Bruxelles, 18/02/2003 (Agence Europe) - Convoquée à l'origine sous la forme d'un sommet extraordinaire informel, la réunion des quinze chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE du 17 février, s'est muée lundi soir, comme l'a expliqué le Premier ministre grec Costas Simitis, en réunion formelle du Conseil européen, juste le temps d'adopter des conclusions voulant traduire une position commune de l'Union européenne sur le dossier irakien. Fidèle à l'esprit des conclusions du Conseil Affaires générales du 27 janvier dernier, ce texte réaffirme le rôle central des Nations unies et, pour faire écho aux importantes manifestations du week-end dernier à travers l'Europe, il souligne que la guerre n'est pas inévitable. Les Quinze reconnaissent cependant qu'elle peut être le dernier recours si le régime irakien, auquel ils semblent vouloir lancer un ultime avertissement, ne se conforme pas aux résolutions des Nations unies. Conçues pour donner un sentiment d'unité retrouvée, ces conclusions offrent la souplesse nécessaire pour éviter une crise au sein de l'Union tout en assurant les Etats-Unis de la solidarité européenne. Le texte veut fournir plusieurs gages de bonne volonté aux Etats-Unis dans l'espoir de gagner du temps pour l'action diplomatique et les inspections mais, précisent les Quinze, celles-ci ne peuvent pas se poursuivre indéfiniment.
Voici le texte intégral des conclusions du Conseil européen:
"Le Conseil européen a tenu une réunion extraordinaire pour discuter de la crise irakienne. Ses membres ont aussi rencontré le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan et le président du Parlement européen, Pat Cox. Nous réitérons les conclusions du Conseil Affaires générales du 27 janvier et les termes de la démarche officielle effectuée le 4 février auprès de l'Irak qui restent valables.
La manière dont sera gérée l'évolution de la situation en Irak aura un impact important sur le monde au cours des prochaines décennies. En particulier, nous sommes déterminés à traiter efficacement la menace que représente la prolifération des armes de destruction massive. Nous tenons à ce que les Nations unies demeurent au centre de l'ordre international. Nous reconnaissons que c'est au Conseil de sécurité qu'il incombe au premier chef de traiter du désarmement de l'Irak. Nous déclarons soutenir sans réserve le Conseil dans l'exercice de ses responsabilités.
L'objectif de l'Union en ce qui concerne l'Irak demeure le désarmement total et effectif de ce pays conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment à la résolution 1441. Nous souhaitons atteindre cet objectif de manière pacifique. Il est clair que c'est ce que veulent les populations de l'Europe. La guerre n'est pas inévitable. La force ne devrait être utilisée qu'en dernier recours. Il appartient au régime irakien de mettre un terme à cette crise en se conformant aux exigences du Conseil de sécurité. Nous réaffirmons que nous soutenons pleinement le travail que mènent actuellement les inspecteurs des Nations unies. Il faut leur donner le temps et les ressources dont le Conseil de sécurité des Nations unies estime qu'ils ont besoin. Toutefois, les inspections ne pourront se poursuivre indéfiniment en l'absence d'une coopération totale de la part de l'Irak. A cet égard, il faut notamment que soient fournies toutes les informations supplémentaires et spécifiques concernant les questions qui ont été soulevées dans les rapports des inspecteurs. Le régime de Bagdad ne devrait se faire aucune illusion: l'Irak doit désarmer et coopérer immédiatement et intégralement. C'est, pour l'Irak, la dernière chance que la crise puisse être résolue d'une manière pacifique. Le régime irakien sera le seul responsable des conséquences s'il continue à se jouer de ce que veut la communauté internationale et ne saisit pas cette dernière chance. Nous reconnaissons que l'unité et la fermeté de la communauté internationale, qui sont traduites par l'adoption unanime de la résolution 1441, et le renforcement des capacités militaires ont joué un rôle essentiel pour que soit obtenu le retour des inspecteurs. Ces facteurs continueront à être essentiels si nous voulons obtenir la pleine coopération que nous recherchons.
