Bruxelles, 01/02/2000 (Agence Europe) - Le Commissaire en charge de l'élargissement, Günter Verheugen, et le ministre turc des Affaires étrangères, Ismail Cem, ont eu mardi à Bruxelles une entrevue "très constructive et ouverte" -selon les termes utilisés par le Commissaire- sur la mise en oeuvre des conclusions du Sommet européen de Helsinki et, en particulier, sur les conséquences pratiques de l'octroi, à la Turquie, du statut officiel de candidat à l'adhésion. "Je suis content que nous ayons pu avoir des entretiens au niveau politique aussi rapidement après le sommet de Helsinki" pour parler de la définition et la future mise en oeuvre de la stratégie préadhésion pour la Turquie, a souligné M.Verheugen devant la presse. En janvier, la Commission européenne a déjà envoyé une mission d'experts à Ankara pour évaluer la situation sur place et d'autres missions analogues seront envoyées en Turquie au cours des prochains mois, a dit le Commissaire. En outre, M. Verheugen a l'intention de se rencontrer "régulièrement" avec le ministre Cem pour parler de la stratégie préadhésion. En mars, le Commissaire Verheugen se rendra par ailleurs à Ankara.
"Nous sommes convenus d'avancer pas à pas" dans le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, "et de ne pas commencer par les questions les plus difficiles", a dit M.Verheugen. Le Commissaire a néanmoins souligné que la stratégie préadhésion est "étroitement liée" au développement des relations entre la Turquie et la Grèce et de l'évolution du problème chypriote. Un rapprochement entre l'UE et la Turquie peut influencer positivement ces deux dossiers, tout comme des évolutions positives des relations Turquie/Grèce et à Chypre peuvent faire avancer les relations entre l'UE et la Turquie, a dit M.Verheugen.
Le ministre turc des Affaires étrangères, M.Cem, a estimé que les relations et le processus d'adhésion de son pays à l'UE, sont désormais "sur la bonne voie". "Nous sommes maintenant plus confiants que jamais que notre relation avec l'UE sera menée à une bonne fin", à savoir l'adhésion, a dit M.Cem. Le gouvernement turc a déjà pris des mesures pour se conformer aux critères économiques et politiques que l'UE impose à tous candidats, a expliqué M.Cem, tout en reconnaissant que la Turquie avait pris un certain "retard" en matière de fonctionnement démocratique. "Mais nous continuerons à travailler sur ces retards et notre participation à des programmes communautaires nous aidera à avancer", a dit M.Cem qui a estimé par ailleurs que le rôle des militaires dans la gestion de son pays est largement "surestimé".
Le ministre turc a aussi insisté sur le fait que, dans le domaine économique et commercial, la Turquie n'est pas un "débutant" en matière de relations avec l'UE, car elle est liée à l'UE par une union douanière qui fonctionne depuis quatre années et dans le cadre de laquelle les entreprises turques doivent faire face à la concurrence communautaire. "Malheureusement, nous n'avons pas reçu de l'UE le soutien financier qu'elle aurait dû nous donner", a dit M.Cem. "Mais même en absence de cette aide, la Turquie a été en mesure de participer à une union douanière avec l'UE dans laquelle nous sommes en concurrence avec les entreprises communautaires pour tous les produits industriels", a souligné M.Cem.
En ce qui concerne les relations avec la Grèce, selon M.Cem, "plus de progrès a été fait au cours des derniers six mois qu'au cours des quarante années précédentes; nous sommes sur la bonne voie".
Quant au problème chypriote, "le problème appartient aux deux parties" en question, a dit M.Cem, c'est à eux de le résoudre. La Turquie a "encouragé" les Chypriotes turcs à participer aux pourparlers avec les Chypriotes grecs dans le cadre des proximity talks, "mais notre responsabilité s'arrête là". M.Cem a aussi insisté sur le fait que la Turquie ne considère pas l'affaire de Chypre comme une précondition pour des relations plus approfondies avec l'UE.
La rencontre de mardi a permis à MM. Verheugen et Cem de s'entendre sur un certain nombre d'aspects prioritaires dans le cadre de la mise en oeuvre de la stratégie préadhésion, a dit M.Verheugen, notamment:
La participation de la Turquie aux programmes communautaires, ainsi qu'aux agences de l'UE et aux comités techniques. La Commission vient d'adopter une communication au Conseil sur la participation des pays candidats aux programmes et agences communautaires, permettant la présence de la Turquie dans ces enceintes. Des experts des deux côtés ont été chargés d'examiner dans quels programmes, agences, etc. une participation de la Turquie pourrait être particulièrement bénéfique pour ce pays et pour l'UE.
La définition d'un cadre financier. Conformément à ce qu'avait demandé le Sommet de Helsinki, la Commission a l'intention de présenter à l'automne une proposition pour le cadre financier de la stratégie préadhésion de la Turquie.
L'adoption d'un "Partenariat pour l'Adhésion" (PA). Comme ce fut le cas pour les pays candidats d'Europe centrale et orientale, Chypre et Malte, la Commission a l'intention d'adopter à l'automne un "Partenariat" pour la Turquie, qui mentionnera les priorités à court et moyen terme que la Turquie devrait mettre en oeuvre pour se rapprocher à l'acquis communautaire dans tous les domaines, y compris les critères politiques. Le PA pour la Turquie sera adoptée en même temps que les PA révisés pour les douze autres pays candidats, a dit M.Verheugen.
La préparation de la future évaluation analytique de l'acquis communautaire ("screening") avec la Turquie. Cet exercice sera préparé dans le cadre du Conseil d'association UE/Turquie et dans des comités et sous-comités qui seront créées à cette fin.