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Bulletin Quotidien Europe N° 9727

L'élément essentiel. Le rôle joué par l'UE dans la conclusion rapide de la guerre entre la Géorgie et la Russie a été presque unanimement reconnu. En l'absence de l'initiative européenne, le conflit sur le terrain se serait prolongé, avec ses morts et blessés, réfugiés et destructions. Les orientations des États membres ne sont pas vraiment uniformes ; mais ils sont parvenus à une position commune suffisamment équilibrée pour permettre à Nicolas Sarkozy d'agir au nom de tous. C'est l'UE qui a obtenu le cessez-le-feu immédiat et l'engagement des deux parties au conflit à se retirer à l'intérieur des frontières précédentes. Les difficultés et les bavures survenues ensuite dans le respect de ces engagements ne doivent pas faire oublier l'élément essentiel: la capacité de l'UE à mettre fin au conflit en agissant de son initiative, de manière autonome.

Cette réalité n'a pas plu à tout le monde. Selon certains commentateurs, l'UE aurait dû s'aligner intégralement sur les positions des États-Unis (qui avaient déjà auparavant demandé le feu vert à l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN), et quelques commentateurs ou pseudo-philosophes réclamaient à l'égard de la Russie une réaction beaucoup plus forte, allant jusqu'à la rupture des relations et aux menaces d'intervention armée. Il est facile de prendre des attitudes extrêmes et de se pavaner dans les habits de la fermeté et du courage lorsqu'on n'a aucune responsabilité ; les risques, ils sont pour les populations sur place. L'Europe a montré sa capacité de prendre une initiative efficace, se différenciant des États-Unis à propos de la responsabilité du conflit, donc de la réaction de l'OTAN et de l'évolution future des relations avec la Russie.

Un communiqué éloquent. Les raisons de l'attaque initiale de la Géorgie sur un territoire contrôlé par les Russes demeurent incompréhensibles: un malentendu avec les autorités des États-Unis (ou entre les services secrets respectifs) sur le degré de la protection américaine possible ? Une évaluation erronée de l'ampleur de la réaction russe ? On le saura peut-être un jour. Les explications embarrassées du président géorgien n'ont pas été convaincantes. Il a offert à M. Poutine l'occasion dont il rêvait peut-être pour agir sans qu'il soit possible de l'accuser d'avoir été l'agresseur. Le communiqué de la session ministérielle de l'OTAN du 19 août est instructif. Ne revenons pas sur les commentaires de ce texte, car chaque journal a choisi l'interprétation la plus conforme à ses préférences politiques: les uns ont mis l'accent sur la phrase affirmant que les relations avec la Russie ne pourront plus jamais être celles d'auparavant ; d'autres, sur l'absence de toute réaction opérationnelle. La plupart des commentaires ont été déterminés par les convictions politiques des auteurs. Le mieux, dans ces cas, est de mettre à la disposition des lecteurs le texte intégral ; que chacun se fasse son opinion. Nous l'avons fait: le communiqué de l'OTAN est reproduit dans le numéro spécial du 21 août de notre publication spécialisée Europe Diplomatie et Défense.

Je me limite à observer que ce texte: a) déplore l'usage de la force dans le conflit en question, en évitant d'opérer une distinction des responsabilités entre les deux parties ; b) affirme que l'action militaire de la Russie a été « disproportionnée » (ce qui semble signifier que, dans une certaine mesure, elle était justifiée) ; c) indique que l'Alliance « étudie sérieusement les incidences de cette action de la Russie sur les relations OTAN-Russie » (sans mettre en cause l'organe commun de coopération militaire dont les États-Unis disaient souhaiter la suppression ou du moins la suspension) ; d) affirme que l'intégrité territoriale de la Géorgie doit être sauvegardée. Sur ce dernier point, Moscou a été suffisamment habile pour éviter toute revendication territoriale, en se limitant à assurer qu'elle respectera toute décision qui sera prise par les populations concernées ; et elle a déjà commencé à agir en ce sens en reconnaissant leurs autonomies. Il n'est pas facile pour l'UE de critiquer cette orientation, après avoir reconnu l'indépendance du Kosovo…

Indignation forcée. À propos du point c), c'est la Russie qui a ensuite annoncé la suspension de toutes les opérations de coopération militaire, et ce sont les États-Unis qui ont défini cette mesure inopportune et déplorable, alors qu'ils avaient auparavant demandé que ce soit l'OTAN qui l'adopte ! Ceci confirme, à mon avis, que nous assistons à une bataille de déclarations et prises de position en grande partie de pure forme, à une indignation forcée aussi bien du côté russe que du côté américain. Il est heureux que l'UE soit là avec son attitude favorable à l'équilibre et à l'apaisement. La coopération avec la Russie est indispensable, et les provocations qui la rendent parfois difficile ou qui l'entravent sont réciproques: celles des Américains ne sont pas inférieures à celles des Russes.

Une vue d'ensemble des événements du mois d'août doit tenir compte aussi des répercussions sur le fonctionnement institutionnel de l'UE et de l'aspect énergétique. Ce sera pour demain et après-demain. (F.R.)