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Bulletin Quotidien Europe N° 9160
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Seul l'avenir nous dira si le dernier Sommet a été un succès

Une prédiction prophétique ? Une fois de plus, les conclusions du Conseil Européen sont trop longues et trop descriptives, et seul l'avenir nous en apprendra la signification réelle. Il est difficile de la saisir, cette signification, si l'on oublie la situation de l'Europe il y a un certain nombre de mois, lorsque: aucune politique européenne n'était prévue pour l'énergie ; la stratégie de Lisbonne était embourbée dans le scepticisme et le découragement ; les nouvelles perspectives financières, instrument essentiel de l'activité européenne future, étaient dans le brouillard ; le projet de directive «services» agitait les opinions publiques dans un sens largement anti-européen et creusait un fossé entre les nouveaux et les anciens Etats membres.

En quelques mois, ces situations négatives et parfois désespérantes ont été en partie redressées, et à présent de nouveaux projets et de nouvelles orientations ont obtenu l'aval politique au niveau le plus élevé. Si l'on oublie la situation précédente, on pourrait légitimement affirmer que le Conseil européen n'a rien fait de nouveau, car il s'est limité pour l'essentiel à avaliser ce qui avait été proposé ou suggéré par la Commission européenne, débattu par le Parlement européen et préparé par les différentes formations du Conseil (les «conclusions» du Sommet étaient écrites à l'avance, les chefs de gouvernement ne leur ont apporté que quelques aménagements). Si l'on admet toutefois que les décisions à ce niveau engagent les Institutions européennes et les gouvernements, et qu'elles renforcent la visibilité de l'UE pour l'opinion publique, alors ce Sommet pourrait représenter un tournant, et la phrase du chancelier Wolfgang Schüssel qui l'a présidé prendrait une signification prophétique: « on se rendra compte d'ici dix ans que ce fut une journée historique ». Nous n'en sommes pas encore là. Pour le moment, ces dizaines de pages sont illisibles pour les opinions publiques, et il est compréhensible que la grande presse et les télévisions les aient négligées en mettant plutôt l'accent sur quelques détails pittoresques des débats, de nature par exemple linguistique. Pour nos lecteurs, la situation est différente. Ils ont déjà pu lire dans notre bulletin précédent des comptes-rendus exclusifs sur des aspects qui ne figurent pas dans les textes, tels que les prises de position sur le « patriotisme économique » et les discussions ministérielles sur les élargissements futurs. Ils reçoivent maintenant le texte des « conclusions » et d'autres prises de position. Je reviendrai en détail sur certains aspects de ce qui s'est passé jeudi et vendredi derniers, en me limitant pour le moment à quelques remarques.

1. Les aspects négligés. Les Chefs de gouvernement ont laissé de côté dans leurs débats et leurs conclusions deux défis essentiels auxquels l'UE est confrontée: l'avenir de la Constitution et les frontières de l'Europe. Les divergences ont été confirmées dans les débats préparatoires entre ministres des Affaires étrangères. Ces deux dossiers seront au centre du Sommet de juin.

2. Objectifs chiffrés. Malgré les perplexités de quelques Etats membres, le Sommet - compte tenu de l'insistance de la Commission et du Parlement - a inséré dans ses « conclusions » un certain nombre d'objectifs chiffrés et d'échéances, afin de donner un caractère concret et contraignant aux projets et programmes concernés. Comment oublier toutefois que dates et objectifs chiffrés ne sont, en général, jamais respectés et qu'ils apparaissent parfois peu réalistes ?

3. L'énergie et son message. Le message politique tellement attendu en matière énergétique est arrivé. Le Sommet est même allé au-delà de la Commission dans les définitions, en parlant de « politique énergétique commune » (et non seulement de « stratégie »), malgré l'absence de base juridique. La Commission et le Parlement (sauf les Verts, à cause de l'aspect nucléaire) ont accueilli positivement ce message. Toutefois, des ambiguïtés et incertitudes subsistent, et les chefs de gouvernement n'ont pas suivi la Commission sur l'aspect institutionnel de la politique envisagée.

4. Un succès à confirmer. Le paragraphe relatif à la directive « services » est un succès pour le Parlement européen et un acte de sagesse des chefs de gouvernement. Il faut espérer que les difficultés qui subsistent (elles ne sont pas négligeables) soient rapidement surmontées, car ce serait la preuve que l'Europe à 25 sait aboutir à des compromis même lorsque les intérêts nationaux divergent sensiblement.

5. Protectionnisme économique. Même s'il est resté en marge des débats officiels et des
« conclusions », ce sujet a été bien présent dans certaines déclarations dont notre bulletin n° 9159 a fait état, et cette rubrique s'efforcera prochainement de faire le point.

(F.R.)

 

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AU-DELÀ DE L'INFORMATION
EDITION SPECIALE - SOMMET DE PRINTEMPS - DES 23 ET 24 MARS 2006
EDITION SPÉCIALE POUR LE CONSEIL EUROPÉEN DE BRUXELLES