Bruxelles, 28/06/2000 (Agence Europe) - Les longs silences de la Présidence portugaise témoignent des difficultés rencontrées pour parvenir à un compromis entre les Etats membres sur la voie à suivre pour sortir des sanctions bilatérales imposées à l'Autriche par ses quatorze partenaires de l'Union européenne à la suite de la coalition de gouvernement formée par les conservateurs avec l'extrême-droite. La présidence, à qui il ne reste que très peu de temps, doit à la fois obtenir un consensus parmi les Quatorze et une formule qui soit acceptable à Vienne, où le gouvernement insiste pour être impliqué dans le processus. A la mi-journée, le Premier ministre portugais Antonio Guterres déclarait, lors d'une conférence de presse: "Il n'y a pas encore de position commune des 14 pays membres que je puisse vous transmettre (...) Les déclarations publiques ne servent qu'à compliquer les choses (...) Je ne parlerai que lorsque je pourrai parler au nom des Quatorze".
Le Portugal a proposé le maintien des sanctions bilatérales, assorti d'un mécanisme de surveillance. Un groupe de trois personnalités, désignées par le président de la Cour européenne des droits de l'homme, serait chargé d'examiner l'attitude du gouvernement autrichien vis-à-vis des valeurs européennes, notamment en ce qui concerne l'immigration, le droit d'asile et les droits des minorités. Sur la base d'un rapport de ce groupe de personnalités, les Quatorze décideraient ultérieurement d'une éventuelle levée des sanctions.
EUROPE croit savoir que des contacts ont eu lieu mercredi entre le président de la Cour, Luzius Wildhaber, le chancelier autrichien Wolfgang Schuessel et Antonio Guterres afin de mieux définir le mandat de ce groupe de personnalités. La définition du mandat apparaît en soi difficile dans la mesure où les autorités autrichiennes voudraient qu'on s'en tienne à l'examen de la politique gouvernementale (une telle formule a déjà fonctionné pour le rétablissement de l'ÖVP dans tous ses droits au sein du Parti populaire européen: NdR) alors que certains gouvernements continuaient hier d'insister sur l'examen de "la nature du parti de M. Haider", selon les termes utilisés par le ministre français des Affaires européennes, Pierre Moscovici, mardi soir à Bruxelles. Le chancelier autrichien a aussi toujours rejeté l'idée d'une "mise sous surveillance" et préférait la formule d'une "période d'évaluation".
M. Haider parle d'une nouvelle provocation à l'encontre de l'Autriche et accuse la Belgique
L'ancien dirigeant du FPÖ, Jörg Haider, qui s'est retiré de la tête de son parti mais dont M. Moscovici faisait remarquer, mardi soir à Bruxelles, qu'il est "toujours assis sur le siège arrière", a vivement critiqué le projet de la Présidence portugaise. Il parle d'une "nouvelle provocation envers l'Autriche" et accuse la Belgique d'en être l'auteur. "J'ai le sentiment que l'on essaie du côte de l'UE de faire des jeux tactiques pour retarder le plus possible la consultation populaire afin qu'elle soit peut-être repoussée au-delà de la Présidence française de l'UE, pour lui épargner l'humiliation de ne rien faire avancer parce qu'elle est dans une situation conflictuelle avec l'Autriche", a-t-il dit en faisant référence au référendum qui pourrait avoir lieu en Autriche s'il ne devait pas y avoir de "projet concret" pour la levée des sanctions d'ici la fin de la Présidence portugaise, le 30 juin.