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Bulletin Quotidien Europe N° 8456
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Tentative de clarifier les attitudes de l'Espagne, de l'Italie et des pays d'Europe centrale et orientale sur l'Europe de la sécurité et de la défense

Combien de pays de l'Union élargie participeront à l'"Union européenne de sécurité et de défense" proposée par les Quatre du mini-Sommet de Bruxelles? C'est par ce point d'interrogation que j'avais conclu cette rubrique d'hier, en me proposant de revenir sur les positions de l'Espagne, de l'Italie, des pays d'Europe centrale et orientale et du Royaume-Uni. Entre-temps, l'échange de vues entre les 25 à Kastellorizo semble avoir ramené la sagesse et l'équilibre dans le débat (voir notre bulletin d'hier page 6).

Les deux conditions de l'Espagne. La ministre espagnole des Affaires étrangères (et "conventionnelle") Ana Palacio a clarifié la position de son pays dans un document officiel (voir notre bulletin d'hier p.9). L'Espagne soutient toutes les suggestions du groupe "défense" de la Convention et aussi la plupart des orientations de la "déclaration" des Quatre: clause de solidarité, extension des missions de Petersberg, clause de défense mutuelle, renforcement institutionnel (mais elle ne cite pas les mesures opérationnelles décidées par le mini-Sommet). Ana Palacio formule toutefois deux exigences: que les liens Europe/ Etats-Unis ainsi que la coopération UE/OTAN soient renforcés, et que le processus soit ramené dans le cadre institutionnel de l'UE, car seule une politique définie dans ce cadre peut être considérée comme "européenne". Si elle obtient satisfaction sur ces deux aspects, le soutien de l'Espagne aux projets en discussion ne fera pas de doutes (ce qui n'exclut pas la possibilité de réserves sur certaines propositions des Quatre, notamment celles concernant le commandement de transport aérien stratégique, le projet de quartier général européen et l'éventuelle "préférence européenne" en matière d'armements).

Le brouillard italien. Le cas de l'Italie est plus nébuleux car il n'y pas eu des prises de position gouvernementales explicites. La raison invoquée pour ce silence est que le gouvernement italien ne doit pas prendre en ce moment des positions de pointe (ni sur la défense ni sur d'autres dossiers controversés) car il aura à jouer un rôle de médiateur au sein de la Conférence intergouvernementale (CIG) lorsqu'il présidera le Conseil (et donc la CIG). Je ne crois pas que cette justification explique tout. En fait, le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini est encore en train de s'orienter et il doit faire face à un ministre de la Défense, Antonio Martino, dont les positions anti-européennes sont bien connues (lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, il s'opposait à l'euro). Et surtout l'attitude du Premier ministre Silvio Berlusconi est loin d'être transparente. Il subsiste heureusement un sentiment pro-européen diffus dans le pays et dans une bonne partie de la classe politique (avec le président de la République en tête).

Dépasser les rancunes. J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer toute la compréhension possible pour les positions des pays d'Europe centrale et orientale. Ils ont besoin de la couverture de l'OTAN pour leur sécurité, et ceux parmi eux dont l'adhésion à l'Alliance Atlantique n'est pas encore formalisée savent que cette formalisation passe par le Congrès américain: ce n'est pas le moment de s'en aliéner la sympathie. À cette exigence impérative s'ajoute, dans la plupart des cas, un véritable lien de reconnaissance et d'admiration pour les Etats-Unis, ce qui est tout à fait normal. L'ancien ministre polonais des Affaires étrangères Bronislav Geremek vient d'écrire ("carte blanche" dans "Le Soir" de Bruxelles du 1er mai): "disons-le clairement: à l'heure actuelle, en dehors de l'Alliance Atlantique, aucune autre organisation, aucun autre ensemble supranational n'est capable de nous fournir cette denrée rare qu'est le sentiment de sécurité". Les commentaires qui accompagnent cette constatation logique sont moins justifiés. Après avoir chanté les louanges des Etats-Unis, M.Geremek a ajouté: "nous n'avons pas oublié Munich, nous nous souvenons de l'indifférence de vos pays à l'égard de l'univers du Goulag et du sort des peuples asservis. Sous l'occupation nazie comme sous la domination soviétique, les mots l'ordre règne à Varsovie signaient l'accord tacite de l'Occident avec l'oppression dont nous étions victimes." Or, il est évident que la Communauté européenne représente le dépassement de ces tristes souvenirs; nos pays l'ont fait, les nouveaux Etats membres le feront aussi. Et ils comprendront que la solidarité européenne, avec la participation aux mêmes institutions, implique une solidarité globale, économique et aussi politique.

Perplexités sur l'attitude britannique. Ce qui précède n'exclut pas que certains pays d'Europe centrale et orientale puissent se sentir, dans le domaine de la défense, plus proches de la position britannique que de la position des "Quatre". L'attitude du Royaume-Uni sera donc largement déterminante. La théorie de Tony Blair selon laquelle les Etats-Unis et l'Europe doivent constituer ensemble un pôle unique dans le monde de demain, soulève bien des perplexités. Elle nous ramène à l'éternel problème de savoir comment Londres voit l'Europe future. Je tâcherai de faire le point demain sur quelques développements récents. (F.R.)

 

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