Lors de la réunion informelle des ministres européens de la Pêche, mercredi 29 juillet à Cork, plusieurs États membres ont demandé à la Commission européenne plus de flexibilité et de simplification dans la réglementation du secteur.
La France, les Pays-Bas et l’Espagne ont tous plaidé pour un allègement des règles européennes afin de faciliter la modernisation des flottes et de renforcer l’attractivité du métier.
Silvio Erkens, ministre néerlandais de la Sécurité alimentaire, de la Pêche et de l’Horticulture, s’est montré particulièrement explicite, annonçant que La Haye défendra un 'omnibus' de simplification destiné à réduire les charges administratives pesant sur les pêcheurs. Les Pays-Bas souhaitent notamment revoir les règles liées à l’obligation de débarquement (qui vise à mettre fin aux rejets en mer) ainsi que celles encadrant le renouvellement des flottes, jugées trop contraignantes. La Haye présentera un volet de simplification afin d’alléger ces contraintes et espère rallier un large soutien des États membres au cours des prochains mois.
Pour la ministre française, Catherine Chabaud, les règles actuelles ralentissent également la modernisation des navires. Elle estime nécessaire de faciliter la construction de nouveaux bateaux, une évolution indispensable, selon elle, pour attirer de jeunes pêcheurs. « Si nous voulons donner aux jeunes pêcheurs la possibilité d’exercer ce métier, nous devons les soutenir (...) et les aider à disposer de nouveaux bateaux décarbonés », a-t-elle déclaré.
L’Espagne partage cette analyse et appelle à lever les obstacles réglementaires qui empêchent aujourd’hui la construction de nouveaux navires. Le ministre espagnol, Luis Planas, propose notamment de simplifier la réglementation, de revoir la notion de 'capacité de pêche' et d’évoluer vers des décisions pluriannuelles sur les possibilités de pêche, afin d’apporter davantage de stabilité et de visibilité économique au secteur.
Préférences de La Haye. Interrogée sur les 'préférences de La Haye' (un mécanisme de la politique commune de la pêche instauré en 1976), que l’Irlande souhaite voir révisées, Mme Chabaud a évité de prendre position. Elle a dit comprendre les préoccupations irlandaises, tout en rappelant que tous les États membres disposent de communautés de pêche qu’il convient de protéger. La discussion devra, selon elle, s’appuyer sur les avis scientifiques. Elle a également souligné que ces préférences avaient été conçues dans un contexte très différent de celui d’aujourd’hui, laissant entendre qu’elles pourraient faire l’objet d’un débat.
Des journalistes irlandais ont insisté sur le fait que l’Irlande fournit plus de 10% des eaux de pêche européennes, mais ne bénéficie que d’environ 4% des quotas, une situation jugée déséquilibrée. La ministre française a évité de répondre directement sur la répartition des quotas, préférant développer une approche plus globale. Selon elle, l’océan est un bien commun, les États doivent coopérer et il faut renforcer la recherche scientifique ainsi que l’innovation.
Interrogée également sur les quotas attribués à la flotte française dans les eaux irlandaises, mais qui ne seraient pas pleinement utilisés, la ministre a refusé d’entrer dans le débat. « Vous parlez d’espèces. Nous devons avoir une approche écosystémique », a-t-elle répondu.
Les Pays-Bas ont également indiqué qu’ils attendaient les avis scientifiques prévus dans les prochaines semaines avant d’arrêter leur position sur les possibilités de pêche (2027) qui seront négociées fin 2026 au sein du Conseil. Le ministre des Pays-Bas a toutefois reconnu qu’« aucun pays ne devrait être pénalisé » et que tous les États membres faisaient face à des difficultés dans leur secteur de la pêche.
Lors de la conférence de presse finale, Costas Kadis a rappelé que les 'préférences de La Haye' relevaient d’une décision des États membres, et non directement du règlement sur la PCP. Il a reconnu que l’Irlande se trouvait dans une situation particulière, notamment en raison des défis rencontrés par son secteur après le Brexit. « Si des modifications ciblées du règlement de la PCP sont envisagées, elles devront également prendre en compte les difficultés spécifiques du secteur irlandais », a-t-il conclu. (Lionel Changeur)