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Bulletin Quotidien Europe N° 10055
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/environnement

Janez Potoènik semble avoir convaincu les eurodéputés par sa vision d'une société économe en ressources et soucieuse de la biodiversité

Bruxelles, 13/01/2010 (Agence Europe) - Les trois heures d'audition auxquelles Janez Potoènik, commissaire désigné à l'Environnement, s'est soumis mercredi 13 janvier devant la commission de l'environnement du Parlement que préside Jo Leinen (S&D, allemand) ont manifestement convaincu les eurodéputés qu'ils avaient devant eux la personne adéquate pour la fonction. Son expérience de cinq ans comme commissaire à la Recherche, qu'il entend mettre à profit pour promouvoir une politique de l'environnement fondée sur la connaissance plutôt que sur l'émotion, était d'entrée de jeu un atout.

« Une vision sans action, c'est un rêve éveillé. Une action sans vision, c'est un cauchemar ». Ce dicton japonais cité par M. Potoènik dans son intervention liminaire, résume parfaitement l'impression qui s'est dégagée de l'échange à bâtons rompus avec les députés. Sa vision de la politique à mener a été clairement exposée, même si, conscient de la complexité de la tâche qui l'attend, Janez Potoènik a confessé humblement à plusieurs reprises qu'il ne connaissait pas dans le détail tout l'arsenal législatif environnemental sur lequel il a été interrogé.

« Le XXIème siècle sera un siècle de fragilité. Il faut en faire un siècle de durabilité », a déclaré le commissaire désigné. Celui-ci est convaincu que cette fragilité fait de la politique de l'environnement une politique clé, qu'il convient de renforcer la contribution de l'environnement à la stratégie UE 2020 et que la durabilité ne pourra être atteinte qu'au prix d'une coopération internationale active. Au milieu du gué, l'Europe doit, selon lui, « passer de l'économie basée sur l'utilisation des ressources à l'économie fondée sur les connaissances » et « investir dans de nouvelles sources de croissance ». Parlant de la réhabilitation de la planète comme « devoir », M. Potoènik voit aussi dans ce défi une opportunité car l'innovation stimulera l'économie et créera des emplois. « Il n'y a peut-être pas de solution en or, mais il existe une solution verte à la récession: une économie efficace en ressources fondée sur la connaissance », a-t-il affirmé.

Promouvoir une économie verte par l'efficacité des ressources (rompre le lien entre croissance et utilisation des ressources), stopper le déclin de la biodiversité et faire respecter la législation environnementale en vigueur sont les trois priorités qu'il poursuivra s'il est confirmé (EUROPE n° 10050). La décision de José Manuel Barroso de « doubler la présence de l'environnement au sein de la Commission » avec la création du portefeuille séparé Action pour le climat, est, de l'avis de Janez Potoènik, une très bonne chose, en ce qu'elle permettra d'accorder aux questions environnementales jusqu'ici « à l'ombre du climat » - et en particulier la biodiversité « toute l'attention qu'elles méritent ». En tout état de cause, il entend coopérer très étroitement avec sa future collègue au climat, voire créer des réunions de cabinet conjointes.

Au terme de sa prestation, M. Potoènik a résumé ses ambitions en quelques points clés: œuvrer à la durabilité de façon globale, encourager la coopération internationale car « l'environnement ne peut être traité que de façon globale », promouvoir une démarche transversale en créant des synergies entre les différentes politiques de l'UE ayant un impact sur l'environnement, donner des incitants aux entreprises pour les convaincre que les efforts en faveur de l'environnement peuvent être perçus comme bénéfiques au plan économique, étendre l'objectif d'une économie à faible teneur en carbone à celui d'une économie sobre en ressources, faire en sorte que les instruments de financement soient utilisés pour soutenir l'approche de la durabilité.

« Je suis ouvert à toute proposition, à toute demande, à tout débat », a assuré Janez Potoènik au Parlement européen. Et pour conclure sur une touche d'humour, il a ajouté: « Le 13 novembre à 13 heures, mon fils a eu un accident avec ma Honda Prius. Mon audition a eu lieu le 13 janvier à 13 heures. Je dois mettre un terme à ce mauvais Karma. J'espère que cet échange sera le début d'une longue et fructueuse coopération ». L'échange a été jugé « très intéressant » par M. Leinen. Selon lui, « Janez Potoènik a beaucoup travaillé à Noël. Nous avons fait un tour d'horizon d'un grand nombre de questions qui nous tiennent à cœur ».

« Nous sommes tous pour l'environnement, la science et la recherche, pourriez-vous être plus concret sur l'utilisation efficace des ressources, notamment pour ce qui concerne l'eau ? » a demandé Richard Seeber (PPE autrichien). M. Potoènik a répondu qu'avec 250 actes législatifs dans le domaine, l'heure était à l'examen approfondi des dispositions en place et que, d'ici à 2012, un projet serait présenté sur la sauvegarde des bassins fluviaux qui mettra l'accent sur les économies en eau et la résistance de l'environnement. « Nous n'allons pas nous précipiter dans le renouvellement de la législation mais nous concentrer sur sa mise en œuvre », en travaillant « main dans la main avec la politique agricole et la politique des fonds structurels ».

Interrogé par Linda McAvan (S-D britannique) sur l'héritage qu'il imagine pouvoir livrer après 5 ans dans ce poste, le commissaire désigné, docteur en économie, a estimé être à même de lier les préoccupations environnementales avec les impératifs de croissance et d'emplois par une démarche holistique, mais sans précipitation. « Je ne suis pas de ceux qui vont essayer de présenter en six mois ce qui nécessité deux ans. Ce qui compte, ce sont les résultats dans cinq ans ». Que répondre à ceux qui avancent qu'après la crise, la priorité numéro un c'est l'emploi ? « Qu'en investissant dans l'environnement nous créons de l'emploi et que les premiers arrivés sur le marché engrangeront tous les profits », a déclaré le commissaire désigné.