Nous oeuvrons avec les pays arabes et avec la Ligue arabe. Nous les encourageons, individuellement et conjointement, à faire comprendre à Saddam Hussein l'extrême danger que représenterait une mauvaise appréciation de la situation, ainsi que la nécessité qu'il se conforme intégralement à la résolution 1441. Nous appuyons les initiatives régionales menées par la Turquie avec les pays voisins de l'Irak et avec l'Egypte. Dans ce contexte régional, l'UE réaffirme qu'elle est fermement convaincue de la nécessité de dynamiser le processus de paix au Proche-Orient et de résoudre le conflit israélo-palestinien. Nous continuons à préconiser la mise en œuvre rapide de la feuille de route approuvée par le Quartette. La terreur et la violence doivent cesser. Les activités de colonisation le doivent également. Il est nécessaire d'accélérer les réformes palestiniennes et, à cet égard, la déclaration du président Arafat selon laquelle il désignera un Premier ministre, constitue une mesure bienvenue qui va dans le bon sens. Pour traiter ces problèmes, il est vital que la communauté internationale soit unie. Nous sommes déterminés à travailler avec tous nos partenaires, en particulier avec les Etats-Unis, pour obtenir le désarmement de l'Irak, la paix et la stabilité dans la région ainsi qu'un avenir décent pour toutes les populations qui y vivent".
Commentant ce résultat, le président du Conseil européen, Costas Simitis, a estimé que l'adoption de ces conclusions montre qu'il "est possible de faire quelque chose de concret si nous le voulons vraiment". Il a cependant souligné que "ce n'est pas à l'UE de décider à la place du Conseil de sécurité", et que les Etats de l'Union qui en sont membres (France, Royaume-Uni - membres permanents - et Allemagne et Espagne) conservent leurs responsabilités à cet égard. Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a déclaré que "l'Europe a réussi à envoyer un message au monde" qui affirme la primauté des Nations unies, et "que sa voix doit être entendue". Et le Haut représentant pour la PESC, Javier Solana, a parlé d'une "bonne contribution de l'Europe à la paix et à la sécurité du monde".
Gerhard Schröder: "compromis classique" qui n'obligera pas l'Allemagne à renoncer
à son opposition à toute participation à des actions militaires
Le texte de la déclaration constitue un "compromis classique", a constaté le chancelier allemand Gerhard Schröder, en admettant que l'Allemagne a dû faire des concessions car elle s'était refusée, jusqu'ici, à accepter que la force militaire puisse être utilisée. La politique pacifiste de la coalition gouvernementale allemande, par contre, "ne changera pas après l'adoption de cette position commune" de l'UE, a expliqué M.Schröder. Ceci signifie que l'Allemagne ne participera à aucune action militaire, même pas si le recours à la force, à l'avenir, se révélerait comme étant la seule option possible, a précisé le ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer. "Pour l'Allemagne, l'essentiel était que l'Union européenne considère que l'objectif doit être une solution pacifique" et que l'application de la résolution 1441 devra être assurée en utilisant des moyens pacifiques, a répété M.Schröder en insistant notamment sur l'importance de la phrase "la guerre n'est pas inévitable" qui se trouve dans les conclusions. Il serait faux de dire que l'Allemagne refuse systématiquement d'avoir recours à la force, a tenu à souligner M.Schröder, car elle a activement participé (et elle participe) à des actions militaires quand celles-ci étaient vraiment nécessaires (par exemple dans les Balkans), "mais dans le cas de l'Irak, notre point de départ est de dire qu'il y a une chance de résoudre la crise de manière pacifique". L'Irak doit être "entièrement" désarmé, mais par des moyens pacifiques, ce qui signifie que les inspecteurs devront disposer du temps qu'ils jugent nécessaire et que le Conseil de sécurité de l'ONU estime indispensable pour qu'ils puissent accomplir leur travail, a souligné le chancelier. "Les inspecteurs veulent davantage de temps, et l'on devrait leur accorder ce temps supplémentaire"; l'Allemagne est d'ailleurs prête a mettre à leur disposition des ressources "considérables" pour le faire. "Il n'y a pas d'échéance" pour le travail des inspecteurs, a ajouté M.Fischer. M.Schröder a aussi fait référence aux manifestations massives du week-end dernier et s'est félicité du fait que les Quinze n'aient pas ignoré ce "signal de paix impressionnant" donné par les "peuples européens". M.Schröder s'est aussi dit d'accord avec le Président Chirac lorsqu'il affirme qu'une deuxième résolution du Conseil de sécurité n'est pas nécessaire. "
