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Bulletin Quotidien Europe N° 7685
AU-DELÀ DE L'INFORMATION: I /

L'Europe a défini la stratégie qui devrait la conduire en dix ans au plein emploi et au top économique mondial, mais c'est maintenant que tout commence car la recette n'est pas le résultat

Revenir sur terre. Maintenant, il faut revenir sur terre. Dans les semaines qui ont précédé le Sommet de Lisbonne, les dirigeants de l'Europe - les autorités politiques, mais aussi les partenaires sociaux- ont partiellement voyagé dans un territoire dont le nom est connu depuis des siècles dans la civilisation qui est la nôtre: il s'appelle Utopie. Nous avons tous, plus ou moins, participé à ce voyage, car nous étions convaincus que l'Europe devait finalement aboutir à la définition de sa stratégie économique combinant la liberté d'initiative et le dynamisme "à l'américaine" avec le modèle social forgé en deux siècles de luttes qu'il ne faudrait surtout pas oublier.

La stratégie est là, et tout commence. Les chefs de gouvernement en sont conscients, qui ont prévu un rendez-vous annuel pour suivre à chaque printemps l'évolution du processus, les résultats atteints et les corrections éventuelles à introduire. Ce qui est positif, c'est que les principales tendances politiques se sont toutes reconnues dans la stratégie définie à Lisbonne, si bien que les différences doctrinaires s'estompent: les libéraux ont pu souligner l'orientation libérale du projet, les "populaires" ont rappelé que l'inspiration sociale de la politique économique dérive directement du "processus de Luxembourg" qu'ils avaient patronné et lancé, les socialistes se félicitent de la sauvegarde clairement affichée du modèle européen. Des sous-entendus existent, chacun met l'accent ici ou là selon ses préférences; c'est normal. Mais malgré leurs efforts parfois presque caricaturaux pour se différencier, les partis politiques européens doivent bien admettre que la stratégie de Lisbonne est le résultat d'un travail de rapprochement qui s'est prolongé pendant plusieurs années, la "voie européenne" prenant quelque chose chez chacun. Les signatures sous le projet sont d'ailleurs éloquentes: les parrains en ont été en premier lieu Antonio Guterres, Tony Blair et José Maria Aznar, qui appartiennent à des partis politiques européens différents et rivaux, soutenus par Romano Prodi qui, lorsqu'il était premier ministre, avait accompli l'exploit de participer à la fois aux sommets du PPE et des socialistes. Cette paternité multiple de la stratégie de Lisbonne laisse espérer que les péripéties électorales futures, et les changements de majorité qui inévitablement se produiront, n'en compromettront pas la réalisation. Dans les mises en oeuvre nationales, certains accents pourront être déplacés, mais l'inspiration générale devrait être maintenue au cours des années, car les objectifs essentiels se situent à l'horizon 2010, que ce soit le plein emploi, le taux d'emploi proche de 70%, les marchés uniques entièrement réalisés dans tous les secteurs (même si certains objectifs intermédiaires, et parfois très proches, sont aussi fondamentaux).

Si chacun attend l'effort de l'autre... L'aspect-Utopie réside dans certaines affirmations de principe (l'Europe sera en quelques années l'économie la plus dynamique et compétitive du monde) ou en certains objectifs chiffrés (taux de croissance de 3% pour dix ans, taux d'emploi dépassant 70%) qui pourraient donner l'impression que la définition de la stratégie coïncide avec son succès: la recette est là, les résultats viendront, l'horizon est rose. Etre ambitieux et être optimistes, c'est bien, à la condition d'être conscients que les difficultés seront énormes, et que quelques déceptions inévitables ne le seront pas moins, car les résultats dépendront en partie de changements de mentalités et d'habitudes qui ne sont pas encore évidents partout. Pour le moment, chaque catégorie donne l'impression d'attendre que l'effort vienne surtout des autres: les employeurs demandent déjà des assouplissements supplémentaires aux règles du marché du travail; plusieurs syndicats refusent que l'on touche aux régimes de retraites; certains mouvements politiques voudraient remettre en cause les "critères de Maastricht". En outre, quelques éléments de la stratégie de Lisbonne n'ont pas encore été clarifiés: par exemple, le régime européen des "services d'intérêt général" est toujours très controversé dans ses principes mêmes.

Les chefs de gouvernement, maintenant qu'ils ont décidé de jouer eux-mêmes le rôle de coordination et d'orientation, devront veiller très sérieusement à l'équilibre et la cohérence de l'ensemble, et à l'exigence que chacun fasse sa part. La Commission et les Conseils spécialisés devront s'engager à fond dans l'entreprise. Les autorités et les partenaires sociaux nationaux devront transférer et répercuter le tout au niveau national de manière efficace. Sans quoi, la stratégie serait un échec.

Ferdinando Riccardi

 

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AU-DELÀ DE L'INFORMATION: I
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