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Bulletin Quotidien Europe N° 8817
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

L'UE a un besoin urgent d'une commission exerçant pleinement ses fonctions et jouissant de la confiance de la majorité du Parlement européen

Maintenant, il faut faire vite. L'UE a besoin d'une Commission en mesure d'exercer pleinement ses fonctions (parce que les rendez-vous urgents et importants sont nombreux) et jouissant de la confiance du Parlement européen (parce que sa légitimité démocratique en sera accrue). Quant à l'effet sur l'opinion publique des péripéties vécues par M.Barroso et par les Commissaires désignés, il est, à mon avis, positif et revigorant parce que les citoyens de l'Union ont participé de manière presque passionnelle à certains aspects du débat autour d'une institution dont auparavant la plupart d'entre eux ignoraient jusqu'à l'existence.

Aspects positifs. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'avais écrit avant le report du vote du PE (voir cette rubrique du 27 octobre). J'avais mis en relief les aspects positifs de ces péripéties au moment où, à première vue, ils n'étaient pas aussi évidents qu'on veut bien l'admettre aujourd'hui. Bien des commentateurs et des personnalités politiques (avec quelques exemples à l'intérieur du Parlement lui-même) portaient un jugement apeuré ou presque méprisant sur le débat de Strasbourg, à l'instar de ce grand journal britannique qui titrait: " la farce de Strasbourg". Les dérapages n'ont pas manqué même dans le débat parlementaire, mais c'est normal, et je préfère mettre l'accent sur les aspects positifs, qui vont au-delà de l'affirmation normale, par chaque groupe politique, de ses convictions et positions. Le président du groupe socialiste, Martin Schulz, a souligné que le PE ne fonctionne pas selon le schéma classique d'une majorité et d'une opposition qui se combattent, mais qu'il est composé de "courants hétérogènes" dont doivent tenir compte ceux qui souhaitent rallier une vaste majorité. Je crois qu'il a raison, parce que plusieurs groupes partagent la même orientation essentielle - l'appui à la construction de l'Europe unie - et parce que certains choix économiques fondamentaux ne peuvent pas se fonder sur une doctrine spécifique mais doivent résulter de compromis tenant compte des différences entre les orientations des Etats membres (et donc des peuples). J'espère que ce concept sera partagé par l'ensemble du groupe socialiste également à propos de la Constitution européenne, qui ne doit pas refléter une conception particulière de la société mais laisser les options ouvertes aux choix ultérieurs des citoyens. Les oppositions à la Constitution au sein du groupe socialiste sont contre nature.

Contre les "Commissaires diminués". J'ignore évidemment les retouches que José Manuel Barroso apportera à sa Commission avant de la soumettre à nouveau au vote parlementaire, et je me limiterai à une remarque. Je ne crois pas que la diminution du rôle et des responsabilités des Commissaires ayant fait l'objet de réserves ou de critiques représente la bonne solution. Par exemple, les éléments du portefeuille JAI (Justice et Affaires intérieures) représentent un ensemble indissoluble, ne peuvent pas être séparés; sécurité sans liberté, cela signifie la dictature; liberté sans sécurité, c'est l'injustice érigée en système car les plus forts imposent leur volonté. Le Commissaire responsable doit avoir une compétence globale pour être en mesure de respecter les équilibres indispensables entre les différents aspects de ce portefeuille si sensible.

Le second exemple est la concurrence. Le Commissaire qui en a la responsabilité peut renoncer, pour des raisons d'opportunité, à un dossier particulier, mais non à des secteurs entiers. Sa tâche ne consiste pas seulement dans le traitement d'affaires individuelles mais dans l'établissement de principes généraux, dans les contacts permanents avec les autorités anti-trust d'autres parties du monde (les Etats-Unis en particulier), et l'autorité et le prestige qu'il sait conquérir représentent un élément essentiel de son rôle. Un Commissaire diminué par trop de trous dans ses compétences ne serait pas crédible. Je soupçonne le service juridique de la Commission, en indiquant le nombre et la portée des dossiers à confier au président de la Commission ou à un autre Commissaire pour éviter les conflits d'intérêts, voulait faire comprendre autre chose, comme s'il disait: vous voyez que les contre-indications sont trop nombreuses, il serait préférable de changer de candidat.

J'ignore évidemment si Rocco Buttiglione et Neelie Kroes auraient été ou non des Commissaires excellents dans les tâches que le président Barroso entendait leur confier, mais j'estime que la formule des "Commissaires diminués" n'est pas souhaitable ni efficace, quel que soit le respect dû à la collégialité de la Commission et aux capacités protéiformes de son président.

Honnêteté des eurosceptiques. Il reste à remercier les parlementaires eurosceptiques d'avoir joué honnêtement leur rôle et réaffirmé leurs objectifs. Je pense à l'UK Independence Party, à la Lega Nord (Italie) et à la Ligue polonaise des familles, et à leur allié Paul Marie Coûteaux qui a résumé l'opinion de tous en affirmant que "l'Union se porterait mieux s'il n'y avait pas de Commission du tout", seuls les gouvernements nationaux étant légitimes. Cette opposition franche à tout ce que les Européens essayent de construire depuis un demi-siècle est en définitive rafraîchissante et préférable à certaines attitudes hypocrites. (F.R.)

 

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