M. Chirac dénonce l'alignement pro-américain des futurs membres de l'UE
Le président français, Jacques Chirac, a sévèrement critiqué les pays d'Europe centrale et orientale - qui aspirent à entrer dans l'UE - pour leur alignement sur la position des Etats-Unis dans la crise irakienne, en estimant qu'ils ont "manqué une bonne occasion de se taire" et qu'ils n'ont pas eu un "comportement bien responsable". "En tout cas, ce n'est pas très bien élevé", a-t-il lancé. M. Chirac a souligné devant la presse que la démarche dangereuse de ces pays risquait de "renforcer un sentiment d'hostilité" des opinions publiques des Quinze à leur égard. Par ailleurs, en notant que la "mini-crise en Europe a été, semble-t-il, surmontée" grâce à l'accord intervenu dans la nuit du 17 février, il s'est félicité de ce "vrai rapprochement" en ajoutant avec humour qu'il s'agissait là d'un "témoignage de la vielle Europe" (que Donald Rumsfeld a estimé pouvoir décrier). M. Chirac a estimé que la "mini crise" que venait de traverser l'UE ne va pas empêcher celle-ci de poursuivre sa construction: "dans trois ans, cinq ans, dix ans, nous aurons une politique étrangère et de sécurité commune", a-t-il déclaré. M. Chirac a aussi souligné que l'élimination des armes de destruction massive de l'Irak était "un impératif absolu", mais que seul le Conseil de sécurité de l'ONU était habilité à prendre des décisions sur les moyens de la faire, et que la résolution 1441 "reste totalement d'actualité, et rien n'exige qu'elle soit changée". Selon lui, cette résolution "ouvre la voie à un désarmement par les inspecteurs et il n'y a pas lieu de changer aujourd'hui de stratégie". Interrogé sur un renversement du régime irakien,
M. Chirac a affirmé "n'avoir aucune sympathie pour Saddam Hussein". Mais, a-t-il ajouté dans une allusion à la position américaine, "vouloir changer un régime, c'est nous arroger le droit - et peut-être un seul pays va s'arroger le droit quand il en aura envie - d'intervenir pour changer un régime qui ne lui plaît pas". "Il y a beaucoup de régimes qui ne me plaisent pas. Ce n'est pas pour autant que je considère qu'il faut prendre les armes pour les remplacer", a conclu le président français.
Tony Blair se félicite de l'accord mais reconnaît des divergences persistantes
« Nous avons tous reconnu la menace que représentent les armes de destruction massive et le lien entre ces armes et le risque qu'elles se retrouvent entre les mains de terroristes », a déclaré Tony Blair à l'issue du Sommet. M. Blair a insisté sur l'unanimité des Quinze pour soutenir la résolution 1441 et pour constater qu'elle n'est pas pour l'instant appliquée entièrement par l'Irak. Le Premier ministre britannique « espère que ces points d'accord, malgré les différences, envoient un message très fort à l'Irak ». Tony Blair a dit « ne pas comprendre » comment certains Etats membres reconnaissent d'un côté que l'Irak n'applique pas « pleinement et immédiatement » la résolution 1441 mais refusent de l'autre de considérer qu'il y a une « violation matérielle » de la résolution. Il a également souligné la différence qui persiste entre les Etats membres « qui considèrent que le temps nécessaire est le temps de tout vérifier et ceux qui, comme nous, pensent à juste titre qu'il s'agit du temps nécessaire pour juger si l'Irak coopère ». Si l'Irak coopère, cette question du temps qu'il faut donner aux inspecteurs ne se poserait pas, "en Afrique du sud, neuf inspecteurs ont pu accomplir leur travail pendant trois ans », a rappelé M. Blair. « L'Irak doit désarmer: que ce soit fait pacifiquement ou par la force, cela dépend entièrement de Saddam Hussein », a-t-il déclaré. « J'ai toujours été très sceptique quant à l'éventualité de voir Saddam désarmer, parce que ça fait douze ans qu'on l'attend », a-t-il ajouté. Interrogé sur la position de la France, M. Blair a simplement répondu qu'il voulait « rester diplomate » et a refusé tout commentaire.