Répondant à Chris Davies (ADLE britannique) qui lui demandait s'il se contenterait de légiférer ou s'il entendait être « chef de file dans le monde pour faire avancer ses valeurs », Janez Potoènik a remis les pendules à l'heure. « Nous ne sommes pas les seuls à comprendre que le monde change, mais peut-être d'autres s'y prennent-ils différemment en misant davantage sur le développement des technologies plutôt que sur les changements de comportement. Les deux sont nécessaires. Il ne faut pas sous-estimer le degré de compréhension des autres », a-t-il déclaré. Et s'il juge qu'« il ne faut absolument pas revenir sur nos engagements » après l'échec de Copenhague, il estime qu'il convient de « réfléchir à une meilleure façon de rallier les autres. Mon rôle sera important ».

À Paul Nuttall (EFD britannique) qui, doutant de la réalité du changement climatique a souhaité à tous « une bonne et froide année » et demandé si l'UE n'était pas un peu présomptueuse ou égoïste, le commissaire désigné a rétorqué que les chercheurs ne se mettront jamais tous d'accord, mais que s'il est un domaine où il y a une vision commune d'un panel international d'éminences grises, c'est bien le changement climatique. « Si vous avez raison et que j'ai tort, c'est une bonne chose, quoiqu'il advienne, de protéger l'environnement. Si j'ai raison et que vous avez tort, nous courons à la catastrophe ». Interrogé par Vittorio Prodi (ADLE italien) sur ses intentions en matière d'adaptation au réchauffement, Janez Potoènik a répondu que ce sujet sera du ressort de Connie Hedegaard mais qu'il y « prêtera la plus grande attention ». En revanche, tout ce qui concerne, les sols, l'eau et la biodiversité et qui a un lien avec le climat, sera traité par la DG Environnement. En réponse à l'inquiétude de M. Prodi de voir la prévention des catastrophes naturelles relever désormais de la future commissaire à la coopération internationale, l'aide humanitaire et la réponse aux crises, M. Potoènik s'est voulu rassurant: « L'essentiel, ce sont les résultats de la Commission. Nous allons coopérer. J'envisage des réunions de cabinet conjointes ».

Anja Weisgerber (PPE allemande) a fait observer que l'application inégale de la législation environnementale faussait les conditions de concurrence et s'est interrogée sur les intentions de M. Potoènik pour y remédier. Celui-ci a plaidé pour « une législation intelligente créant des conditions de concurrence identiques pour tous » et pour l'identification des différences régionales. L'échelon national et local ne sont-ils pas les plus appropriés pour l'application des réglementations pour les sols ? « Je ne veux pas utiliser la subsidiarité comme excuse pour ne pas agir » a répondu Janez Potoènik qui compte bien aller de l'avant avec la « proposition de directive sols », en tentant d'apporter une solution pour convaincre les cinq États membres opposés au texte - une réponse qui a satisfait Vittorio Prodi, car « cette directive est importante pour atténuer le changement climatique ». À Sabine Wils (GUE) qui lui demandait s'il donnerait la priorité à la législation ou aux instruments de marché, le commissaire désigné a répondu que l'efficacité de l'une ou des autres serait le meilleur critère pour faire le bon dosage entre les deux outils dans une approche holistique. « La législation n'est pas ma priorité, c'est un outil »). Holger Krahmer (ALDE allemand) a demandé dans quels domaines il serait opportun de faire une pause législative. Pour M. Potoènik, l'essentiel est de tenir compte davantage de la composante environnementale dans les évaluations d'impact car « une législation complexe onéreuse et difficile à appliquer n'est dans l'intérêt de personne, mais protéger l'environnement est une priorité absolue ». Le commissaire désigné s'est engagé à ne présenter aucun texte tant qu'il ne disposera pas d'une évaluation complète.

Répondant à Esther de Lange (PPE, néerlandais) qui demandait s'il comptait réviser la législation sur la biodiversité concernant le réseau Natura 2000 (directives Habitats et Protection des oiseaux sauvages) qui n'intègre pas le changement climatique et fait l'objet de 120 infractions pour non-application ou interprétation difficile des textes, Janez Potoènik s'est dit plutôt favorable à des lignes directrices, et au partage des bonnes pratiques.

Quelles étapes envisage-t-il pour atteindre les objectifs en matière de biodiversité à l'horizon 2015 après l'échec de l'objectif horizon 2010 ? Le commissaire désigné répond: - mettre en œuvre la législation ; - combler les lacunes ; - améliorer les connaissances sur la valeur de la biodiversité et le coût de sa perte ; - une approche holistique par l'intégration de la biodiversité dans d'autres politiques.

À Karin Kadenbach (S&D, autrichienne) qui l'interrogeait sur la stratégie de communication qu'il compte suivre pour mobiliser l'opinion publique, le commissaire désigné a répondu: « Le mieux, c'est de prendre les bonnes décisions politiques et de donner une information franche et honnête aux citoyens ».

En réponse aux nombreuses questions (notamment du vert suédois Carl Schyter ) sur les insuffisances supposées de la réglementation REACH, le commissaire désigné n'a pas toujours été très précis, mais il a assuré que, pour l'heure, c'est la mise en œuvre qui sera la priorité et qu'il « examinera la situation pour voir s'il y a lieu de proposer de nouvelles mesures ». (A.N.)

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