Lappeenranta, 01/09/2006 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis les 1er et 2 septembre à Lappeenranta (Finlande) pour une réunion informelle du type « Gymnich », ont entamé leurs travaux vendredi après-midi par une discussion sur les perspectives d'une relance du processus de paix au Proche-Orient en dépit de la situation particulièrement difficile et explosive dans laquelle se trouve la région depuis la guerre au Liban. « L'UE est préparée à s'engager et à jouer un rôle pour remettre le processus de paix sur les rails », a déclaré à la presse le Président du Conseil Erkki Tuomioja vendredi soir, à l'issue de la première session. Les événements graves au Liban ont plongé le Proche-Orient dans une nouvelle crise profonde qui, tout en étant dramatique, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour le processus de paix, a-t-il estimé. « Comme toujours dans les crises, il y a des opportunités qui s'ouvrent », mais pour avancer sur le terrain, il est dorénavant indispensable d'intégrer toutes les parties concernées de la région, y compris la Syrie et les autres pays arabes « qui doivent s'engager davantage dans le processus de paix », a affirmé M. Tuomioja. Le Haut Représentant de l'UE pour la Pesc, Javier Solana, a reçu le mandat de « poursuivre ses efforts et ses consultations avec toutes les parties concernées par le processus de paix. La Syrie en fait partie », a expliqué le ministre finlandais. La « principale priorité » doit cependant être accordée à la formation d'un gouvernement d'unité nationale en Palestine avec la participation du Fatah, mais aussi du Hamas, « auquel plus personne pourrait refuser de parler », a souligné M. Tuomioja. Un gouvernement palestinien d'unité nationale, activement envisagée par le Président Mahmoud Abbas, serait en effet une « clé importante » pour la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens en vue d'aboutir à une solution fondée sur deux Etats indépendants, a aussi affirmé M. Solana, qui a estimé que l'UE saluerait et soutiendrait évidemment la mise sur pied d'un tel gouvernement sous les auspices du Président Abbas. Interrogé à propos des trois exigences formulées par la communauté internationale (Quartette) pour une reprise des contacts avec le Hamas (renonciation à la violence, reconnaissance du droit d'existence d'Israël, acceptation des accords existants), M. Solana a dit: « Un tel gouvernement d'unité nationale aurait déjà accepté les exigences de la communauté internationale ».
Il y a unanimité parmi les Vingt-cinq sur l'importance de créer des conditions qui permettent une reprise des pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens, d'où l'importance de mettre rapidement sur pied un gouvernement palestinien d'unité nationale qui pourrait être accepté par tous, y compris Israël et les Etats-Unis, a expliqué à EUROPE le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn. « Nous devons remettre la Syrie sur la bonne voie et aussi ramener les Israéliens et Palestiniens autour d'une table », a estimé devant la presse son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier. M. Asselborn a aussi fait état devant quelques journalistes d'une volonté de la majorité des pays membres de l'UE de réformer le Quartette sur le Proche-Orient (UE, ONU, Etats-Unis, Russie), « à la fois dans sa forme et son action », notamment en y incluant « une composante arabe ». M. Steinmeier a, lui aussi, souligné la nécessité de « revitaliser » le Quartette, mais Erkki Tuomioja, a nié devant la presse que la question d'une éventuelle réforme du Quartette ait été soulevée. La Commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a appelé pour sa part à une rencontre entre le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le Président palestinien Mahmoud Abbas, ce qui serait une initiative « concrète » pour relancer le processus de paix. « Nous devons commencer avec des choses concrètes (...). Ce qui pourrait certainement aider au bon moment, c'est une rencontre entre le Premier ministre Olmert et Mahmoud Abbas », a-t-elle estimé devant des journalistes. « Le contenu de la feuille de route (du Quartette) reste aussi pertinent que jamais (...), mais nous devons trouver un moyen de ramener les deux parties à la table des négociations », a-t-elle insisté.
Iran. Même si la question de l'Iran était discutée seulement samedi, elle a tout de même été déjà soulevée par certains ministres dès vendredi. « Ce n'est pas le moment de prendre une nouvelle décision sur l'Iran. Pour l'UE, la diplomatie reste le meilleur moyen pour avancer », a ainsi affirmé M. Tuomioja devant la presse. Javier Solana a lui aussi évité de parler de sanctions, et a seulement confirmé qu'il rencontrerait le principal négociateur iranien sur le nucléaire, Ali Larijani, « dans les premiers jours de la semaine prochaine, quelque part en Europe », sans préciser la date ni le lieu de cette rencontre (certaines rumeurs, non confirmées par l'entourage de M. Solana, parlaient d'une réunion le 6 septembre à Berlin). « Jusqu'à la réunion, je ne veux parler que de choses de nature positive », a dit
M. Solana. « Il y a beaucoup de nuances sur ce qu'on peut faire dans ce domaine, il faut être très prudent », a dit de son côté le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Bot. Frank-Walter Steinmeier a relevé « l'importance de maintenir l'unité » de la communauté internationale et interrogé sur l'opportunité d'infliger des sanctions à Téhéran, il s'est montré évasif. « Je m'attends à ce que le Conseil de sécurité se réunisse et à ce qu'il prenne des décisions », a-t-il répondu. « Est-ce qu'il y aura des sanctions, et lesquelles ? Il faut attendre. Mais la chose la plus importante que nous avons réussi par le passé, est de maintenir à l'avenir le signal d'une unité de la communauté internationale. Il ne faut pas laisser le Conseil de sécurité se diviser », a-t-il estimé.