Strasbourg, 16/09/2009 (Agence Europe) - Le Parlement européen a accordé, mercredi 16 septembre à Strasbourg, sa confiance à José Manuel Barroso pour un nouveau mandat de cinq ans à la présidence de la Commission européenne. Sur 718 votants, 382 députés européens ont voté en faveur de sa reconduction, 219 contre et 117 se sont abstenus.
« C'est un immense honneur d'avoir reçu cette confiance », a dit José Manuel Barroso en remerciant les députés à l'issue du vote. « C'est le signal de l'acceptation par le Parlement du programme ambitieux que j'ai présenté pour les cinq prochaines années », a-t-il ajouté en promettant de travailler avec tous les groupes politiques qui veulent soutenir ce programme pour « l'Europe de la liberté et de la solidarité » et « s'embarquer avec moi dans ce voyage exaltant vers l'Europe unie ». M. Barroso a aussi adressé des remerciements aux Portugais qui l'ont soutenu et au président Cavaco Silva.
Espoirs et inquiétudes des parlementaires
Mardi, José Manuel Barroso a défendu sa candidature pendant près de quatre heures, en répliquant à deux reprises aux nombreuses interventions des députés européens. Il savait que l'adhésion du PPE lui était acquise: elle lui a été confirmée par son compatriote Carlos Coelho (qui a loué sa « fermeté face aux gouvernements »), par le Suédois Gunnar Hökmark (qui, dans la situation actuelle, ne voit pas d'alternative à M. Barroso), par l'Allemand Markus Ferber (qui l'a cependant invité à accorder davantage d'importance à l'agriculture, et à dire ouvertement à la Commissaire responsable que « son modèle n'est pas le bon »), par le Maltais Simon Busuttil (qui a de grands espoirs en ce qui concerne la sécurité et la justice), par le Roumain Marian Marinescu (qui réclame un plus grand effort dans le domaine énergétique), par l'Espagnol Jaime Mayor Oreja (qui a salué « l'ambition européenne » de M. Barroso).
Du côté de l'ADLE, le Britannique Andrew Duff s'est félicité du soutien apporté par le président Barroso au Traité de Lisbonne, en exprimant l'espoir que, dans une future crise budgétaire qu'il voit déjà se dessiner, il sera « fermement du côté du Parlement et non pas des trésoreries nationales ».
Dans le groupe S&D, le Roumain Adrian Severin remarque que les gouvernements l'ont peut-être choisi « non pas pour sa force mais pour ce qu'ils prennent pour sa faiblesse ». Il espère cependant que, à l'issue du débat, il pourra prouver qu'il est « l'un d'entre nous et non pas l'un d'entre eux ». Quant à l'Italien David Sassoli, il a dit son inquiétude sur la perspective d'une séparation entre le dossier justice et le dossier immigration, qui comporte, à son avis, des dangers. Nous avons besoin d'une « nouvelle Commission pour une nouvelle ère », a affirmé l'élu espagnol Juan Fernando Lopez Aguilar, en plaidant pour une véritable politique sociale. La socialiste portugaise Edite Estrela a exprimé son appui pour une nouvelle présidence Barroso, en l'avertissant toutefois: « Ceci n'est pas un chèque en blanc, mais un investissement » et nous serons extrêmement vigilants.
Le vert grec Michail Tremopoulos a demandé enfin à être rassuré sur le concept de flexicurité. En principe, c'est très bien, mais que dire si, par exemple, le temps partiel n'est pas librement choisi mais imposé, en devenant de fait du « chômage partiel » ?
La prochaine Commission se battra pour la défense de l'intérêt général
Dans ses répliques, José Manuel Barroso a confirmé l'attachement de la Commission à l'économie sociale de marché, en insistant: elle n'appartient à aucune famille politique, elle est une création de l'Europe dans son ensemble. De même, l'ambition de la Commission dans le domaine de la défense de l'environnement ne peut être mise en doute par personne. Idem de sa volonté de se battre pour le respect des droits de l'Homme. « Quand je parle à M. Poutine, je lui demande pourquoi on ne trouve jamais les assassins de journalistes russes, quand je parle avec les Chinois, j'insiste sur le respect des libertés, quand je parle avec les Japonais, je leur demande pourquoi il y a eu des exécutions (…) », a dit M. Barroso. Interrogé par la verte française Hélène Flautre sur la prison de Guantanamo, il a répliqué avoir été parmi les premiers à demander aux Américains de la fermer.
« J'aurais préféré avoir le soutien de toutes les grandes familles politiques, mais c'est à vous de choisir», a dit M. Barroso, en ajoutant: « Vous voulez une Commission forte, ne m'affaiblissez pas face au Conseil, accordez-moi le bénéfice du doute ». Et il a conclu: « Je ne suis le secrétaire général de personne, je ne suis pas un technocrate, j'ai été parlementaire comme vous », avant d'assurer que la Commission européenne sera indépendante et cherchera la défense de l'intérêt général. (L.G./O.J.)