Pour Jean-Claude Juncker, "l'Irak a une ultime chance de désarmer dans la paix"
Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, s'est félicité du succès du Conseil européen "qui a permis d'aplanir les dissensions" qui divisaient l'UE, mais, a-t-il averti, "Saddam Hussein ne doit pas se faire d'illusions: il devra désarmer et il a désormais une dernière chance d'éviter la guerre". "La paix a une chance, la guerre n'est pas inévitable, mais le régime de Bagdad doit réagir et agir", a insisté M.Juncker. Il appartiendra au Conseil de sécurité, "qui a et qui doit garder le monopole de force", de décider de combien de temps supplémentaire les inspecteurs devront bénéficier pour pouvoir accomplir leur mission et de quels moyens ils devront disposer. Le Luxembourg, comme l'Allemagne et la grande majorité des autres Etats membres, s'est fortement opposé à la mention "time is rapidly running out" qui se trouvait dans le projet de conclusions du sommet ("ça sonne très américain", a estimé M. Juncker), car seul le Conseil de sécurité des Nations unies pourra fixer des échéances pour les efforts diplomatiques ou le travail des inspecteurs. Une chose est claire: le moment pour arrêter les inspections et pour se "jeter aveuglement dans des actions militaires" n'est pas encore venu, a souligné M.Juncker qui a dit espérer que les quatre pays de l'UE actuellement représentés au Conseil de sécurité (Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne) respecteront "l'esprit et la lettre" des conclusions approuvées lundi soir à Bruxelles.
José Maria Aznar salue la manifestation de "l'unité" de l'UE
Le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar, s'est déclaré "satisfait des conclusions adoptées par le Sommet" et qui marquent, a-t-il dit, "une étape importante pour l'Union européenne". "Nous avons entendu l'appel de Kofi Annan à faire un effort commun et arriver au but, qui est le désarmement de l'Irak (…) tout en manifestant notre unité", a affirmé José Maria Aznar. Durant la réunion, il n'a pas été question de la "lettre des Huit", a-t-il indiqué. Sur le fond, M. Aznar a insisté sur la responsabilité du régime irakien et, reprenant les termes des conclusions, a souligné qu'il s'agit d'une "dernière opportunité pour le régime irakien, qui, s'il ne la saisit pas, sera responsable des conséquences". Interrogé sur les manifestations du week-end, le Premier ministre espagnol a assuré qu'il respectait "profondément" le droit à manifester et la liberté d'expression garantie par la démocratie. "Le sentiment anti-guerre est un sentiment partagé", a-t-il reconnu.
Les manifestations ont été contre-productives, selon Silvio Berlusconi
Les manifestations du week-end dernier ont "apporté peu à la cause, elles ont même fait pire en donnant à Saddam Hussein le sentiment qu'il pouvait continuer à jouer comme il le fait depuis douze ans", a dit à la presse le Premier ministre italien. Sur le fond, il a salué l'unité affichée par les Quinze. "Toute division entre nous aurait amoindri la crédibilité du Conseil de sécurité", a-t-il fait valoir, en comptant sur une position unique des membres européens du Conseil de sécurité à l'avenir. Faute de quoi, le risque serait de déclencher une action unilatérale minant la crédibilité de l'ONU, a averti M. Berlusconi.
