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Bulletin Quotidien Europe N° 8436
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les premières réalisations de la politique européenne de la défense sont là, mais le risque subsiste qu'elle se développe en marge de l'UE

Une règle ancienne. Mettre davantage l'accent sur les difficultés et les échecs que sur les succès, c'est une règle ancienne du journalisme, et elle est appliquée avec une rigueur particulière aux affaires de l'Europe. Il n'est donc pas étonnant que la première mission militaire autonome de l'UE, en Macédoine, ait obtenu moins d'échos que la énième opinion de n'importe qui sur la guerre en Irak. Romano Prodi lui-même a compris que cet événement ne pouvait qu'être "relégué au second plan", tout en le regrettant.

Et pourtant, l'événement est de taille. Il y a quatre ans, la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) n'existait même pas comme projet. Sa création, avec des objectifs au départ modestes, avait été considérée comme une révolution dans l'intégration européenne, qui dépassait ainsi officiellement la dimension économique. La PESD en est aujourd'hui à ses balbutiements, mais elle commence à agir. Elle n'a pas la responsabilité de la défense territoriale des Etats membres; la solidarité à ce propos étant assurée par le Pacte Atlantique (ce qui explique l'importance primordiale, pour les pays d'Europe centrale et orientale, de faire partie de l'OTAN). La PESD, pour le moment, c'est une force disponible sur décision des institutions de l'UE. La première mission, modeste (380 militaires), en Macédoine, devrait être suivie d'une mission plus importante (12.000 militaires) en Bosnie. Dans un cas comme dans l'autre, la force européenne vise, en remplaçant des missions de l'OTAN, à consolider la stabilité et la sécurité dans les zones chaudes des Balkans, ce qui, selon le président Prodi, représente la "meilleure façon d'utiliser notre force militaire".

Combien de pays? La mission en Macédoine prouve à quel point étaient inexactes les affirmations selon lesquelles les divergences à propos de l'Irak sonnaient le glas de la PESD (et de la PESC). C'est le contraire qui arrive: l'Europe de la défense commence à devenir visible. Certes, l'essentiel reste à faire, mais certaines initiatives pour aller de l'avant ont déjà été prises. Il suffira de citer les deux sommets franco-britanniques, les travaux de la Convention et l'initiative belge d'un Sommet consacré à la défense qui réunira le 29 avril prochain les chefs de gouvernement d'un certain nombre de pays. La question n'est pas de savoir si le projet de la PESD sera poursuivi, car il le sera sans doute, mais de savoir combien de pays y participeront. J'ai l'impression que, sur ce point essentiel, l'on entretient quelques équivoques. Je m'explique.

Ceux qui refusent. Certains gouvernements ont réagi négativement à l'initiative belge (qui est en fait une initiative commune avec la France et l'Allemagne, voir cette rubrique du 26 mars), comme si elle avait pour but de diviser les Etats membres. En réalité, la division existait déjà. Le groupe de travail "défense" de la Convention avait constaté que les Quinze ne sont pas unanimes dans la volonté de développer la PESD, au point que le président Giscard d'Estaing a annoncé que les projets sur la défense qui seront présentés par le Présidium ne s'adresseront pas à la totalité des Etats membres, mais viseront une "coopération renforcée" (ou mieux: une "solution plus imaginative": voir cette rubrique du 18 mars). Le Sommet du 29 avril, ouvert à tous, discutera essentiellement de "la façon d'organiser l'industrie européenne de l'armement" (selon la formule du chancelier Schröder) et de la possibilité de faire fonctionner un "noyau dur" dont seraient exclus les pays qui refusent de participer. Ne renversons pas les responsabilités: ce ne sont pas les pays qui veulent avancer qui rejettent les autres! À propos de l'aspect essentiel, la situation est clairement exposée dans les paragraphes 61, 62 et 63 du rapport Barnier, qui résume les résultats du groupe "défense" de la Convention. J'en rappelle les passages essentiels (en en recommandant la lecture du texte intégral, y compris les paragraphes consacrés à la création d'une agence européenne des armements): "plusieurs membres du groupe ont proposé une clause de défense collective (…). Une telle clause a été jugée inacceptable par certains membres du groupe (…). Le nouveau traité pourrait alors mettre en place une forme de coopération plus étroite en matière de défense, ouverte à la participation de tous les Etats membres qui souhaiteraient souscrire un tel engagement (de défense collective) et rempliraient les conditions nécessaires pour qu'un tel engagement soit crédible (…). Les décisions seraient prises uniquement par les Etats membres participant à cette forme de coopération."

Tout peut encore bouger. Mais tout n'est pas si simple ni si figé. L'Italie a invité la Présidence grecque du Conseil à ramener le Sommet du 29 avril dans le giron communautaire. Le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel, en confirmant l'objectif d'une Europe "qui ait la capacité de contribuer à sa propre sécurité", a précisé: "nous n'aurons cette capacité que si la Grande-Bretagne joue avec" (belgicisme peut-être peu correct mais clair). La possibilité d'une PESD vraiment communautaire existe encore. Ce qu'il ne faut pas croire, c'est que les Etats membres qui sont décidés à avancer y renoncent. En l'absence d'accord dans l'Union, ils agiraient en marge. C'est ça, le vrai risque. (F.R.)

 

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