis jamais soustrait, ni en Italie, ni, maintenant, en Europe". C'est la réaction de Romano Prodi, dans un communiqué, aux attaques lancées contre lui par le Premier ministre italien Silvio Berlusconi, lundi devant le tribunal de Milan, dans l'affaire de la cession du SME, en 1985, à Buitoni (plutôt qu'à Fininvest, holding de Berlusconi). Le Premier ministre italien, qui est inculpé dans cette affaire, a choisi de se défendre en accusant le président de la Commission européenne ,dont il n'a pas cité le nom, en faisant toujours référence au "président de l'IRI" (la holding d'Etat italienne), fonction que M. Prodi exerçait à l'époque. En outre, en affirmant que "dans ce procès on juge aussi l'intégrité et la moralité du Président du Conseil", M.Berlusconi a demandé au tribunal de modifier le calendrier des audiences, en raison de l'imminence de la Présidence italienne du Conseil de l'UE.
Dans son communiqué, le président Prodi fait une mise au point: "Un procès est en cours au tribunal de Milan pour établir si, en 1985, dans la vente de la SME, société alimentaire de l'IRI, à Buitoni du groupe De Benedetti, ait été commis le délit de corruption de juges. Au cours du débat a été émis le doute que le prix établi pour la vente ait été trop bas et ait donc causé des dommages au vendeur, l'Etat", alors qu'il aurait été "un cadeau" pour l'acheteur, la Buitoni de De Benedetti. Le communiqué précise: "la phase finale de la négociation avait duré vingt heures et s'était déroulée au siège de Mediobanca, à Milan. Romano Prodi était assisté tout le temps, jusqu'à la fin des pourparlers, par les trois plus hauts dirigeants de l'IRI (...). Le prix établi pour la vente de la SME fut de 497 milliards de lires. Pour parvenir à ce chiffre, l'IRI s'était fondé sur une expertise de Roberto Poli, professeur à l'Université catholique de Milan, par le passé président de Publitalia (groupe Mediaset) et nommé par le gouvernement Berlusconi, il y a quelques mois, président de l'ENI. Aucune comparaison n'est possible entre le prix établi en 1985 pour la vente de la SME et le produit des ventes effectuées presque dix ans après. Pendant ces années, l'IRI avait investi des centaines de milliards pour assainir son secteur alimentaire".
La Commission continue à coopérer avec la future Présidence italienne
Interrogé mardi par la presse sur le possible effet des déclarations de Silvio Berlusconi sur la coopération entre la future Présidence italienne et la Commission, le porte-parole de la Commission Reijo Kemppinen a assuré: "nous continuons à travailler" avec la prochaine présidence. Et il a indiqué que Romano Prodi a rencontré il y a déjà quelques semaines le Premier ministre et le Président de la République italiens, et que le 4 juillet se tiendra la traditionnelle réunion présidence/Commission marquant le début de chaque semestre. Tout cela ne fait-il pas "un peu désordre", deux mois avant la nouvelle présidence? A cette question, le porte-parole réplique: "je n'ai pas vu de désordre, certainement pas ici". M.Prodi n'est pas témoin dans le procès en cours à Milan, et il n'a"aucune intention" de porter plainte contre Silvio Berlusconi, a-t-il répondu à d'autres questions. Et il a insisté: le Président Prodi "n'a rien à cacher", et son communiqué explique que la vente de la SME avait été négociée selon les règles en vigueur et en présence de plusieurs dirigeants, pas seulement de l'IRI, mais aussi de Mediobanca.