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Bulletin Quotidien Europe N° 8842
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Commission Barroso doit préserver la base de la politique commerciale européenne établie par Pascal Lamy

Perplexités qui subsistent. Je suis peut-être injuste à la fois avec le président Barroso, avec le Commissaire responsable du commerce Peter Mandelson et aussi avec la Commissaire responsable des relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, mais de mon point de vue les perplexités à propos des orientations de la nouvelle Commission en matière de politique commerciale (laquelle représente aujourd'hui l'élément principal des relations extérieures) ne sont pas apaisées. S'y ajoute une certaine nébulosité autour des convictions de Mariann Fischer Boel en matière agricole et de Günter Verheugen à propos de la politique industrielle et voici que - par ma faute sans doute- je n'y vois pas clair du tout.

J'estime que dans des domaines aussi essentiels que les relations économiques et commerciales avec le monde extérieur, la continuité et la cohérence sont indispensables. Il est évident que chaque nouveau président et nouveau Commissaire imprime sa marque personnelle à l'action communautaire, mais les grandes lignes ne peuvent pas être modifiées tous les cinq ans, lorsqu'une certaine stabilité est acquise. Sortie de la période quelque peu démentielle de Sir Leon Brittan, qui proposait des zones de libre-échange (ou des formules analogues) au monde entier, la barre avait été redressée dans une direction plus raisonnable, et depuis 1999 Pascal Lamy a su définir, avec le consensus (parfois difficilement arraché) du Conseil et le soutien de la majorité du Parlement européen, les orientations essentielles de la politique commerciale de l'UE et des politiques connexes. Au moment de quitter ses fonctions, Pascal Lamy a établi une "évaluation" de la politique commerciale 1999-2004. A mon avis, ce document ne doit pas être considéré comme un résumé du passé destiné aux archives, mais comme la base stable sur laquelle la nouvelle Commission érigera sa politique. Les principes sont là, les grandes orientations aussi.

Objectifs multiples. L'idée de départ, énoncée par Pascal Lamy depuis septembre 1999, est celle d'une "globalisation maîtrisée: pour être à la fois efficace et juste, la mondialisation doit être pilotée, gérée, en fonction des intérêts collectifs des citoyens européens". L'ouverture des marchés n'est pas une fin en soi, mais "un instrument au service du progrès" garantissant que les bénéfices de la mondialisation sont équitablement répartis. Qui dirait le contraire? Mais ce qui importe est que l'objectif général soit suivi par les initiatives et les comportements permettant de l'atteindre, en se fondant sur la conception très large de la politique commerciale retenue par M. Lamy. Cette politique ne gère pas simplement l'ouverture des échanges et les négociations bilatérales et multilatérales, mais elle doit prendre en considération le développement des pays pauvres, la sauvegarde de l'environnement, certains choix sociaux et de société.

Importance des choix et des initiatives. L'extension énorme du rôle de la politique commerciale qui résulte de ces principes ne peut pas être gérée par l'OMC (Organisation mondiale du Commerce) toute seule : "Je ne crois pas
- écrit Pascal Lamy - que l'OMC peut ou doit rester le seul îlot de gouvernance dans un océan de mondialisation non gouvernée". Et si la gouvernance mondiale n'avance que très lentement dans les esprits et encore moins dans la réalité, l'UE peut et doit prendre des initiatives elle-même, ouvrant la voie. C'est ce que Pascal Lamy a fait. Certes, il devait composer avec la réalité, et d'ailleurs M. Lamy est pleinement conscient des bienfaits de la libération des échanges. Combien de fois il a été critiqué et contesté, de façon parfois violente, parce que les fanatiques anti-globalisation l'accusaient d'être trop "libéral"! La réalité est qu'il agissait pour la liberté du commerce mais sans jamais oublier - je le cite encore - que "le système commercial n'est pas purement mercantile et peut prendre en charge des priorités publiques". Je sais bien que ce n'est pas l'opinion de tout le monde. Une école de pensée aussi respectable qu'une autre estime que la bonne recette est celle du libéralisme intégral qui seul garantit l'efficacité en assurant le maximum de progrès et de croissance. Au sein de la Commission Prodi, Pascal Lamy a cohabité avec Frits Bolkestein, et chacun suivait sa route car le président ne donnait pas toujours l'impression de choisir. À présent, aussi bien le Président Barroso que, en principe du moins, Peter Mandelson se sont prononcés pour une conception équilibrée de la politique commerciale tenant compte de la vaste gamme de préoccupations qui a caractérisé l'époque Lamy. Mais ce ne sont pas les phrases qui comptent, parce que dans un discours, avec un peu d'habilité (qualité dont M. Mandelson n'est certes pas dépourvu), on peut faire plaisir à tout le monde.

L'importance de l'action de Pascal Lamy réside dans les choix qu'il a faits, dans les initiatives qu'il a prises. Ce sont eux qui forment la base effective de la "globalisation maîtrisée", base qui, à mon avis, doit impérativement être préservée. Et c'est cette base que je vais essayer de mettre en relief demain, à partir de l'évaluation citée de M. Lamy lui-même. (F.R.)

 

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