login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8253
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La conception correcte du rôle de l'agriculture se traduit de plus en plus en actes européens opérationnels - De Franz Fischler à Pascal Lamy

C'est l'agriculture qu'il faut défendre à tout prix, pas nécessairement la PAC. Je ne me considère pas comme un défenseur de la PAC. Je suis un défenseur de l'agriculture européenne avec ce qu'elle implique pour la protection de la nature, des paysages, des traditions, de la qualité et de la sécurité de l'alimentation, de la biodiversité. Et aussi, si vous me le permettez, de l'autonomie alimentaire, car aucune théorie sur la division mondiale du travail ne me convaincra jamais que l'Europe n'a pas l'obligation de faire face, pour l'essentiel, aux besoins alimentaires de sa population. Dans la mesure où la PAC contribue aux objectifs cités, il faut la sauvegarder; là où elle s'en éloigne, il faut la réviser. Si elle aide et encourage les agriculteurs à faire bien leur travail en se préoccupant de la qualité des produits davantage que de la productivité à tout prix, il faut en accepter le coût; mais là où elle assure des "rentes de position" excessives et injustifiées à quelques grands propriétaires, il faut réduire les financements pour les consacrer au développement des zones rurales (c'est-à-dire l'essentiel du territoire européen).

Il est donc facile de comprendre à quel point je suis d'accord avec les orientations qui sont aujourd'hui celles de Franz Fischler et de Pascal Lamy, et partagées par la Commission européenne comme collège. Et si quelqu'un estime que cette rubrique a contribué à l'affirmation progressive de la nouvelle conception de l'agriculture multifonctionnelle, j'en éprouve une certaine satisfaction. Mon influence est évidemment nulle sur l'opinion publique, mais l'on me dit que cette rubrique pourrait avoir eu une influence sur la prise de conscience du vrai rôle de l'agriculture par quelques responsables politiques, quelques parlementaires européens, quelques décideurs. Et alors je dirais: tant mieux.

Le document Fischler sur la révision de la PAC prouve à quel point la conception correcte de l'agriculture est enracinée dans ses convictions. Je ne me réfère pas aux détails de ce document, qui pourra être modifié et amélioré si certaines des critiques qui lui ont été adressées s'avèrent justifiées, mais à la conception qui l'inspire. Je me limite à rappeler deux points parmi d'autres: a) les aides directes aux agriculteurs (sans lien désormais avec le volume de la production) seront subordonnées à l'avenir au respect de standards relatifs à l'environnement, au bien-être des animaux et à la sécurité des produits; b) ces mêmes aides resteraient inchangées si elles ne dépassent pas les 5.000 euros par an, elles seraient réduites de 20% en six ans si elles dépassent ce montant et seraient de toute façon plafonnées à 300.000 euros par exploitation.

Contre la mondialisation sans discipline. Le discours de Pascal Lamy à Tokyo m'a donné la sensation que l'aspect le plus controversé de la nouvelle conception de l'agriculture, celui des relations avec les pays tiers, progresse lui aussi (même s'il reste du chemin à parcourir). J'en citerai quelques passages sans commentaires superflus: "l'opinion publique vis-à-vis de l'agriculture a changé. Si vous lisez les sondages, si vous écoutez ce que disent les gens, ce que les citoyens européens veulent aujourd'hui c'est la sécurité alimentaire et une agriculture respectueuse de l'environnement". Quelles que soient les pressions (politiques ou corporatistes), "au bout du compte, les citoyens ont le pouvoir de décision". Concernant de manière spécifique les relations externes, "il n'est pas question pour l'UE d'exposer ses paysans aux rigueurs de la division internationale du travail (…) Le résultat serait que six des sept millions de fermes européennes devraient cesser leur activité, et je ne vois pas en quoi le reste du monde s'en porterait mieux".

La dernière phrase soulignée est fondamentale, car il est évident que l'attitude de l'UE devrait être différente s'il était vrai que le fait de soumettre les paysans européens "aux rigueurs de la division internationale du travail" (en clair: renoncer à produire en Europe les denrées alimentaires qui sont obtenues ailleurs dans des conditions de coût plus favorables, c'est-à-dire presque toutes, compte tenu du niveau de vie et des conditions naturelles) entraînerait un avantage pour les pays les plus pauvres. J'ai déjà essayé à plusieurs reprises de démontrer que ce n'est pas du tout le cas, et qu'au contraire les risques de famines dans le monde deviendraient encore plus graves. Etant donné toutefois que la démagogie et la rhétorique continuent à dominer, j'y reviendrai. Je me limite pour le moment à observer que le document Fischler affirmait (la phrase a été édulcorée dans la version finale) que la mise en oeuvre de l'initiative "Tout sauf les armes" dans le secteur du riz aura pour conséquence une "détérioration dramatique" de l'équilibre du marché de ce produit dans l'UE, ce que j'avais observé dès le départ. C'est un cas typique dans lequel les pays les plus démunis seront encouragés à produire pour l'exportation (au bénéfice des commerçants et des trafiquants) le riz dont ils auront dramatiquement besoin pour nourrir leur population. J'espère que l'évolution de l'opinion publique constatée par Pascal Lamy s'étendra au domaine de la lutte contre la faim dans le monde. J'apporterai prochainement des arguments supplémentaires à l'appui de cette évolution inachevée. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE