Bruxelles, 10/07/2002 (Agence Europe) - La Convention des jeunes a entamé ses travaux, mercredi à Bruxelles, après une séance solennelle au cours de laquelle sont intervenus le président de la Convention européenne, Valéry Giscard d'Estaing, le président de la commission de la culture, de la jeunesse et des sports du Parlement européen, le socialiste français Michel Rocard, la Commissaire à l'éducation et à la jeunesse, Viviane Reding et la socialiste danoise Helle Thorning-Schmidt, membre de la délégation du PE à la Convention qui représentait pour l'occasion la Présidence danoise.
Nous sommes conscients que nous construisons l'Europe de l'avenir « surtout pour vous », a déclaré d'emblée le président Giscard d'Estaing qui a dit aux jeunes conventionnels: « Vous serez les acteurs de l'Europe de 2020 (…) Cette Europe, vous la ferez vivre et, certainement, vous la ferez encore évoluer ». « Elle s'inscrira dans la continuité », a-t-il poursuivi en revenant sur les origines de l'Union européenne d'aujourd'hui. Il a ensuite rappelé le caractère « ambitieux » du projet initial qui voulait d'abord « offrir la paix et la réconciliation à notre continent ». « Le chemin parcouru en 50 ans est à vrai dire formidable », a souligné M. Giscard d'Estaing en rappelant les guerres qui ont marqué l'histoire européenne. Demain, l'UE élargie comptera près de 500 millions d'habitants et constituera le troisième ensemble humain de la planète, après la Chine et l'Inde, un ensemble très diversifié, en termes de cultures, langues, traditions juridiques et, au moins au départ, sur le plan économique, a constaté Valéry Giscard d'Estaing avant d'affirmer que « personne ne doit sous-estimer les difficultés que pose ce challenge ». Il s'agit de garantir l'efficacité d'une Union à 25 et de lui permettre de relever les défis de la mondialisation, a rappelé M. Giscard d'Estaing en estimant que si l'Europe veut avoir un rôle dans le monde, si elle a des valeurs à défendre, une solidarité à partager, elle n'a « une chance de le faire qu'en s'exprimant d'une seule voix sur la scène internationale ». « Nous avons besoin de votre imagination et de votre liberté d'expression », a-t-il dit aux jeunes en citant Ronsard: « Le seul trésor de l'homme est la verte pensée de sa jeunesse ». Ce que nous attendons de vous, c'est « l'expression de votre pensée personnelle, celle du cœur et celle que vous portez dans la tête » et « pas seulement celle des idées convenues », a dit le président de la Convention européenne en appelant les jeunes à « éviter le piège de Bruxelles parlant à Bruxelles » comme cela avait été reproché à la Convention lors de la session d'écoute de la société civile. M. Giscard d'Estaing a ensuite demandé aux jeunes de définir l'Europe qu'ils souhaitent pour l'avenir, les rôles respectifs de l'Union, des Etats membres et des collectivités territoriales, « les défauts dont elle doit se guérir et ceux qu'elle doit éviter à l'avenir », la place qu'elle doit occuper dans le monde et la façon dont elle devrait assurer sa propre défense. « Le talent de rêver est le privilège de la jeunesse », a dit M. Giscard d'Estaing en appelant les jeunes à devenir « à nos côtés, les constituants du rêve ».
Après avoir, lui aussi, invité les jeunes à « exprimer en toute franchise et sans tabou vos malaises, vos doutes, mais aussi vos aspirations et vos espoirs », M. Rocard a également fait un retour pédagogique sur l'histoire au moment où «s'éteint le Traité CECA ». Il a rappelé les « espoirs des fondateurs » comme Jean Monnet pour qui la CECA était une « amorce de fédération », conçue pour contourner les résistances des souverainetés nationales en mettant d'abord en commun les industries qui sont en amont de la guerre. Alors que le monde ne va pas bien (il a cité le Proche-Orient, l'Inde, le Pakistan, l'Afrique, la criminalité internationale, l'effet de serre, le fléau du sida), l'Europe ne s'est toujours pas donné « une personnalité, une parole unique », a constaté M. Rocard en soulignant que « nos gouvernements restent partagés, presque moitié-moitié ». « Souvenez-vous que l'Afrique, la moitié de l'Amérique latine et quelques pays d'Asie sont bloqués dans le sous-développement (…) C'est de l'extérieur que le besoin d'Europe se fait le plus pressant », a dit l'ancien président de la commission du développement qui a aussi souligné qu'il n'existe à l'heure actuelle aucune véritable base juridique pour les sujets traités par la commission parlementaire qu'il préside: la culture, la jeunesse, l'éducation, les médias et les sports. Et d'inviter les jeunes à dire si l'Europe doit s'en occuper ou pas, et comment.
« Souvent la politique est faite par les adultes pour les jeunes. C'est une erreur ! », s'est exclamée Mme Reding qui a rappelé que le Livre blanc sur la jeunesse avait été préparé avec les jeunes. « Cette Convention n'est pas un gadget » mais s'inscrit dans la continuité du dialogue entamé avec les 75 millions de jeunes Européens, a-t-elle dit en invitant leurs représentants à sortir des sentiers battus, à prendre des risques, à laisser de côté « les slogans, les banalités et les idées reçues ».
« N'imitez pas, innovez », a lancé aux jeunes la Danoise Helle Thorning-Schmidt qui a dit que « cette convention ne doit pas être un alibi » et qui a souhaité « des idées neuves (…) des perspectives que nous ne pouvons pas imaginer ». « Ne soyez pas formalistes et procéduriers », a-t-elle poursuivi tout en invitant les jeunes à produire des documents qui, par leur qualité, ne pourront pas ne pas être pris en compte. Et de les inviter à ne pas oublier d'autres jeunes, qui n'appartiennent pas aux organisations de jeunesse, qui n'ont pas de diplômes universitaires ou qui sont marginalisés… à ne pas oublier non plus les droits et les intérêts des jeunes de moins de 18 ans. Elle a souhaité que la Convention des jeunes puisse se réunir à nouveau ou au moins, selon d'autres modalités, réagir dans six ou huit mois au projet qui sortira de la Convention européenne.
Après ces interventions, le président de la Convention des Jeunes, l'Italien Giacomo Filibeck, et les membres du présidium "Jeunes" sont montés à la tribune pour entamer leurs travaux. "On va innover et pas reproduire les petites jeux diplomatiques de la Convention des seniors. Nous allons travailler avec nos méthodes, être ouverts et transparents", a déclaré d'entrée de jeu Giacomo Filibeck en ajoutant: "Nous voulons que ce que l'on propose soit pris au sérieux et nous voulons un système de suivi clair pour que les travaux de cette semaine ne soient pas une procédure unique. Cette réunion doit être un premier pas pour que les jeunes puissent exprimer leur position".