Le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), Philippe Lazzarini, a prévenu, lundi 12 février, que le soutien financier de la Commission européenne - de 82 millions d’euros pour 2024, qui pourraient être déboursés en mars - était essentiel pour le fonctionnement de l’Agence onusienne.
« La contribution de la Commission européenne est absolument essentielle », a-t-il souligné à l’issue de la réunion informelle des ministres européens du Développement à Bruxelles.
M. Lazzarini, qui a rencontré des membres de la Commission européenne lundi matin, a précisé que celle-ci avait mis en avant plusieurs attentes : un audit sur le recrutement au sein de l’agence onusienne, le renforcement du mécanisme de contrôle interne et la vérification du personnel de l’UNRWA (vetting). Il a précisé qu'il y avait un « engagement mutuel à trouver des moyens de résoudre ces problèmes afin de rendre possible le déblocage de la contribution ».
Selon le commissaire général de l’UNRWA, le montant total mis en pause ou suspendu pour 2024 est actuellement de 450 millions de dollars. « S’il n’y avait pas eu de pause ou de gel, nous aurions eu de la trésorerie jusqu'à la fin juillet. Là, nous allons souffrir à partir de maintenant, du mois de mars », a-t-il expliqué. Selon lui, les comptes seront débiteurs de 30 à 40 millions de dollars en mars, avec une hausse significative dès avril, alors que les salaires des 30 000 employés de l’UNRWA représentent 60 millions d’euros par mois. M. Lazzarini a prévenu qu’en cas de manque d’argent, toutes les activités de l’Agence seraient touchées « d’une manière ou d’une autre », pas seulement à Gaza.
Si les États membres ont pris des décisions différentes concernant le financement de l’UNRWA – l’Espagne a annoncé une aide exceptionnelle de 3,5 millions d’euros déboursée dans les prochains jours quand l’Allemagne a décidé de mettre en pause tout nouvel engagement envers l’Agence, mais pas pour les paiements en cours, selon leurs secrétaires d’État respectifs -, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a annoncé que « tout le monde était d’accord que le travail (de l’UNRWA) ne devait pas être interrompu ». « La majorité comprend qu’il n’y a pas d’alternative pour soutenir les Palestiniens à ce que nous avons mis en place depuis plus de 70 ans », a-t-il souligné devant les médias, ajoutant qu’il n’était pas possible d’imaginer que quelqu’un d’autre pourrait, demain, fournir une éducation à un demi-million de personnes et de la nourriture à 7 millions de personnes.
À leur arrivée, plusieurs ministres avaient mis en avant l’importance de l’Agence onusienne. « Le travail fait par l’UNRWA est irremplaçable, il n’y a pas d’autres entités pour le faire », avait expliqué la secrétaire d’État espagnole à la coopération internationale, Eva Granados Galiano. Pour le secrétaire d’État allemand à la Coopération économique et au Développement, Jochen Flasbarth, « l’UNRWA est absolument essentielle » et il n’y a « pas d’alternative » à l’agence onusienne.
Le Haut Représentant a, lui aussi, fait un plaidoyer pour le maintien de l’Agence, s'opposant à une « punition collective » à l’encontre des Palestiniens en raison d’allégations à l’encontre de 13 membres de l’UNRWA qui auraient participé aux attaques du 7 octobre 2023. Selon MM. Borrell et Lazzarini, au-delà de la catastrophe humanitaire, la fin de l'UNRWA pourrait avoir des répercussions dangereuses sur la stabilité de la région. « Il est dans l’intérêt de tous, y compris l’Europe et Israël, de préserver le rôle de l’UNRWA », a prévenu le Haut Représentant.
M. Lazzarini est revenu sur la situation catastrophique à Gaza – 5% de la population a été blessée, tuée ou a disparu depuis le 7 octobre, la famine menace dans le nord de l’enclave, dans laquelle aucune aide humanitaire n’est arrivée depuis un mois - et sur les difficiles conditions de travail de son agence. Il a expliqué que, la veille, l’ONU n’avait pas pu opérer à Rafah par manque d'un minimum de sécurité. De plus, selon lui, des fournisseurs de l'UNRWA ont reçu l'ordre de ne pas déplacer de la nourriture, les exonérations fiscales dont bénéficiait l'Agence ont été supprimées, ses comptes ont été gelés par des banques locales et le personnel a des difficultés à obtenir des visas annuels. Enfin, un projet de loi doit être voté cette semaine à la Knesset pour mettre fin aux opérations de l'UNRWA à Jérusalem.
Par ailleurs, le Haut Représentant, M. Lazzarini et la ministre belge à la Coopération au développement, Caroline Gennez, ont appelé à la transparence et au partage des informations concernant les allégations à l’encontre de l’UNRWA. « Israël a fait certaines allégations, mais, jusqu’ici, le rapport n'a pas encore été communiqué aux donateurs et, apparemment, pas non plus à l'UNRWA », a souligné Mme Gennez. (Camille-Cerise Gessant)