La Belgique attend de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Espagne
qu'ils défendent la position « unanime » des Quinze au Conseil de sécurité
Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt s'est félicité de la position unanime des Quinze, "dans un dossier aussi difficile" - une position, a-t-il dit dit, qui replace davantage la crise dans le cadre des Nations unies. "Nous nous sommes mis d'accord sur la poursuite des inspections et la nécessité de trouver une solution pacifique », a-t-il noté, en précisant qu'en cas d'échec, en dernière instance, « d'autres moyens », comme le recours à la force, pourraient être utilisés. Si les conclusions du sommet n'indiquent aucune date sur la fin des inspections, c'est, selon M. Verhofstadt, parce que ce n'est pas le moment. « Donner une limite aux inspections, cela signifierait qu'on entre dans une logique de guerre", estime-t-il, en ajoutant: "c'est à Hans Blix et au Conseil de sécurité des Nations unies de le décider, pas à l'UE". Dans l'immédiat, "j'attends que les quatre Etats membres de l'UE membres du Conseil de sécurité y défendent notre position commune", a déclaré le Premier ministre belge en reconnaissant toutefois qu'il n'y avait aucune garantie à ce propos. « Ils ne sont pas là en tant que représentants de l'UE. C'est encore une réforme à faire, peut-être, dans le cadre de la Convention », a-t-il lancé.
Les Pays-Bas se félicitent que Gerhard Schröder ait finalement accepté l'idée
d'un recours à la force «en dernier ressort»
Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende s'est dit "très heureux" de constater que "l'UE n'est plus divisée" sur la crise irakienne. «L'Irak doit respecter la résolution des Nations unies», sinon le recours à la force militaire ne doit pas être exclu, a-t-il indiqué. Comme son homologue belge, le Premier ministre néerlandais a expliqué l'absence de date concernant la fin des inspections en Irak par le fait que « les responsabilités de l'UE et du Conseil de sécurité des Nations unies sont différentes » et que c'est à ce dernier de le décider. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Jaap de Hoope Scheffer s'est pour sa part félicité que Gerhard Schröder ait fini par accepter l'idée que la force pourrait être utilisée en dernier recours alors qu'il a d'abord rejeté cette possibilité.
M. Durão Barroso insiste sur la solidarité transatlantique
Tout en saluant la position commune sur l'Irak à laquelle est parvenu le Conseil européen, le Premier ministre portugais, José Manuel Durao Barroso, a estimé qu'il était "très important" de respecter la solidarité transatlantique. La paix et la sécurité sont "le premier bien" à préserver, a-t-il dit à la presse, en ajoutant: "Aujourd'hui, notre système de sécurité est atlantique, il n'y a pas encore de système européen. La seule organisation qui garantit notre défense est l'OTAN". "Je ne vais pas jeter une alliance vieille de plus de cinquante ans (avec l'OTAN) à cause d'une crise comme celle de l'Irak", s'est-il exclamé. Avant l'ouverture du sommet, M. Durão Barroso avait tenu à déclarer qu'il n'y a pas en Europe de gouvernement plus pro-européen que le gouvernement portugais, mais que "l'Europe et son unité ne peuvent pas se construire contre la relation transatlantique".
Pour M. Rasmussen, la fin des inspections pourrait avoir lieu dans quelques semaines
Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a salué les conclusions du sommet, en constatant: "l'UE s'est donné un objectif, le désarmement de l'Irak, et le moyen d'y parvenir, maintenir la pression sur Saddam Hussein". Jugeant le message de l'UE très clair, M. Rasmussen a, lui aussi, dit que c'était au Conseil de sécurité des Nations unies de décider d'une date pour la fin des inspections mais que, selon lui, "on peut parler de semaines, pas de mois".
La Finlande et la Suède satisfaites que les Quinze aient réaffirmé l'importance de l'ONU
La présidente finlandaise Tarja Halonen et le Premier ministre suédois Göran Persson se sont tous deux dits dit très satisfaits que les Quinze aient réussi à adopter une position commune et qu'ils aient réaffirmé le rôle primordial des Nations unies. Pour Tarja Halonen, le texte issu du sommet aurait finalement pu être écrit de différentes manières, mais l'important était qu'il y ait un texte commun. Elle s'est félicitée que les Nations unies aient repris, avec ce Sommet, « le rôle qu'elles auraient toujours dû avoir ». Göran Persson a insisté sur le fait que les inspecteurs doivent disposer du temps qu'eux-mêmes et le Conseil de sécurité estiment nécessaire. Il a refusé, lui aussi, de se prononcer sur la durée du délai accordé à l'Irak, soulignant que cette question relève du Conseil de sécurité de l'ONU et non pas de l'UE. Le Premier ministre suédois a admis qu'il n'était « pas très optimiste » quant à la possibilité d'éviter une guerre en Irak.
