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Bulletin Quotidien Europe N° 10262
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Bref rappel des raisons qui imposent à l'UE une politique agricole efficace

Les organismes représentatifs des agriculteurs européens doivent éviter de donner l'impression que leurs prises de position sur la PAC renouvelée consistent essentiellement en la défense des financements et autres avantages que leur assure la PAC actuelle. Le niveau de ces financements et avantages n'est défendable qu'en raison du rôle que joue dans l'UE l'activité agricole, irremplaçable pour l'Europe et pour le monde (voir cette rubrique d'hier). La prise de conscience de ce rôle progresse dans les milieux politiques et dans l'opinion publique ; il faut qu'elle devienne évidente pour tous. En tant que contribution minime, je me permets de résumer ce qui constitue, à mon avis, l'essentiel, tout en m'excusant auprès des lecteurs pour lesquels la plupart des remarques qui suivent n'ont rien de nouveau.

Sauvegarde de la nature, des paysages, des traditions. Ces aspects sont aujourd'hui largement admis: dans les régions d'anciennes traditions agricoles, on revalorise les connaissances et les méthodes d'autrefois, leur apport historique à la civilisation européenne. La tendance s'affirme à dépasser ce stade et à confier à l'activité agricole sous ses différentes formes un rôle global de gestion du territoire. Les dommages provoqués par les atteintes à l'équilibre naturel, par exemple dans le domaine hydrologique, sont sous les yeux de tous. Du point de vue économique, dans certaines régions l'agritourisme représente déjà un cinquième des recettes des entreprises agricoles, à leur avantage mais aussi des habitants des villes.

Autonomie alimentaire. Je réaffirme une fois de plus la conviction que, dans le monde d'aujourd'hui, l'autonomie alimentaire de l'Europe comme ensemble est une condition de l'autonomie tout court.

Participation à la lutte contre la faim dans le monde. La production agricole européenne aura un rôle croissant à jouer face à l'explosion de la population mondiale. Détruire ou même réduire radicalement une partie de cette production serait un crime contre l'humanité.

Coût réel de la PAC. Les experts évaluent le coût actuel de la PAC à environ 55 milliards d'euros par an, correspondant à environ 44% du budget de l'UE. Mais on oublie souvent de considérer que: l'agriculture représente le seul domaine où le financement de la politique européenne est entièrement communautaire. Tous les autres domaines où l'UE joue un rôle sont essentiellement financés par les budgets nationaux, que ce soit la politique de cohésion, les transports et ainsi de suite. En tenant compte des dépenses européennes et nationales, l'agriculture représente environ 1% des dépenses publiques dans l'UE. Sans oublier qu'un volet de la PAC couvre le développement des zones rurales, c'est-à-dire des initiatives et activités autres que la production agricole. Si ces aspects n'étaient pas inclus dans le budget de la PAC, le budget de celle-ci ne dépasserait pas les 25 ou 30% du budget global de l'UE.

Il ne serait pas raisonnable de transférer aux budgets nationaux une partie significative de ces dépenses, car certains États membres ne seraient pas en mesure de financer eux-mêmes certains aspects indispensables de la PAC (voir le point suivant).

Qualité des produits, respect des animaux, protection de la nature. L'UE continue à renforcer ses règles relatives à ces différents aspects, avec l'appui croissant des opinions publiques. Ce sont des volets désormais incontournables de la PAC (qui ont aussi des répercussions considérables sur la politique commerciale, cette rubrique y reviendra). Je me limite pour le moment à contester la thèse affirmant que l'UE devrait, dans le contexte de la politique de soutien aux pays pauvres, ouvrir encore davantage ses frontières, sans exiger le respect de ses règles internes. L'UE est et restera le premier importateur de produits typiques, qu'ils soient africains ou d'ailleurs ; mais une ouverture générale, c'est amplement prouvé, a un effet négatif dans les pays pauvres, en encourageant chez eux les ruineuses monocultures pour l'exportation, au bénéfice des colosses multinationaux et de la corruption locale, en rendant ces pays de plus en plus dépendants pour l'alimentation de leurs populations. C'est la ruine de leur agriculture de subsistance, de leur autonomie alimentaire et de leur développement.

Appui à conquérir. Les organismes représentatifs des producteurs agricoles ont intérêt à faire valoir les aspects cités, dont la liste pourrait être aisément prolongée, en citant notamment l'exigence de maîtriser la volatilité des prix internationaux des produits agricoles de base. Si les organisations représentatives des agriculteurs se limitent à faire valoir leurs revendications concernant les mécanismes d'intervention et le niveau du soutien budgétaire de l'UE, il leur serait difficile d'obtenir, dans le débat sur le renouvellement de la PAC, l'appui des forces politiques et des opinions publiques dont elles ont besoin.

(F.R.)

 

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