Le « double message » est difficile. Au départ, le Conseil européen aurait dû être dominé essentiellement par la signature du Traité sur la gouvernance de l'Union économique et monétaire ; mais les priorités ont évolué et le message que les chefs d'État ou de gouvernement entendent transmettre ce vendredi aux opinions publiques est devenu double: à côté de la discipline, la relance économique, avec le même degré de priorité et d'importance. L'objectif est donc d'affirmer que l'austérité n'est pas le seul horizon de l'Europe. Or, ce parallélisme passe difficilement. Le volet discipline est sous les yeux de tous, pas seulement en Grèce ; la plupart des États membres appliquent des politiques d'austérité pour rétablir l'équilibre budgétaire, alors que la relance économique est au stade des projets et des intentions.
Les analyses et les examens de conscience ont prouvé que la mauvaise gestion, les abus, les gaspillages étaient bien réels dans une partie considérable des États membres, si bien qu'en définitive la remise en ordre sera, à terme, positive pour tous. Mais les efforts et les sacrifices sont immédiats. La tension entre ce que les autorités estiment indispensable et ce qu'une grande partie des citoyens sont disposés à accepter est très forte. Plusieurs États membres sont en période pré-électorale, ce qui augmente la rivalité et les divergences entre les forces politique, avec parfois des déviations par rapport à la réalité. Un exercice visant à clarifier certains enjeux et rétablir quelques vérités n'est pas inutile.
Le nouveau Traité est-il nécessaire ? Ce n'est pas l'opinion de tous. Plusieurs parlementaires européens, avec en tête Sylvie Goulard et Daniel Cohn-Bendit, ont estimé que les disciplines de la zone euro sont déjà inscrites dans les textes sur la gouvernance européenne (Six Pack), approuvés ou en cours d'approbation. Guy Verhofstadt s'est aussi exprimé, quant au fond, dans le même sens, en mettant l'accent sur la croissance davantage que sur la discipline. On y arrive, mais avec du retard. Selon Pervenche Berès, qui préside la commission parlementaire des affaires sociales, ce traité est « néfaste pour l'avenir de l'économie européenne et de l'emploi et condamne la zone euro à l'austérité ».
Selon certaines analyses, ce traité répondrait surtout à l'exigence politique de Mme Merkel de disposer d'un pacte solennel ayant, face au parlement et à l'opinion publique de son pays, davantage de visibilité qu'une série de règlements qui ne sont cités ni par la télévision ni par la presse non spécialisée.
Le nouveau traité ne pourra pas être renégocié. L'intention de renégocier le nouveau traité après sa signature a été affirmée, notamment par certaines forces politiques en France, avec des arguments qui ne résistent pas à l'analyse. On a fait valoir les réticences du Royaume-Uni et de la République Tchèque (deux pays qui ne l'ont pas signé et ne doivent donc pas l'approuver) et les hésitations hypothétiques d'autres États membres face à la ratification, en négligeant les règles de son entrée en vigueur. Le nouveau traité sera en vigueur dès qu'il aura été ratifié par douze États de la zone euro et tout indique que ce seuil sera rapidement atteint. Après, le pays qui ne le ratifie pas sort en pratique de cette zone.
Hypothèse que certains n'excluent pas pour la Grèce et parfois pour l'un ou l'autre petit pays, mais qui n'existe pas pour l'essentiel de la zone euro.
À ne pas oublier. a) l'UE est en train de renforcer les disciplines du monde de la finance par une série considérable de dispositions (ventes à découvert et autres aspects) ; b) on continue de lire ou d'entendre que la Grèce pourrait être « exclue de l'Europe », en mélangeant ainsi l'UE et la zone euro. C'est évidemment faux ; quoi qu'il arrive, la Grèce restera dans l'UE, personne n'a jamais songé à son départ ; au contraire, elle reçoit davantage d'aides que tout autre État membre et des soutiens supplémentaires avec des procédures et conditions assouplies sont en préparation ; c) la surveillance sur l'utilisation des fonds européens se renforce, la guerre aux gaspillages et aux fraudes devenant de plus en plus sévère.
Un Sommet sans éclat. Les différentes remarques et mises au point qui précèdent ne modifient pas l'impression que le Conseil européen en cours ne soulève pas beaucoup d'enthousiasme et ne va pas avoir beaucoup d'écho dans l'opinion publique. Si des manifestations sont attendues, elles sont de protestation. D'ailleurs, l'effort pour faire valoir les initiatives de relance économique avait déjà été au centre du sommet précédent, sans beaucoup de résultats.
Faudra-t-il attendre la relance des projets fédéralistes pour que l'élan européen retrouve confiance et engouement ?
(FR)