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Bulletin Quotidien Europe N° 10055
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les perspectives limitées des ressources communautaires imposent une réflexion approfondie sur les dépenses futures

Sage prudence du nouveau commissaire. L'orientation favorable à sauvegarder la politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion en tant qu'éléments essentiels de la construction européenne, en leur assurant à l'avenir des dotations budgétaires appropriées, soulève évidemment un problème: comment financer les actions nouvelles préconisées dans le projet de document des services de la Commission « Réformer le budget, changer l'Europe » ? Le nouveau commissaire européen au Budget, Janusz Lewandowski (il devrait prendre ses fonctions avant la fin du mois), a invité les parlementaires européens à être réalistes: on ne peut pas s'attendre à une croissance significative du budget européen: les États membres sont confrontés à des déficits nationaux souvent impressionnants qu'ils doivent réduire, et il est « plus facile pour eux de réduire leurs contributions au budget européen que de diminuer les dépenses nationales » (voir notre bulletin n° 10053). Sans oublier que c'est la Commission elle-même qui insiste fermement afin que les États membres respectent rigoureusement les règles du Pacte de stabilité et croissance et réduisent rapidement leurs déficits.

Dépenses à sauvegarder, dépenses à contrôler. L'invitation à la rigueur ne devrait pas entraver les dotations communautaires relatives à la PAC et à la cohésion, car ce sont justement des dépenses qui allègent les budgets nationaux, en permettant des rationalisations et en définitive des économies. La renationalisation des financements de la PAC provoquerait une hausse des dépenses nationales dans les États prospères et un recul des interventions et des investissements dans les États membres moins prospères où la renaissance agricole serait bloquée. Des considérations analogues sont valables à propos de la politique de cohésion.

Il faudra donc examiner l'expansion des dépenses communautaires consacrées à d'autres actions, y compris la recherche et l'innovation ; attention, il n'est pas question de réduire les dotations actuelles mais d'y réfléchir. Une nouvelle réflexion approfondie sur les dépenses européennes dans ces domaines, en particulier sur les soutiens à la grande industrie, est opportune ; la prochaine définition des nouvelles perspectives financières de l'UE représente l'occasion appropriée pour y procéder.

La crise financière a prouvé à quel point le monde de la finance se désintéresse radicalement de l'intérêt général n'ayant qu'un souci: gagner le maximum d'argent par tous les moyens. Les efforts que les mêmes milieux sont en train de développer pour reconquérir l'ancienne liberté d'action, s'opposer aux disciplines et aux contrôles et poursuivre les enrichissements personnels sans aucune compréhension pour les difficultés d'autrui, indiquent à quel point il ne faut rien attendre de positif de leur part ; la contrainte est le seul langage approprié. Le monde industriel offre évidemment un avantage radical: l'industrie fabrique les produits et crée l'emploi. Comment ne pas voir la différence ? Mais la plupart des industriels n'ont pas une conscience morale ni un sens de l'intérêt général très supérieur à celui des banquiers ; leurs comportements en matière de délocalisations, de fermetures, etc. prouvent que la règle du profit maximal est aussi développée chez eux qu'ailleurs. Et ils sont particulièrement sensibles aux subventions publiques: dès qu'ils en sentent le parfum, ils ne rêvent que d'en profiter. Ces remarques n'impliquent pas une quelconque sympathie pour les thèses d'extrême gauche en faveur de la nationalisation de l'économie et contre toute forme de concurrence: les bandes armées qui conquièrent ici ou là le pouvoir ne savent ensuite rien produire d'autre que des conflits pour le garder. Qu'on cite un seul cas où l'innovation, la capacité technologique, les connaissances aient progressé ; même l'autosuffisance alimentaire, si elle existait, est détruite.

Un système valable, si … Conclusion: si la concurrence effective est assurée, si les abus sont dûment interdits et punis, si la qualité et l'origine des produits sont davantage assurées, le système politique européen, démocratique et libéral, n'a pas besoin de révolutions. D'ailleurs, dans l'ensemble, les élections, européennes ou nationales, qui se suivent prouvent que les peuples soutiennent, ou acceptent, ce système.

Mais il doit être révisé: les avantages de la richesse produite doivent être mieux distribués et aussi bien le monde de la finance (de manière rigoureuse) que la grande industrie doivent être davantage contrôlés. Le budget communautaire de l'avenir doit correspondre aux résultats de la réflexion. Si elles sont mieux contrôlées, la politique agricole et la politique de cohésion sont bénéfiques pour tous les citoyens. Certaines des nouvelles orientations de dépenses doivent encore prouver qu'elles n'auraient pas, en définitive, le résultat d'augmenter le déséquilibre entre les rentes produites par les salaires et celles provenant d'autres activités. Tout est à examiner, et le budget futur devra tenir compte des résultats.

(F.R.)

 

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