Beaune, 26/10/2005 (Agence Europe) - Outre la révision de la directive « Télévision sans frontières » (voir EUROPE n° 9055) les Rencontres de Beaune (21-23 octobre) ont discuté des implications de l'adoption, jeudi dernier, de la Convention sur la diversité culturelle à l'Unesco. Une première historique dans les relations internationales, a commenté la Commission européenne dans un communiqué, en dépit de l'opposition des Etats-Unis et d'Israël. La spécificité des biens et services culturels est enfin reconnue, se félicitent les spécialistes qui déploraient jusqu'ici que seules les enceintes de l'OMC, dont la logique fondatrice est justement la libéralisation des biens et services, y compris les services audiovisuels, étaient compétentes. « Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre », a cependant souligné à Beaune Pascal Rogard, PDG de la SACD (société des auteurs et compositeurs dramatiques), puisque la Convention doit encore être ratifiée par au moins 30 Etats pour entrer en vigueur. Les participants se sont réjouis de l'unanimité des Etats membres de l'Union européenne dans les débats, représentés par la Commission: « Ce succès montre que quand l'Europe veut parler d'une seule voix elle sait se faire entendre », s'est réjoui M. Rogard. Pour la Commissaire Viviane Reding, la Convention « n'est pas un signe de repli identitaire, encore moins un encouragement à faire obstacle aux échanges mondiaux » mais « elle dit le droit à la diversité, au refus de l'uniformité ». Le texte donnera un poids politique à la position de l'Union européenne à l'OMC sur les services audiovisuels, estime-t-elle. Soulignant que l'Europe et ses Etats continueront de mener des politiques proactives de soutien à la création et à la circulation des œuvres audiovisuelles, elle a prévenu: « il n'y a pas et il n'y aura pas, tant que je serai commissaire chargée de l'Audiovisuel, d'offre de l'Europe dans ce domaine. Pas de marchandage « agriculture » contre « audiovisuel » ! ». Le ministre français à la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a regretté pour sa part les divergences de vues avec les Etats-Unis: « la dimension culturelle n'est pas seulement importante pour les artistes mais elle a aussi une valeur politique » a-t-il indiqué, soulignant que la circulation de valeurs démocratiques et de respect des droits de l'Homme contenues dans les œuvres culturelles peuvent constituer un rempart contre l'intégrisme et les autres formes de violence terroriste. Jean Musitelli, conseiller d'Etat et ancien délégué permanent de la France auprès de l'Unesco, a salué l'action offensive de l'Europe, « alors qu'avant elle était défensive », et insiste pour que les Etats européens poursuivent leur action en adoptant la Charte afin que celle-ci ne constitue pas « un rempart de papier ». Il insiste, par ailleurs sur les obligations qui lieront les signataires de la Charte, notamment envers les pays en développement: « On a une obligation morale et politique de les aider à renforcer leur culture, accéder au marché, mettre en place une dynamique pour leurs créateurs sur la scène internationale », a-t-il indiqué. Pour Julien Guerrier, de la DG Commerce à la Commission européenne, la globalisation peut être un facteur de diversité culturelle, mais elle constitue surtout une menace pour les « cultures non compétitives ». « Une production d'un Etat membre ne concurrence pas aujourd'hui une production d'Hollywood », a-t-il souligné. Le pluralisme est un des fondements de l'Union européenne, y compris en matière culturelle et linguistique, c'est pourquoi « l'Union mènera toujours une politique culturelle et commerciale équilibrée ». Or, « la Convention transpose au niveau international la philosophie européenne en matière de culture et en matière commerciale », s'est-il félicité. Il a indiqué les étapes qui restent maintenant à franchir pour une ratification de la Convention par l'UE: le processus sera lancé parallèlement dans chaque Etat membre selon leur procédure interne et au niveau de la Communauté avec l'adoption, dès cet automne, par la Commission, d'une proposition de décision du Conseil en vue d'une ratification globale. Dan Glickman, qui représentait le point de vue américain au cours des discussions, a assuré qu'il soutenait la Convention dans le sens où celle-ci doit aider l'industrie du cinéma et du film. Soutenant que le cinéma américain, lui-même « melting pot » brassant des références à différentes cultures, « croit fermement à la diversité », il s'est montré préoccupé par « l'ambiguïté avec les règles existantes ». « Le challenge est maintenant de travailler ensemble pour que personne n'utilise la Convention pour fermer les frontières», a-t-il déclaré.