Bruxelles, 03/08/2006 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a procédé jeudi à une nouvelle hausse de 0,25% des taux directeurs de la zone euro, portant le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement à 3%, le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal à 4% et celui de la facilité de dépôt à 2%. Ces changements deviendront effectifs au 9 août. En annonçant le mois dernier qu'elle romprait avec ses habitudes estivales qui ne prévoient ni de réunion entre les membres du Conseil des gouverneurs (mais plutôt des téléconférences) ni une conférence de presse à cette période de l'année, la BCE avait préparé le terrain pour une communication sur une hausse des taux. La décision du 3 août n'est donc pas une surprise, même si elle intervient deux mois après la dernière hausse, alors que jusqu'à présent la BCE avait méthodiquement resserré sa politique tous les trois mois (en décembre 2005, mars 2006 et juin 2006). Une accélération de la cadence donc, mais pas de modification dans l'ampleur de la hausse, qui se limite toujours à 25 points de base, comme Jean-Claude Trichet l'avait laissé entendre en juillet (EUROPE n° 9227).
Alors que pour certains économistes la BCE pourrait poursuivre sur sa lancée en optant pour un rythme de resserrement monétaire tous les deux mois, M. Trichet n'a évidemment pas confirmé un tel calendrier. Jeudi, le Président de la BCE a une nouvelle fois rappelé à la presse que le Conseil des gouverneurs ne réagit pas en fonction d'un schéma prédéterminé à l'avance. « Il est absolument clair que depuis le début de notre premier changement en décembre dernier que nous ne prenons pas notre décision à l'avance », a déclaré M. Trichet, ajoutant: « nous considérons que nous ne sommes pas engagés à l'avance dans un rythme quel qu'il soit, de deux ou trois mois par exemple ». De même, s'en tenant à la décision du jour, il a expliqué que la hausse de 25 points de base avait été « soutenue de manière écrasante » par les 18 membres du Conseil des gouverneurs.
Ce nouveau « retrait de l'accommodation monétaire », comme le qualifie M. Trichet, en appelle aussi d'autres. Si la reprise économique se poursuit selon le scénario et les hypothèses envisagés par la BCE, « une réduction progressive du caractère accommodant de la politique monétaire sera justifiée », a ainsi prévenu le Président de la BCE à l'issue de la réunion. Les risques pour l'inflation sont en hausse, a expliqué M. Trichet, assurant aussi que l'institution de Francfort continuera de « surveiller de très près » la stabilité des prix.
Au premier trimestre 2006, la croissance économique était de 0,6% du PIB et les activités économiques sont de plus en plus largement fondées sur la demande intérieure, a rappelé M. Trichet, qui voit dans les récents indicateurs la confirmation que « la croissance économique s'est poursuivie à un rythme soutenu ». Si les conditions de la reprise sont toujours en place, les risques restent eux aussi les mêmes, en particulier les prix du pétrole, mais aussi les déséquilibres mondiaux et l'éventualité de mesures protectionnistes, « surtout après la suspension des négociations sur le cycle de Doha », a-t-il observé. Et de conclure qu'« à plus long terme, les conditions demeurent réunies pour que la croissance économique de la zone euro se poursuive à des taux proches de son potentiel ».
Inchangé par rapport à mai et juin, le taux d'inflation s'élevait toujours à 2,5% en juillet, confortant ainsi la BCE dans sa vigilance et justifiant, compte tenu des risques pour l'avenir, la nouvelle hausse des taux. « Les effets indirects des hausses passées des prix du pétrole et les changements déjà annoncés concernant les taxes indirectes devraient avoir un effet haussier significatif sur l'inflation dans le courant de l'année», a observé M. Trichet. « Les taux de la zone euro restent bas, aussi bien en termes réel que nominal, la croissance du crédit demeure forte et les liquidités dans la zone euro sont amples », a-t-il ajouté en insistant: « A moyen terme, les risques pour la stabilité des prix prévalent ». Ainsi, au cours du second semestre 2006 et en 2007, les taux d'inflation devraient, en moyenne, « rester supérieurs à 2%, leur niveau exact étant tributaire des mouvements futurs des prix de l'énergie ». Ces craintes sont confirmées par l'analyse monétaire, qui montre que « les risques pesant sur ces perspectives demeurent orientées à la hausse, compte tenu de la vigueur de la croissance de la monnaie dans un contexte de liquidité abondante », a enfin averti M. Trichet.