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Bulletin Quotidien Europe N° 10620
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE ont clarifié et comparé leurs positions - Divergences confirmées avec quelques rapprochements - La sortie grecque de la zone euro paraît de plus en plus inéluctable

Le dîner informel de la nuit dernière entre les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE a atteint les objectifs prévus: a) préciser et clarifier les positions respectives sur les réponses à apporter à la crise économique et financière, en dessinant et évaluant les possibilités de compromis en vue de parvenir à des décisions à la fin juin ; b) évaluer la situation grecque. Sur ce dernier point, les participants, ainsi que le président de la Commission européenne, ont réaffirmé la position habituelle: ils souhaitent évidemment que la Grèce reste dans la zone euro, à la condition qu'elle respecte ses engagements. Or, le scepticisme progresse quant à sa capacité à respecter ses engagements. En fait, la préparation des mesures permettant de faire face à la sortie grecque est de plus en plus active.

Changement de méthode. La discussion sur les politiques à suivre et les mesures à prendre pour respecter le fameux parallélisme entre la discipline budgétaire et la relance économique n'a pas suivi la méthode qui la caractérisait autrefois, c'est-à-dire l'existence d'initiatives et positions communes franco-allemandes. Cette fois-ci, il n'y a même pas eu d'entretien préliminaire entre la chancelière allemande et le président français, et Mme Merkel a été souvent en première ligne pour rejeter, ou du moins critiquer, certaines orientations appuyées par M. Hollande. C'est plutôt M. Monti qui a joué le rôle que M. Obama lui avait déjà confié lors de la réunion du G8 de samedi dernier: concilier certains points de vue, émousser certaines divergences, tout en relançant certaines positions qui lui sont chères, mais que Mme Merkel rejette, comme l'idée d'exclure certains investissements du calcul du déficit budgétaire.

Les échanges de vues et les prises de positions ont porté sur un grand nombre d'aspects. Mais je ne vais pas reprendre ce qui a été résumé dans notre bulletin d'hier. Quelques rapprochements ont été entrevus, mais les divergences qui séparent les États membres demeurent nombreuses et sérieuses. Même une innovation qui n'aurait pas dû soulever de vrais problèmes, comme l'expansion du rôle et du capital de la BEI (Banque européenne d'investissement), a fait l'objet d'une réserve britannique. Toutefois, le pessimisme systématique sur les résultats de la réunion me paraît injustifié, ou du moins excessif. Il est à souligner que le point sensible de la situation grecque n'a pas vraiment été discuté. Il a fait simplement l'objet d'une affirmation de principe.

La Grèce et l'euro: scepticisme justifié ou instrument de pression ? De mon point de vue, les acrobaties sémantiques (que je comprends) ne modifient pas l'opinion développée dans cette rubrique précédente (bulletin n° 10618), selon laquelle la Grèce sortira de la zone euro en juillet prochain, tout en restant bien entendu membre de l'UE. Cette sortie entraînera beaucoup de difficultés et de risques, mais le comportement grec la rend à mon avis inéluctable.

Et je suis de moins en moins isolé. L'éditorial en première page du journal « Le Monde » du 23 mai a été encore plus sévère: « Il n'est pas possible qu'un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l'ensemble du continent ». En premier lieu, l'éditorialiste avait ainsi résumé « l'énorme effort de solidarité » que l'UE avait engagé à l'égard de la Grèce: « Douze sommets de crise, deux méga plans de sauvetage, des dispositifs de soutien exceptionnels, une dette en partie effacée. Au total, chaque Grec (ils sont onze millions), le fonctionnaire d'Athènes comme l'armateur du Pirée, a déjà touché depuis janvier 2010 l'équivalent de 31.000 euros, acquittés d'une manière ou d'une autre par les contribuables européens. » La sortie grecque de l'euro fait « peser une menace de désintégration sur la zone euro » et aurait des effets désastreux pour les Grecs eux-mêmes. Mais c'est à eux de choisir: « S'ils veulent continuer à faire partie du club, ils doivent en accepter le règlement intérieur, et l'appliquer (…) Sinon, l'Europe devra en tirer les conséquences, et sans état d'âme ».

De mon côté, dois-je encore rappeler que les premières victimes de l'attitude grecque sont les peuples portugais, irlandais, espagnol et autres, et que les bénéficiaires en sont les spéculateurs du monde de la finance ? On devrait ajouter que le rêve européen serait en grande partie démoli par l'échec éventuel de l'euro, qui serait probable en l'absence d'un redressement radical.

Je n'ignore toutefois pas qu'une thèse existe selon laquelle la fermeté actuelle à l'égard de la Grèce a pour objectif d'exercer une pression pour convaincre les Grecs à accepter et à mettre en œuvre le second scénario: celui de respecter les engagements souscrits. La fermeté actuelle serait donc un moyen de pression afin que les Grecs eux-mêmes comprennent ce qui les attend s'ils maintiennent ce comportement. Personnellement je ne crois pas à cette alternative, car la situation en Grèce ne permet pas le redressement qui serait nécessaire pour respecter les règles de l'euro. Le fonctionnement correct de la zone euro resterait impossible, avec les conséquences désastreuses qu'on connaît pour les autres États membres et leurs populations, ainsi que pour l'avenir de la construction européenne.

Obstacles qui subsistent. Même en laissant de côté le point d'interrogation angoissant relatif à la Grèce, la situation dans l'ensemble est encore complexe et surtout incertaine, et elle le restera même dans l'hypothèse que, d'ici fin juin, les divergences actuelles entre les États membres soient pour l'essentiel aplanies. Si, d'ici là, des compromis sont atteints sur les questions actuellement controversées, un délai plus ou moins ample séparera forcement les décisions sur les mesures de relance et leurs effets concrets, opérationnels, visibles et affectant l'ensemble des citoyens. Un exemple: si la taxe sur les transactions financières est adoptée, combien de temps sera-t-il nécessaire pour qu'elle apporte au budget communautaire les ressources prévues ? Il ne suffit pas de décider en commun des mesures positives pour que celles-ci produisent un effet. Bien souvent, l'efficacité dépend de la capacité des autorités nationales à les mettre en œuvre et à les utiliser correctement. Les cas de mauvais usage de soutiens communautaires sont nombreux et bien connus.

En outre, la conception d'une Europe à deux vitesses, avec des degrés différents d'intégration, ne se concrétise pas en quelques semaines ou mois. Elle s'imposera de plus en plus si les ambitions des États membres ne sont pas uniformes, mais elle sera difficile à concrétiser.

Malgré ces difficultés et le scepticisme dominant des opinions publiques, j'estime que les évolutions positives et les raisons d'être raisonnablement optimiste sont tout autant valables. Cette rubrique y reviendra.

(FR)

 

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