UE-Turquie: coopération relancée sans adhésion. La décision de la France de lever son veto à l'ouverture d'un chapitre important des négociations entre l'UE et la Turquie (voir notre bulletin n° 10875) est un pas vers la relance des relations réciproques, mais d'aucune manière vers l'adhésion turque à l'UE. À Paris on a expliqué que l'objectif du geste est d'apporter un nouvel élan aux relations entre l'UE et la Turquie et que la France s'engage à contribuer concrètement à cette dynamique. Le commissaire européen Stefan Füle a affirmé que la démarche française apporte de l'élan pour faire de 2013 un tournant dans les relations euro-turques . Et Hélène Flautre, co-présidente de la commission parlementaire mixte UE-Turquie, a estimé que le geste de la France insuffle un nouvel élan aux relations réciproques et constitue un appui à la paix et la démocratie en Turquie et dans la région. Le terme adhésion n'est jamais cité.
Du côté turc, on ne dira jamais formellement qu'on renonce à l'adhésion, car à Ankara on entend à juste titre négocier des contreparties et des garanties, surtout en matière d'échanges commerciaux. Mais en même temps les tendances internes renforcent le caractère musulman du pays et l'opinion publique s'est largement détachée de l'idée d'adhérer à l'UE ; des sondages le prouvent. La politique étrangère turque est de plus en plus orientée dans d'autres directions que celle de l'Europe. De son côté, l'Europe n'a évidemment aucun intérêt à ce que le problème kurde devienne pour l'UE une question interne.
Ces évolutions, d'un côté comme de l'autre, sont positives: oui aux liens renforcés, sans adhésion. Définition correcte de l'islamisme fanatique. Le mot interdit a été prononcé: des personnalités de premier plan ont utilisé le terme fascisme pour qualifier l'attitude de groupes islamistes intolérants, qui pratiquent la violence pour imposer leur fanatisme. Le pillage, la destruction de sites culturels ou religieux et surtout la violence contre les femmes sont leurs spécialités. L'Unesco (l'organisation de l'ONU pour l'éducation, la science et la culture) est impuissante à exercer, face à ce fanatisme, sa tâche de protecteur du patrimoine de l'humanité ; on l'avait déjà constaté dans des cas précédents. Laurent Joffrin, directeur de l'hebdomadaire Nouvel Observateur, a écrit que dans certains pays du Maghreb les islamistes fanatiques « font exactement ce qu'ont fait les partis fascistes dans l'Europe des années 1930 ».
Il est vrai qu'en même temps, en Tunisie et ailleurs, il existe des forces qui se battent pour la liberté et la démocratie. Il y a quelques semaines à Bruxelles devant le Parlement européen, le président tunisien Moncef Marzouki a été émouvant dans la défense du régime démocratique dans son pays ; mais le gouvernement paraît bien plus faible dans la défense de la liberté, et en particulier des droits des femmes, qui avaient été introduits en son temps par Habib Bourguiba et que les nouveaux fascistes combattent. Aujourd'hui les femmes se battent courageusement pour défendre l'acquis, mais avec quels risques !
Les pays du Maghreb ont évidemment le droit de choisir leurs régimes. Mais l'UE ne peut pas conclure des accords de caractère global avec les pays qui ne respectent pas la liberté et la démocratie, l'égalité des femmes, les droits des mouvements laïcs et ainsi de suite. En l'absence de quoi, un certain degré de coopération économique peut subsister, mais c'est tout. Le Parlement européen doit le reconnaître.
La révolution du « made in ». Parmi les innovations européennes positives, celle visant à introduire l'indication obligatoire de l'origine des produits (voir notre bulletin n° 10785) est sans doute parmi les plus importantes, face au nombre pharamineux des marchandises présentées comme européennes et en réalité originaires d'ailleurs. Le renforcement juridique du made in (avec indication obligatoire de l'État membre de production ou de l'UE comme ensemble) permettra de remonter la trace du produit jusqu'à son véritable lieu de production. Très bien. Mais le scandale des lasagnes invite (même si le nouveau règlement ne vise pas directement les produits alimentaires) à éviter, par des dispositions spécifiques, que l'indication made in UE ou dans un État membre ne corresponde pas seulement au lieu d'assemblage de pièces détachées originaires d'un peu partout. Mettre un terme à la diffusion de produits indiqués comme européens mais qui ne le sont pas est indispensable ; mais la discipline et la clarté internes le sont tout autant.
Une leçon américaine. La vigueur des procès américains contre les abus des Agences de notation est réjouissante. Une vigueur européenne analogue contre les abus du monde de la finance serait souhaitable, mais elle se dessine lentement. Les bons exemples sont à suivre d'où qu'ils viennent.
(FR)