Strasbourg, 26/10/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté mercredi une résolution sur la stratégie contre une pandémie de grippe dans l'UE. Les députés, qui prennent "très au sérieux" les mises en garde de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM) contre un risque de pandémie de grippe, demandent aux Etats membres d'adopter des plans de préparation pour faire face à une éventuelle contamination humaine. Ces plans sont destinés entre autres à organiser la bonne coordination entre Etats membres, à déterminer les zones à risque et les groupes de population à vacciner en priorité, et à garantir la distribution équitable et générale de produits anti-épidémiques. Ces plans de préparation doivent inclure, selon les députés, des contrats d'achat préventifs pour garantir l'approvisionnement suffisant de vaccins et d'antiviraux. Les députés suggèrent à la Commission d'utiliser le Fonds de solidarité de l'UE comme "instrument de précaution", pour éviter que l'approvisionnement en vaccins soit insuffisant, inéquitable et tardif dans les pays qui n'en produisent pas. "Il faut jouer la carte de la solidarité. Nous devons pouvoir puiser dans ce fonds pour passer des commandes de vaccins, acheter des masques et procéder aux dépistages nécessaires pour éviter la panique le moment venu", a expliqué Robert Sturdy (PPE-DE, Royaume-Uni). Le Parlement européen souhaite que des programmes de vaccination donnent la priorité aux personnes qui travaillent dans les exploitations avicoles, et il soutient la proposition de la Commission d'élaborer une directive qui établisse des mesures communautaires actualisées de lutte contre la grippe aviaire et qui mette l'accent sur la vaccination. La Commission et les Etats membres doivent également agir au niveau du secteur pharmaceutique, pour inciter les industries à augmenter dès à présent leur capacité de production de vaccins et d'antiviraux et à coopérer pour réduire à 3 mois le délai de production d'un nouveau vaccin, en cas de mutation du virus H5N1. Pour lutter contre l'expansion du virus de grippe aviaire, l'UE doit apporter son concours financier et technique aux pays les plus touchés par le virus, en particulier en Asie du Sud-Est. Cette région est considérée à l'heure actuelle comme étant la principale source de contamination, où les risques de "recombinaison" (un terme remplaçant celui de "mutation" dans la résolution) des virus des grippes aviaire et humaine sont les plus élevés. Le Parlement demande aux Etats membres d'informer correctement les personnes qui souhaitent se rendre dans ces pays sur les risques de transmission.
Les députés souhaitent également renforcer le rôle de coordination de la Commission, qui doit pouvoir apporter son expertise aux Etats membres dans l'élaboration et l'actualisation de leurs plans de préparation, et ils invitent le Conseil à donner mandat à la Commission pour "prendre, dans la journée, des mesures d'urgence si jamais une pandémie de grippe atteignait l'UE ou les pays voisins", comme par exemple les mises en quarantaine, la désinfection des vols en provenance de régions infectées ou les restrictions aux déplacements. "Les politiques ne peuvent pas empêcher le virus, mais on doit se donner la possibilité d'agir dès que le virus se sera déclaré, ce qui peut arriver n'importe où et n'importe quand", a expliqué Neil Parish. Pour éviter de créer la panique dans les populations, la Commission doit élaborer une stratégie de communication globale, conjointement avec le CEPCM.
Les discussions des députés mardi ont reflété une situation paradoxale, entre un besoin constant d'une information actualisée, et la nécessité de "gérer la surcharge d'informations" susceptible de créer la confusion dans les esprits, selon les termes de John Bowis (PPE-DE, Royaume-Uni). Certains députés ont exprimé leur préoccupation à l'égard des consommateurs, comme Luca Romagnoli (non inscrit, Italie), qui a dénoncé "la prise d'otage des consommateurs, qui engraissent les multinationales pharmaceutiques", tandis qu'Alessandro Foglieta (UEN, Italie) a suggéré d'étiqueter les volailles, à l'instar de la viande bovine, pour rassurer les consommateurs et les producteurs de volailles. John Bowis a été choqué par les recommandations de l'Agence alimentaire européenne à Parme concernant la consommation d'œufs crus et de viande de volaille (voir autre nouvelle): "On crie au loup, alors qu'il n'y a pas de risques à consommer des œufs issus de l'UE, et la viande doit de toute façon être bien cuite pour éviter les salmonelles. Une agence internationale a le devoir d'évaluer les risques et d'être vigilante quand elle fait des déclarations", a-t-il déclaré.