Bruxelles, 26/03/2003 (Agence Europe) - Les députés européens ont accueilli mercredi après-midi les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, lors de la plénière spéciale consacrée au Conseil européen de printemps, en arborant, sur les bancs de gauche, des pancartes réclamant « STOP THE KILLERS », « STOP THE WAR » (« STOP SADDAM », demande en revanche le conservateur britannique Charles Tannock). Nelly Maes, verte belge, a expliqué que plusieurs députés avaient voulu porter à cette occasion un brassard noir, en signe de deuil pour les victimes de la guerre en Irak. Au cours du débat (sur lequel nous reviendrons), même plusieurs députés qui justifient l'intervention américaine ont appelé les partenaires américains à ne pas quitter la voie du dialogue et du multilatéralisme. Quant à l'initiative belge de relance de la défense européenne, certains l'ont saluée, mais le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering s'est demandé s'il était opportun de se réunir entre peu d'Etats membres, alors que l'année dernière on s'en était pris à Tony Blair pour avoir invité à Downing Street seulement quelques chefs de gouvernement. Le président du groupe socialiste Enrique Baron s'en est pris en particulier à Richard Perle, le faucon du Pentagone qui a affirmé que « grâce à Dieu, l'ONU a échoué », et celui du groupe libéral Graham Watson a estimé que le dialogue transatlantique doit être développé et porter notamment sur la réforme de l'ONU et le rôle du droit international. Avez-vous « le courage de demander aux Américains la fin de cette guerre ? », a dit à Costas Simitis l'Allemand André Brie, pour la Gauche unitaire/Gauche verte nordique, alors que le coprésident des Verts /ALE Daniel Cohn-Bendit s'est demandé si, lors de son vote d'une résolution, jeudi, le Parlement sera « aussi ridicule que le Conseil ». Et il a évoqué des banderoles vues récemment lors d'une rencontre avec des jeunes (qui m'a rappelé une époque ancienne, a-t-il ajouté en faisant allusion à l'époque où lui-même, le leader estudiantin « Dany le Rouge », était à la tête des manifestations de mai 68 en France) selon lesquelles « bombarder pour la paix, c'est comme faire l'amour pour la virginité »).
Selons certains, ce sommet n'aurait même pas dû avoir lieu, a admis d'emblée le Premier ministre grec Costas Simitis, en ajoutant: si on les avait écoutés, « on aurait rendu service à ceux qui accusent l'UE d'être incapable d'agir en cas de crise ». « Il y a une fracture en Europe, c'est vrai, mais on ne la guérira pas en la creusant encore davantage », a dit M. Simitis à ceux qui ont qualifié de « hypocrite » la position adoptée par le Sommet sur l'Irak. Oui, nous avons évité d'aborder « le noeud du problème », parce qu'on le connaissait déjà et parce que c'était clair qu'on n'allait pas le régler. Selon lui, l'UE devait donc se concentrer sur l'après-guerre, sur l'avenir, qui « est tout aussi important que le présent », et dans lequel l'UE aura beaucoup à faire. Ne laissons pas nos querelles arrêter le développement de l'intégration européenne, a plaidé en substance M.Simitis, tout en admettant que la PESC « n'en est qu'à ses balbutiements ». L'UE ne cesse de se développer, et, au-delà des désaccords actuels, elle représente « une chance d'éviter un monde géré par une seule superpuissance », a-t-il insisté. Pour conclure: « nous voulons une gouvernance mondiale » et un retour à la « légitimité internationale » dans laquelle l'ONU reprendrait un « rôle central ».
« Ne nous mentons pas, ni à nous-mêmes ni aux citoyens », a conseillé le Président de la Commission européenne Romano Prodi en évoquant lui aussi les divisions actuelles et le fait que l'UE ne joue pas aujourd'hui le rôle qu'elle devrait jouer sur le plan international. En rappelant que l'aide humanitaire que la Commission européenne vient de décider pour l'Irak dépasse largement celle que « le monde entier destine aux pays pauvres » (74,7 milliards de dollars par rapport à 50 milliards: voir p.4), M.Prodi s'est exclamé: nous savons que l'aide humanitaire ne suffit pas, et qu'on ne nous prendra pas au sérieux tant que nous arborerons nos divisions et nous compterons sur les Américains pour garantir notre sécurité. « Les citoyens européens ont déjà choisi, ils veulent plus de paix, plus de multilatéralisme, plus d'Europe », et c'est « quelque chose de profond qu'il serait impardonnable d'ignorer », a souligné M.Prodi, qui a estimé que l'initiative belge de relance de la défense européenne « pourrait même mener loin »: cette initiative, qui a été « dûment déclarée ouverte », car elle ne doit pas diviser, mais unir, « ne naît pas dans le néant », a rappelé M.Prodi, en citant le Sommet franco-britannique de Saint-Malo en décembre 1998 (voir aussi EUROPE du 24 août 2002, à propos de la proposition de Guy Verhofstadt de créer un quartier général européen, et EUROPE/Documents N. 2300 daté 27 novembre 2002 sur la contribution franco-britannique à la Convention européenne). Cette initiative pourrait être l'embryon de ce que le peuple européen demande, « notre défense commune », remarque M.Prodi. Et (sans citer Robert Kagan), il dit: « nous Européens, nous ne venons pas de Vénus comme le prétendent certains, nous avons une histoire douloureuse derrière nous ». Dans l'attitude européenne, il n'y a aucun anti-américanisme, a-t-il assuré, tout en avertissant: « les intérêts européens peuvent être définis seulement par les Européens ». M. Prodi a aussi tenu à rappeler que les crises ont souvent fait avancer l'Europe: échec de la CED (Communauté européenne de la défense) et Traité de Rome, crise de la convertibilité du dollar incitant l'Europe à jeter «les premières graines » de l'Union monétaire, crise pétrolière des années 70 et crise monétaire de 92 qui ont débouché sur le Système monétaire d'abord puis sur l'UEM.