login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9633
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La guerre sans merci à la contrefaçon n'a rien à voir avec le protectionnisme

Un fléau mondial, de la criminalité organisée au terrorisme. Le 10 mars dernier, Bruxelles a accueilli le premier Sommet mondial consacré à la contrefaçon (Global Anti-Counterfeit Summit). Pour l'occasion, la Fondation The Authentics avait organisé une exposition de produits falsifiés, en mettant côte à côte, autant que possible, les vrais et les faux produits.

Une fausse voiture Ferrari confisquée en Thaïlande (dont certaines parties internes étaient en … sciure comprimée) avait la vedette, mais elle était surtout une curiosité ; d'autres découvertes étaient bien plus préoccupantes. Les visiteurs avaient sous les yeux ce qu'en principe on savait déjà, c'est-à-dire que l'essentiel de la contrefaçon n'est plus constitué de produits de luxe (montres, parfums, sacs pour dames) et même pas de films piratés ou de jouets ; depuis que la criminalité organisée a découvert qu'elle est plus rentable que le trafic de drogue ou la traite des femmes, la contrefaçon a changé de nature. Elle a investi les médicaments, les cosmétiques, même les aliments en boîte pour enfants ; ce n'est plus de l'artisanat, elle s'est donné les moyens pour falsifier sur une large échelle les pièces de rechange pour avions, les prothèses chirurgicales et autres produits de haute technologie. Les conséquences sont parfois dramatiques. La campagne de sensibilisation de la Fondation The Authentics fait état de 365 enfants tués par un sirop contre la toux composé à 60% par un antigel, et des désastres provoqués par un faux dentifrice de marque. Et qui peut connaître le nombre d'accidents d'avions restés inexpliqués, provoqués par des fausses pièces de rechange ?

Selon certaines évaluations, 10% des marchandises mises sur le marché sont contrefaites, pour une valeur qu'Interpol a évaluée à 500 milliards de dollars (400 milliards d'euros selon une autre évaluation, ce qui est encore davantage). Selon l'Organisation mondiale des douanes, un produit sur sept vendus dans le monde est faux. Bien entendu, les faux produits ne sont pas tous dangereux ; les faussaires ne sont pas tous des assassins potentiels ; les faux sacs Vuitton et les faux T-shirts Lacoste, on les reconnaît par un simple coup d'œil, c'est devenu presque un jeu. Mais dans d'autres cas, comment opérer la distinction, surtout lorsque l'achat se fait par Internet ? Les experts affirment que les profits de la contrefaçon ne financent pas seulement la criminalité organisée mais aussi le terrorisme. C'est un fléau planétaire qui dépasse de loin l'aspect de la politique commerciale et des querelles entre ouverture des marchés et protectionnisme.

La dénonciation de M. Barroso. C'est d'ailleurs ainsi que l'a présenté le président de la Commission européenne dans son discours du 10 mars évoqué dans cette rubrique d'hier. Il a souligné que la contrefaçon «produit des bénéfices comparables à ceux de la drogue et du trafic d'armes, mais avec des risques bien moindres », et il a mis en relief le rôle croissant d'Internet, surtout pour les faux médicaments. L'UE a renforcé son action: en 2006 (dernière année pour laquelle des données complètes sont disponibles), 128 millions de produits contrefaits ont été saisis aux frontières, en hausse de 70% par rapport à l'année précédente. Mais il a surtout insisté sur l'exigence que la surveillance aux frontières et les autres formes de lutte soient accompagnées par une action forte et efficace auprès des consommateurs, qui doivent être informés des dangers. M. Barroso a cité plusieurs exemples: les jouets pour enfants avec des résidus de plomb qui dépassent de vingt fois le maximum admis ; les grille-pain (toasters) qui provoquent des secousses électriques ou prennent feu, et ainsi de suite. Et il a commenté: « Ce n'est pas une question accidentelle ou de négligence, mais une stratégie criminelle calculée, ayant des répercussions dévastatrices sur notre économie, notre santé, notre environnement et notre sécurité. C'est ça, le message que nous devons transmettre à nos citoyens.»

Des pays tiers coopèrent. On voit à quel point les accusations ou suspicions de protectionnisme sont dans ce dossier, injustifiées et négligeables. Protéger l'Europe des fléaux cités n'a rien à voir avec une stratégie commerciale: c'est une obligation. M. Barroso ne prône pas la confrontation avec les pays tiers concernés, mais la collaboration. Tout en indiquant les pays de production (Chine toujours largement en tête) ou de transit (Emirats Arabes Unis notamment), il a reconnu la collaboration croissante des autorités chinoises, aussi bien dans la lutte contre la contrefaçon que pour le respect de la propriété intellectuelle, ainsi que la bonne volonté d'autres gouvernements. Il a laissé de côté le fait que les criminels de certains pays de l'Union (Italie, quelques Etats membres récents) participent activement à la fabrication ou au commerce des faux produits, parce que son sujet concernait essentiellement les contrôles aux frontières externes.

En poursuivant le tour d'horizon sur les nouvelles réflexions sur la politique commerciale européenne, cette rubrique évoquera demain un autre point délicat: l'aspect commercial des délocalisations.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES