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Bulletin Quotidien Europe N° 10114
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'euro est indispensable pour que l'Europe soit écoutée dans le débat mondial sur la discipline des activités financières

Une évidence qui doit être réaffirmée. L'euro est à considérer comme une réalité incontournable et définitive de la construction européenne non seulement pour les raisons indiquées dans cette rubrique d'hier, mais aussi pour permettre à l'Europe de faire entendre sa voix dans le grand débat international sur la réglementation financière mondiale. La voix européenne ne sera entendue que si l'UE s'exprime comme un ensemble disposant de sa monnaie. Il est vrai que dans les instances internationales, telles que le G 20 ou le FMI, les pays européens sont présents à titre individuel, et il en sera ainsi aussi longtemps que le Royaume-Uni ne fera pas partie de la zone euro ; mais les positions européennes sont établies en commun, et l'UE compte parce que l'euro existe. D'ailleurs, les institutions et organismes responsables de l'euro sont présents et actifs dans le débat international. Les nouvelles règles sur lesquelles les institutions européennes travaillent activement sont pensées et élaborées pour la zone euro ; elles n'existeraient pas en son absence.

Ces considérations peuvent paraître sans objet, car la disparition de l'euro n'est nulle part prise sérieusement en considération. Mais elles doivent être réaffirmées face aux élucubrations de ceux qui affirment qu'il n'est pas viable en prenant le relais de ceux qui (quelques prix Nobel y compris) avaient annoncé en son temps que l'euro n'existerait jamais. Il faut donc le répéter même si c'est une évidence: tout se fonde sur le fait que l'Europe a sa monnaie et qu'elle la gardera. Cette affirmation couvre tout autant les travaux internes: propositions de la Commission européenne, négociations à leur égard au sein du Conseil Économie/Finances et de l'Eurogroupe, débats au sein du Parlement européen

À propos de quelques évolutions récentes. L'ampleur et la diversité des travaux en cours sont telles qu'il est pratiquement impossible d'en dessiner une vue d'ensemble. Les domaines couverts se multiplient et notre bulletin en résume autant que possible les évolutions. Le dernier sur lequel s'est exprimée la Commission européenne (voir notre bulletin n° 10112) est très vaste: il couvre notamment des aspects aussi controversés que la création d'un impôt sur les activités financières et l'éventualité de taxer aux frontières les produits en provenance de pays tiers qui ne respectent pas des normes environnementales analogues à celles de l'UE. La taxation spécifique de l'activité bancaire a été décidée par l'Allemagne et cette orientation est partagée par le Royaume-Uni et la France, l'objectif étant de la faire devenir européenne et de la soumettre au G 20 de juin pour qu'elle devienne mondiale. L'orientation est claire, les modalités le sont beaucoup moins et les gros titres sur la direction commune ne signifient pas un consensus sur les contenus.

De son côté, le Parlement européen a demandé une taxe sur les transactions financières dont le produit serait essentiellement destiné aux pays en développement, mais avec une majorité faible: 283 voix pour et 278 contre. La réflexion de la Commission pourra clarifier aussi cet aspect.

De temps en temps, quelques protagonistes font le point, et c'est toujours utile. Deux parlementaires européens directement impliqués dans les dossiers de la supervision de l'activité financière, Sylvie Goulard et Wolf Klinz, ont fait le point sur les travaux du PE à ce sujet: sept rapports sont en discussion et les rapporteurs, issus de quatre groupes politiques différents, ont travaillé ensemble pour préparer une position cohérente allant au-delà de celle du Conseil ÉCOFIN. Je renvoie pour les détails à l'article qu'ils ont publié dans le bulletin mensuel « Interface » de l'association Confrontations Europe.

Le « plan Verhofstadt ». De son côté, Guy Verhofstadt a indiqué (dans un texte diffusé par Notre Europe) ses idées sur la gestion future de la zone euro, en précisant plusieurs aspects dont: a) la dotation et les mécanismes du futur Fonds Monétaire Européen qu'il préconise ; b) le lancement d'un marché obligataire commun (Euro Bond Market) ; c) le fonctionnement de la future gouvernance économique européenne, dont la Commission européenne devra, à son avis, être directement responsable. Ces aspects feront l'objet des travaux de la task force qui, dirigée par M. Van Rompuy, préparera d'ici la fin de l'année la gestion future de la zone euro ; la contribution de M. Verhofstadt sera précieuse, et cette rubrique y reviendra.

Je souligne pour le moment la partie de son texte visant à prouver qu'aucune révision du Traité de Lisbonne n'est nécessaire: ce traité contient, à son avis, toutes les dispositions permettant de concrétiser la gouvernance européenne, y compris la création du Fonds Monétaire Européen et de l'Euro Bond Market qu'il préconise. Il permet aussi de donner naissance en ce domaine à une coopération renforcée, si nécessaire.

Voici quelqu'un qui n'arrête pas de regarder en avant ! (F.R.)

 

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