Bruxelles, 22/08/2012 (Agence Europe) - Le travail humanitaire est un travail à haut risque avec la multiplication par trois des attaques contre des postes humanitaires au cours de la dernière décennie, et si l'Afghanistan détient le triste record de ces attaques (36 personnes tuées et plus de 50 enlevées depuis 2011), suivi par la région du Darfour au Soudan, la Syrie est devenue depuis un an un pays dangereux pour les travailleurs humanitaires. Kristalina Georgieva, commissaire européenne à la Coopération internationale, l'Aide humanitaire et la Réponse aux crises, l'a souligné, le 19 août, lors de la journée mondiale de l'aide humanitaire.
Selon l'organisation des Nations unies, depuis 2011, 109 travailleurs humanitaires ont été tués, 143 blessés et 132 enlevés. L'écrasante majorité de ces victimes n'étaient pas des travailleurs humanitaires internationaux, mais des personnes au service de leur propre pays et travaillant au plus près de la population locale. Rien ne justifie les crimes contres des civils non armés. Lorsque de tels crimes sont commis contre des personnes qui consacrent leur vie à sauver celle des autres, l'injustice est encore plus criante. La sécurité du personnel humanitaire est en outre directement liée à la sécurité d'accès aux populations vulnérables et à la mise en œuvre durable de l'aide. Des milliers de personnes vulnérables risquent d'être privées d'aide essentielle si des programmes sont suspendus ou interrompus en raison de l'insécurité », a déclaré la commissaire. Cela vaut en particulier pour la Syrie où, en dépit de l'accès extrêmement limité accordé aux travailleurs humanitaires, « pas moins de six d'entre eux ont perdu la vie depuis le début de l'année », a-t-elle indiqué.
Syrie, les agences humanitaires tirent la sonnette d'alarme. Des agences humanitaires, particulièrement inquiètes de la situation de plus d'un million et demi de personnes déplacées dans le pays (soit dix fois plus environ que de réfugiés syriens enregistrés dans les pays voisins) et ne recevant pourtant ni l'assistance humanitaire d'urgence ni l'attention dont elles ont besoin, faute d'un accès suffisant au terrain, ont écrit mercredi 22 août à l'ONU et à la Ligue arabe, appelant la communauté internationale à parvenir urgemment à un accord avec les autorités syriennes pour sécuriser l'accès à l'aide humanitaire dans le pays et assurer que des fonds suffisants soient disponibles. Bien que de nombreux déplacés soient accueillis par les communautés locales, leur augmentation constante dépasse désormais les capacités des populations locales à leur porter secours. Des centaines de milliers de personnes vivent donc aujourd'hui dans des bâtiments publics (écoles, universités, mosquées, églises) où règne une grande insécurité. « Il y a un risque élevé que ces personnes déplacées en Syrie soient oubliées ou délaissées. La violence et les importantes restrictions faites à l'accès de l'aide humanitaire conduisent à mettre en danger des centaines de milliers de personnes, et plus particulièrement les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées. Coupées des services de base, il est probable qu'elles n'aient plus suffisamment à manger et à boire. Nous avons un besoin urgent d'entrer en Syrie pour pouvoir les aider », déclare Mike Penrose, directeur humanitaire de Save the Children. Jusqu'ici l'UE a mobilisé 40 millions d'aide humanitaire mais ne parvient pas à entrer dans le pays. (AN)