login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 7685
AU-DELÀ DE L'INFORMATION: II /

Au sommet de Lisbonne, l'UE a procédé à une espèce d'"examen de conscience", encore préliminaire et insuffisant, sur son comportement dans les Balkans occidentaux et les résultats obtenus. Nous sommes encore loin d'une véritable clarté sur la situation réelle dans cette région tourmentée; car la vérité est dure à admettre. Elle apparaît ici et là entre les lignes, et les chefs de gouvernement -coincés entre les réprimandes brutales et approximatives des Américains et les hésitations à pratiquer une franchise totale- utilisent encore un langage prudent et allusif. Ils ont quand même reconnu, pour la première fois à leur niveau, que quelque chose doit changer, et vite, aussi bien dans le comportement de la communauté internationale et de l'UE elle-même que dans le comportement des populations intéressées et surtout de leurs représentants.

La multiplication inutile des organismes, la confusion des responsabilités, l'absence de coordination et le manque de cohérence avaient déjà été dénoncés par la Commission Santer en fin de vie, dans un langage franc et dru auquel cette Commission ne nous avait pas toujours habitués. A présent, la "pléthore d'acteurs" a été dénoncée par les chefs de gouvernement et Javier Solana a été invité à y mettre un peu d'ordre. C'est dommage que certaines responsabilités directes de l'UE aient été passées sous silence, par exemple le retard dans la mise en oeuvre de l'Agence pour la reconstruction, provoqué d'abord par la querelle du siège (et par la solution bâtarde retenue, avec le couple Salonique/Pristina) et maintenant par la susceptibilité linguistique mal placée de l'Espagne (le régime des langues dans l'UE est une affaire très sérieuse et mérite le plus grand respect, mais dans ce cas-ci l'efficacité doit primer sur l'orgueil). Ceci dit, les reproches américains et leur ton paraissent arrogants; les Etats-Unis ne devraient pas oublier que le désastre écologique et les difficultés économiques de l'ensemble de la zone ont leur origine principale dans la destruction de la navigabilité du Danube et dans la dévastation d'usines chimiques, pétrolières et pharmaceutiques. Mme Albright se vante de la "victoire militaire". Les effets de cette "victoire" pourraient peut-être l'inciter à moins de triomphalisme, au moment où Milosevic est toujours en place et l'UE s'efforce de renouer les liens avec la "société civile" de Serbie.

Mais à ces fautes et lacunes, il existe un remède et l'Occident pourrait assez rapidement redresser la situation. Le véritable obstacle, sur lequel on commence à peine timidement à lever le voile, réside dans le comportement des populations ou du moins d'une grande partie de leurs dirigeants. La relance de l'économie et la création de structures administratives et civiles paraissent leur dernier souci. La plupart ne semblent animés que par une double préoccupation: entretenir la haine contre le voisin et reprendre les combats; obtenir le plus possible d'aides financières. La volonté de rétablir les bases de la vie civile n'est pas très évidente. La tâche principale des forces internationales au Kosovo consiste à protéger les uns contre les intentions hostiles des autres, et à essayer d'instaurer un semblant d'administration de la justice pour mettre fin au règne de l'impunité.

Javier Solana justifie trop facilement, à notre avis, cette situation en affirmant qu'il est impossible de prétendre que s'aiment ceux qui depuis des siècles n'ont rien fait d'autre que de se détester. De telles déclarations insultent presque les bases mêmes de la construction européenne, dont la raison d'être et l'objectif prioritaire étaient justement la réconciliation entre les pays qui venaient de se déchirer dans la guerre la plus sanglante et douloureuse que le monde ait jamais connue. On ne peut pas prétendre à l'amour immédiat, soit; mais on doit prétendre qu'il soit mis fin à l'esprit de vengeance et aux crimes, surtout pour qui veut se rapprocher de l'UE. Les financements les plus généreux ne pourront rien si les mentalités ne changent pas; au contraire, il arrive qu'ils soient contre-productifs.

Sur ce point également, une personnalité officielle a osé mettre en doute l'efficacité de certains financements dans cette région du monde. Carl Bildt, représentant spécial pour les Balkans du secrétaire général des Nations Unies, a déclaré: "Là où, selon moi, nous avons échoué en Bosnie, c'est sur le plan économique; sans doute parce que nous y avons déversé trop d'argent. Les responsables bosniaques en ont conclu que nous allions tout faire à leur place. Ils ne se sont pas souciés de reconstruire une économie." Attention à ne pas faire la même erreur ailleurs. Les chefs de gouvernement ont demandé un plan "immédiat" pour le déblaiement du Danube; c'est pleinement justifié, et l'UE devra payer ce qu'il faut. Mais rien ne justifie que l'UE continue à payer en Bosnie les dépenses qui reviennent tout naturellement aux habitants, et qu'elle se propose d'en faire autant à temps indéterminé au Kosovo si de l'autre côté rien ne montre la volonté de jeter les bases d'une civilisation conforme aux principes et aux objectifs pour lesquels l'Europe était intervenue.

Ferdinando Riccardi

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION: I
AU-DELÀ DE L'INFORMATION: II
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLÉMENT