Strasbourg, 18/01/2000 (Agence Europe) - Lundi soir, à l'ouverture de la session du Parlement européen, le président du groupe socialiste, Enrique Baron Crespo a demandé, au nom de son groupe, que la déclaration de Romano Prodi sur le programme de la Commission européenne pour les cinq ans à venir soit réintroduite à l'ordre du jour de la session plénière en cours. Il a contesté l'argument selon lequel le Parlement n'est pas en mesure d'examiner ce programme s'il ne lui était pas transmis avant la session pour que les députés puissent en prendre connaissance avant de participer à la discussion. M. Baron a souligné que si tel était le cas, le programme de la Commission serait diffusé sur Internet et dans la presse avant que le Parlement n'ait eu la possibilité de s'exprimer.
Le président du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering a rappelé que le groupe socialiste avait été, lors du vote de la Conférence des présidents des groupes politiques sur la fixation de l'ordre du jour, le seul à s'opposer à la suppression de ce point pour cette session et à son ajournement à une prochaine plénière. "Nous avons confiance en la Commission. Nous avons confiance en Romano Prodi. Mais nous pensons qu'un tel débat doit avoir lieu dans un cadre ordonné et pas sur une simple déclaration orale du président de la Commission", a dit M. Pöttering en se prononçant pour un débat en février sur le programme quinquenal de la Commission, en y incluant le programme législatif pour l'an 2000.
"Nous nous sommes préparés pour tenir ce débat dès cette semaine", a dit la Commissaire Loyola de Palacio, tout en affirmant que la Commission respecte les prérogatives du Parlement, au rang desquelles figurent la fixation de son ordre du jour.
Le vote qui a suivi a confirmé la position adoptée par la Conférence des présidents: 208 députés ont voté pour l'ajournement, 120 contre et 6 se sont abstenus.
M. Elles propose une rencontre entre M.Prodi et les chefs des groupes politiques -
M.Lannoye: on a eu assez de débats sur les orientations générales
Au début de la séance plénière de mardi matin, le président du groupe libéral Pat Cox a regretté les polémiques qui ont marqué la décision de ne pas inscrire à l'ordre du jour de cette session le débat sur les priorités stratégiques de la Commission. Nous risquons de créer une "fracture superflue" entre les institutions, a averti le député irlandais, qui a estimé que, dans cette affaire, la Commission et son président ont fait preuve d'une "retenue qui mérite le respect". J'espère que nous apprendrons les leçons de cet incident, qui a été sans doute provoqué davantage par des "appréhensions erronées" que par de la mauvaise volonté, a dit M.Cox.
Lors d'une conférence de presse mardi matin, le vice-président du groupe du PPE, le conservateur britannique James Elles a estimé qu'"on pourrait gérer cette affaire en demandant à Prodi de voir les chefs des groupes politiques et de leur indiquer quelles sont les orientations générales" de sa stratégie; ensuite, "s'il y a un texte, le débat pourra être intéressant". Mme de Palacio a annoncé que, même si le débat en plénière a lieu en février, le texte sera disponible seulement la veille. "Ce serait déjà un progrès d'avoir un texte", a répliqué M.Elles. Et, sur un plan général, il a exprimé l'impression que, graduellement, "l'ancienne hiérarchie" de la Commission essaye de revenir à "l'ancienne manière". Après la "période traumatique" qui a conduit à la démission de la Commission Santer, il serait souhaitable que le Parlement puisse convenir le plus rapidement possible avec la Commission d'un "cadre" pour les relations futures, a estimé James Elles, qui croit déceler un retour de la tendance de la Commission à essayer de limiter l'accès du Parlement à ses documents.
Dans sa conférence de presse, le président du groupe socialiste Enrique Baron a jugé "absolument bureaucratique" l'attitude des groupes qui ont refusé d'avoir un débat avec M. Prodi dès cette session: c'est "un réflexe très négatif", a-t-il dit, en soulignant l'importance que les socialistes attribuent à la présentation, pour la première fois, d'un "programme de législature" de la Commission (un programme "fondamentalement politique", comme ceux des gouvernements de nos pays, a-t-il noté).
Quant au co-président du groupe des Verts Paul Lannoye, il a estimé qu'il avait été préférable de reporter le tout d'un mois plutôt que de "nous jeter à nouveau dans un débat très général sur l'avenir de l'UE". Nous avons déjà entendu des discours de M.Prodi sur ses grands objectifs d'abord au printemps, ensuite en juillet et enfin en septembre dernier, et cela "nous a paru ridicule d'organiser un débat liturgique" portant de nouveau sur des orientations générales, a affirmé M. Lannoye.