Bruxelles, 30/09/2013 (Agence Europe) - Les marchés ont réagi avec inquiétude, lundi 30 septembre, à la énième crise politique italienne après la démission des cinq ministres issus du parti de coalition gouvernementale 'Il Popolo della Libertà' dirigé par Silvio Berlusconi.
Le taux d'intérêt sur la dette à 10 ans en Italie est revenu à son niveau de juin, proche de 4,7%, pour redescendre à 4,5% à la mi-journée. Les investisseurs évaluent désormais nettement le risque lié à l'instabilité politique en Italie supérieur aux difficultés économiques dont pâtit l'Espagne.
Prudente, la Commission européenne n'a pas souhaité mettre son grain de sel dans cette affaire à rebondissement, le parlement national étant appelé à voter la confiance au gouvernement mercredi. « Nous suivons l'évolution politique (en Italie) ainsi que l'évolution des marchés mais nous ne les commentons pas », a déclaré l'une de ses porte-paroles, estimant qu'il n'y avait « pas lieu de faire des commentaires » à ce stade. Lors de son discours sur l'état de l'Union mi-septembre devant le Parlement européen, le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, avait pourtant évalué le risque politique comme le risque principal susceptible d'annihiler les efforts budgétaires et économiques menés dans les États membres.
À Rome mi-septembre, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, avait clairement indiqué que, « dans le cas de l'Italie, où l'économie montre encore des signes de faiblesse, l'incertitude politique freine les investissements et la reprise » (EUROPE 10923). Il avait critiqué la suppression de la taxe d'habitation IMU par le gouvernement italien sous la pression du parti de M. Berlusconi. Une décision qui comporte le risque que le déficit public italien soit de nouveau excessif en 2013. C'est d'ailleurs la volonté d'augmenter la TVA afin de compenser le manque à gagner de la suppression de l'IMU qui a été, officiellement, l'élément déclencheur de la sortie du gouvernement des ministres berlusconiens, samedi.
Cette démission est également le moyen pour l'ancien Premier ministre italien et homme d'affaires de prendre le fragile gouvernement d'Enrico Letta en otage. M. Berlusconi risque d'être écarté de la vie politique italienne à quelques jours d'un vote du sénat italien qui pourrait l'obliger à renoncer à son mandat suite à sa condamnation définitive pour fraude fiscale.
Accusant le Parti populaire européen (PPE) de n'avoir pas pu ou voulu empêcher la démission des cinq ministres, le président du groupe S&D au Parlement européen, l'Autrichien Hannes Swoboda, a dénoncé l'attitude du « parti 'Il Popolo della Libertà' incapable de faire preuve du moindre sens des responsabilités ». « M. Berlusconi devrait savoir qu'il ne peut tromper les citoyens en tentant de faire croire que ses agissements ne servent pas à faire distraction sur ses ennuis judiciaires », a-t-il estimé, dans un communiqué. M. Swoboda a mis en garde contre la dissolution du gouvernement et la tenue de nouvelles élections qui provoqueraient « des mois de turbulences », appelant les autres partis politiques italiens siégeant au Parlement national à « agir de manière décente, dans l'intérêt du pays ». (MB)