Bruxelles, 30/09/2014 (Agence Europe) - Un défenseur ardent de la dignité humaine, opposé à la notion d''Europe-forteresse' et partisan farouche de l'espace de libre circulation 'Schengen'. C'est sous ces traits humanistes que s'est présenté, mardi 30 septembre, le ministre grec sortant de la Défense, Dimitris Avramopoulos, aux députés de la commission des Libertés civiles (LIBE) du Parlement européen, qui évaluaient ses compétences pour remplir les fonctions de commissaire aux Migrations et aux Affaires intérieures.
Le candidat issu de la famille PPE a été particulièrement soucieux d'apaiser les débats brûlants du moment, entre arrivées de migrants sur les côtes européennes et combattants étrangers partis rejoindre l'État islamique en Syrie ou en Irak. M. Avramopoulos s'est aussi démarqué à plusieurs reprises d'événements ayant fait polémique, comme la construction par le gouvernement grec d'un mur de barbelés à la frontière gréco-turque. « À titre personnel, je ne suis pas favorable à ces clôtures », a-t-il dit, faisant également référence au mur similaire construit par les autorités espagnoles à Ceuta.
« Bien préparé et compétent », comme l'a jugé Claude Moraes, le patron S&D de la commission LIBE, le Grec a également fait quelques annonces de nature, là encore, à remporter l'adhésion. Véritable 'patate chaude' de la Commission 'Barroso II', le règlement 'Dublin II' qui détermine l'État responsable d'une demande d'asile fera l'objet d'une nouvelle évaluation et… éventuellement d'une révision de certains de ses aspects. La commissaire sortante, Cecilia Malmström, avait buté ces dernières années sur des pays du Nord intransigeants et n'avaient pu leur faire accepter telle quelle une clause de suspension des transferts de migrants entre pays. Le Grec n'a pas précisé dans quel sens pourraient aller ces changements mais cela devrait se faire au profit des États du Sud qui réclament de longue date une solidarité renouvelée envers eux.
Autre engagement: le futur commissaire, s'il est confirmé, proposera une nouvelle proposition de directive sur la rétention des données. Cette directive a été annulée en avril dernier par la Cour de justice de l'UE qui l'a jugée disproportionnée et insuffisamment motivée. Les principes dégagés par la Cour seront scrupuleusement respectés et pris en compte lors de la rédaction de cette proposition. Il en ira de même avec le futur projet 'PNR européen', que le Conseil européen a demandé par deux fois à réactiver pour mieux se prémunir du retour sur le sol européen de combattants étrangers, au nombre de 3 000 à ce jour, selon les estimations disponibles. Ce projet, s'il devait revoir le jour alors que la commission des libertés civiles l'a mis en berne en avril 2013, devra respecter ces mêmes principes de proportionnalité et de respect des droits fondamentaux. D'ici là, il faudra aussi veiller à boucler le paquet réformant les règles européennes de protection des données, « essentiel » lui aussi, et dont les dispositions, logiquement renforcées par rapport à la directive de 1995, s'appliqueront de manière horizontale, a précisé M. Avramopoulos.
Autres prises de position du ministre: l'engagement à renforcer et à développer les voies légales de migration en fonction de deux impératifs, économique et humanitaire. Sur le premier volet, le Grec aura à cœur d'étudier les lacunes de la directive 'carte bleue' qui permet d'attirer les travailleurs hautement qualifiés, même s'il refuse l'idée que l'UE prive les pays tiers de leurs « cerveaux ». Les négociations sur les directives 'chercheurs et étudiants issus des pays tiers' devront aussi aboutir. Sur l'aspect humanitaire, le Grec a repris une idée qu'avait développée Mme Malmström après la tragédie de Lampedusa, à savoir l'instauration de 'corridors humanitaires' pour les réfugiés. Cette idée consiste parallèlement au système de réinstallation, à délivrer des visas humanitaires dans les consulats et autres représentations des États membres dans les pays tiers, de manière à éviter aux réfugiés de périlleux voyages pour rejoindre l'UE. Les États membres n'avaient, à l'époque, pas fait preuve de franc enthousiasme pour la mesure, même si certains pays opèrent déjà de la sorte à titre individuel.
« Ne pas avoir peur de la migration » ...tout en renforçant Frontex
« Il faut encourager ces voies d'entrées humanitaires », a dit M. Avramopoulos. Mais le Grec, qui a promis de « s'opposer à toute mesure qui ferait de l'UE une forteresse » et a exhorté les députés comme les États membres « à ne pas avoir peur de la migration », n'oublie pas non plus que certaines frontières, à commencer par celles de son pays, se sont montrées poreuses et fragiles aux entrées irrégulières. Le renforcement de l'agence Frontex sera, en ce sens, tout aussi important pour le commissaire-candidat. Il faudra à la fois renforcer ses moyens budgétaires ainsi qu'éventuellement ses missions, même si le candidat n'a pas explicitement indiqué que Frontex devait à terme être doté d'un mandat de sauvetage en mer. Cette compétence relève des États membres, a-t-il rappelé, mais « est-ce efficace ? ». L'une des pistes de travail à explorer sur le long terme sera encore celle de la création d'un corps européen de garde-frontières, un vieux serpent de mer encore réactivé fin août par le Conseil européen. Mais, quoi qu'il advienne de Frontex, son travail devra se faire en plein respect des droits fondamentaux, « tout refoulement devant être proscrit », a dit M. Avramopoulos. En trois heures, le commissaire-candidat se sera évidemment montré plus vague sur d'autres sujets, éludant par exemple des questions sur la complicité des États membres avec la CIA, mais n'aura pas véritablement été mis en difficulté. À l'heure du bouclage de cette édition, les coordinateurs de la commission étaient précisément en train de juger la performance du commissaire-candidat. (SP)