Bruxelles, 25/02/2000 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense des pays de l'Union européenne, lors de leur réunion informelle du lundi 28 février à Penha Longa (Sintra) sous la présidence du ministre de la Défense portugais Julio Castro Caldas, vont concentrer leurs discussions sur les "headline goals" militaires fixés à Helsinki pour une future force militaire de l'UE et évoquer avec le Secrétaire général du Conseil/Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana la manière de laquelle il envisage le fonctionnement des organes militaires intérimaires du Conseil (voir EUROPE d'hier, p.4), en soulignant la signification politique de la mise en place de ces nouveaux organes, seulement quelques jours après leur réunion de Sintra. Un important message de cette réunion informelle (qui avait été précédée par celles des 3 et 4 novembre 1998 à Vienne et du 28 mai 1999 à Bonn) sera par ailleurs que les ministres de la Défense entendent s'engager pleinement dans le développement de la politique européenne de sécurité et de défense de l'UE (PESD). Des questions d'actualité pourront être évoquées à Sintra, et en particulier les derniers inquiétants développements de la situation au Kosovo. Rappelons qu'une réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l'UE est prévue le 20 mars à Bruxelles.
Dans une première lettre à ses collègues (voir EUROPE des 21/22 février, p.5), M.Castro Caldas indiquait quels thèmes il souhaitait traiter avec eux lors de cette réunion, qui n'est pas destinée à prendre des décisions. Dans une deuxième lettre, il précise:
- "headline goals". Selon le ministre, la discussion de Sintra devrait porter en particulier sur les scénarios de projections de forces à envisager par l'UE dans le cadre des missions du Petersberg, et sur la structure et l'organisation des forces qui devront accomplir de telles missions. Le ministre rappelle que l'UEO a déjà développé des "profils illustratifs", qui ont été validés par l'Otan et transmis à l'UE, et souligne l'urgence d'identifier "ce que les Etats membres sont capables de faire" (afin de contribuer à la mise en place d'ici 2003 d'une force d'environ 60 000 effectifs, mobilisable en soixante jours et soutenable pendant au moins un an - ce qui exigerait une rotation trois fois par an, et qui signifie qu'il faudrait au total 180 000 effectifs, y compris la capacité initiale de 60 000: NDR). L'examen des scénarios et des possibles contributions nationales (qui, rappelons-le, seront volontaires) exige, selon le ministre, l'établissement d'une sorte de "feuille de route" qui, le moment venu, conduira à la convocation d'une "Conférence de génération de forces"; par la suite, il faudra un "réexamen régulier" de la situation afin de s'assurer que le processus "reste dans les rails".
(Les premières propositions de contributions nationales pourraient être présentées cet automne, estiment les experts. Rappelons qu'un pays qui n'est pas membre de l'UE, la Turquie, a déjà proposé de mettre une brigade à la disposition de la future force européenne: voir EUROPE du 17 février, p.6. Par ailleurs, la France et les Pays-Bas veulent proposer, à Sintra, de fournir une composante maritime à la future force: voir EUROPE du12 février, p.4).
- organes militaires intérimaires. Dans sa lettre, M.Castro Caldas souligne en particulier que les chefs d'état-major des Etats membres ou leurs représentants participeront à la première réunion de l'organe militaire intérimaire, sous la présidence du pays qui exerce la présidence du Conseil, et que les réunions futures exigeront la disponibilité de "facilités adéquates dans le bâtiment du Conseil" (on sait que, pour l'avenir, on prévoit un bâtiment séparé pour les organes militaires de l'UE: NDR). Par ailleurs, le ministre exhorte les Etats membres à désigner rapidement les experts militaires qui seront détachés à Bruxelles (où ils auront une fonction internationale, et pas de "représentants nationaux", précise-t-il) afin qu'ils puissent participer aux prémières réunions prévues début mars. Enfin, M. Castro Caldas propose , en ce qui concerne les nouvelles structures militaires de l'Union, que "nous convenions les tâches qui devraient être couvertes par l'organe militare intérimaire et le groupe d'experts militaires".
- budget et opinion publique. Dans sa lettre, le ministre constate que la constitution de capacités militaires de l'UE "aura un impact sur nos budgets de la défense et sur nos opinions publiques nationales" (même si Helsinki a fixé des objectifs en termes de "résultats" et pas de pourcentage des dépenses militaires, contrairement à l'habitude, par exemple, à l'Otan: NDR). Comme il s'agit d'un thème très sensible, il est nécessaire de faire comprendre clairement ce que nous voulons à nos opinions publiques, affirme-t-il.
L'Autriche sera présente à Sintra avec un ministre FPÖ, Herbert Schneiber.