Selon l'Irlande, les Quinze ont atteint une vraie unanimité
Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, a déclaré à la presse qu'il s'attendait désormais à ce qu'il n'y ait plus d'initiatives du type de la lettre signée par cinq Etats membres et trois pays candidats. Selon lui, il y a une vraie unanimité que tous doivent respecter. Par ailleurs, le Taoiseach s'est dit certain qu'aucun résultat n'aurait pu être atteint sur le terrain sans la pression militaire. Interrogé sur la question du délai donné aux inspecteurs, M. Ahern a indiqué que ceci dépend des inspecteurs et du Conseil de sécurité.
Wolfgang Schüssel: "grand succès pour la Présidence grecque"
Le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel a parlé devant la presse d'un "grand succès" pour la Présidence grecque, qui a pris le risque de convoquer le Sommet extraordinaire alors que beaucoup de chefs de gouvernement, y compris lui-même, doutaient des chances de parvenir à une position commune. Or, a-t-il admis, le débat a été "très serein et constructif", car tout le monde s'est rendu compte qu'il était important et urgent de parler d'une seule voix, "non seulement pour éviter une plus grande fracture à l'intérieur de l'UE, mais aussi pour éviter que l'image et le poids politique de l'UE sur la scène internationale soient amoindris". "Après ce Sommet extraordinaire, le problème de l'Irak n'est toujours pas résolu, loin de là, car la clé de la paix se trouve à Bagdad, "mais au moins l'Europe parle à nouveau d'une seule voix", a-t-il dit.
Pat Cox: il faut de la volonté politique pour combler le fossé entre les ambitions
et les capacités européennes dans le domaine des affaires étrangères
Devant la presse, le président du PE Pat Cox a jugé cette réunion des Quinze "très opportune", et il a rappelé l'importance du rôle de Saddam Hussein qui, a-t-il dit, peut mener son pays à la paix ou à la guerre. Tout en rappelant l'opposition du Parlement européen à toute forme d'action militaire unilatérale, M. Cox a souligné la nécessité de garder la possibilité d'un recours à la force pour exercer une pression maximale sur le régime de Bagdad. M. Cox a aussi indiqué qu'il avait plaidé auprès des Quinze en faveur d'une référence au règlement du conflit au Proche-Orient sur la base de la feuille de route adoptée par le Quartette. Selon lui, la crise irakienne met à jour "le fossé qui sépare nos ambitions et nos capacités " dans le domaine des affaires étrangères. Et d'avertir que les montages institutionnels et constitutionnels en cours d'élaboration au sein de la Convention européenne risquent d'être "beaux mais vides" si la volonté politique fait défaut.
Kofi Annan a exhorté les Quinze et la Communauté internationale à éviter les divisions
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a appelé les Quinze a "éviter la tentation du désaccord". Dans la ligne adoptée par les Quinze, il, a souligné que "la guerre n'est pas inévitable", mais qu'il appartient à l'Irak de l'éviter en coopérant de manière active. "Ce dont nous avons besoin, c'est d'une coopération, assistance et pression constante", a-t-il fait valoir. "Je pense que si le Conseil (de sécurité) arrive à résoudre avec succès et efficacement cette crise, sa crédibilité et son influence auront beaucoup progressé", a-t-il estimé. Il a exprimé de vives préoccupations pour les "tensions qui émergent entre les pays et les tensions dans les relations transatlantiques" - tensions que "nous ne pouvons nous permettre", a-t-il souligné. Il a donc appelé la communauté internationale à resserrer les rangs pour inciter l'Irak à se conformer à ses obligations, en désarmant et en coopérant "de manière active". Pour l'instant, le Conseil de sécurité n'a pas constaté qu'il y a eu "une infraction matérielle" entraînant des "conséquences sérieuses", selon les termes de la résolution 1441 du Conseil de sécurité. M. Annan n'a pas évoqué non plus des délais pour le travail des inspecteurs. Toutefois, si à un certain point, le Conseil de sécurité estime qu'il "perd son temps" il pourrait décider d'arrêter cette mission, a-t-il remarqué.