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Bulletin Quotidien Europe N° 10064
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La nouvelle position de Barack Obama sur la réglementation financière renforce la liberté d'action de l'UE pour légiférer efficacement

Je dois des excuses aux lecteurs pour le thème de cette rubrique. Plusieurs d'entre eux connaissent bien mieux que moi le dossier auquel elle est consacrée ; en outre, la presse internationale en a amplement parlé la semaine dernière. Pourquoi alors y revenir ? Pour deux raisons: a) les répercussions dans l'UE des nouvelles orientations du président des États-Unis n'ont pas été, en général, évoquées (je souligne quand même comme très significative la réaction du ministre allemand des Finances citée dans notre bulletin d'hier); b) la presse économique s'adresse aux spécialistes et donne pour acquis un background historique et technique qui est en réalité souvent ignoré, ou oublié, même, et parfois surtout, dans les milieux politiques. Je me place parmi les non-spécialistes et, pour établir le résumé des événements, je me suis entouré d'avis qualifiés, y compris de personnalités qui préfèrent ne pas être citées.

Le retour de Paul Volcker. Tout avait commencé par la conférence de presse de jeudi dernier 21 janvier pendant laquelle Barack Obama avait exprimé son indignation face au comportement des grands banquiers qui avaient repris les pires habitudes du passé, et il avait annoncé l'intention de: a) réintroduire la séparation entre banques commerciales, qui financent l'activité économique, et banques d'affaires qui utilisent les fonds propres et les fonds des clients pour des spéculations artificielles et très compliquées; b) limiter la taille des institutions financières afin d'éviter qu'elles soient « trop grandes pour faire faillite » (too big to fail) obligeant ainsi les autorités à les sauver pour éviter la crise de tout le système. En faisant ces annonces, le président avait à sa droite l'imposant Paul Volcker (2 mètres, 83 ans) qui compte et qui pèse même quand il se tait ; regardez sa photo, debout à côté du président qu'il dominait d'une tête, et vous comprendrez ce que je veux dire. Ancien président de la Federal Reserve, Paul Volcker préconise depuis des années de revenir à une version mise à jour du Glass-Steagall Act qui avait introduit en 1933 la séparation entre les deux catégories d'activités bancaires, disposition supprimée en 1999 en ouvrant la voie aux abus et à la crise. En épousant la position de M. Volcker, Barack Obama l'avait cité explicitement et sa présence physique à ses côtés était symbolique, après des mois et mois où il était resté dans l'ombre.

La réaction du monde financier américain avait été immédiate, avec une chute des bourses et les commentaires négatifs de la presse proche du monde de la finance, laquelle faisait valoir que les États-Unis, pour être efficaces, doivent disposer de grandes banques offrant une variété maximale de services. Mais l'indignation du président Obama était profonde: je vois revenir, avait-il dit en substance, les profits record d'hier et les mêmes rémunérations absurdes aux traders et aux grands dirigeants de la part de banques qui refusent tout crédit aux petites et moyennes entreprises (Goldman Sachs avait annoncé la veille 13 milliards de dollars de profits et 16 milliards de bonus pour son personnel, et les analystes avaient constaté que la plupart des profits résultaient de l'achat et de la vente de titres, très souvent réalisés avec le capital propre de la banque). Certes, rien n'est simple ; les commentateurs objectifs reconnaissent que des problèmes techniques existent, et les colosses bancaires disposent de moyens financiers illimités pour influencer la presse et les milieux politiques. Mais il semble impensable que Barack Obama renonce pour l'essentiel à son orientation de fond.

Un argument caduc. Les observateurs européens n'ont pas, à ma connaissance, souligné les répercussions que l'évolution américaine pourra avoir sur les travaux en cours dans l'UE (voir cette rubrique d'hier). Les milieux bancaires européens insistent sur l'exigence de ne pas introduire en Europe des règles restrictives qui n'existent pas outre-Atlantique, si l'on veut que les places financières de l'UE soient concurrentielles. Cette objection perd tout son poids si le président des États-Unis concrétise sa nouvelle orientation. D'ailleurs, l'exigence de réglementations internationales uniformes est largement admise. Le G 20 avait chargé le Financial Stability Board (FSB) d'étudier le nouveau schéma de règles financières ; ses « recommandations » seront prêtes en octobre. Pour ses conclusions définitives, il faut donc attendre. Mais après la conférence de presse du président américain, le FSB n'était pas resté muet ; il a diffusé un communique et son président Mario Draghi, gouverneur de la Banque d'Italie, avait ajouté quelques déclarations.

Cette rubrique complétera demain cette vue d'ensemble par quelques considérations sur trois aspects: le communiqué du FSB et les remarques de son président, Mario Draghi; la fixation de la date du procès, en France, de Jerôme Kerviel, le trader historique qui, il y a deux ans, avait fait perdre à sa banque plusieurs dizaines de milliards d'euros ; la preuve que certains banquiers sont favorables à la discipline renforcée.

(F.R.)

 

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