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Bulletin Quotidien Europe N° 8798
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

L'action de l'UE pour la culture commence à être reconnue

Les conditions d'un succès. L'importance et l'efficacité de l'action de l'UE dans le domaine culturel commencent à être reconnues. Il y a quelque jours, à San Sebastián (Espagne), le prix "personnalité européenne de l'année" a été octroyé à Viviane Reding, Commissaire européenne à la culture et à l'audiovisuel, pour son action en faveur du cinéma européen. Entre-temps, la renommée du programme Erasmus a largement dépassé les cercles universitaires; les nouvelles générations d'étudiants le connaissent et l'utilisent largement, le film "L'auberge espagnole" lui a permis d'atteindre le grand public, et son supplément "Erasmus monde" (pour les étudiants des pays tiers) a démarré. D'autres succès pourraient être cités: l'éclat des "villes européennes de la culture" (qui relancent parfois traditions et ambitions qui paraissaient éteintes), certaines initiatives musicales qui ont acquis prestige et respect, comme l'orchestre Mahler, et bien d'autres.

Ce n'est pas par hasard que ces choses arrivent. Pour être reconnue, l'activité de l'UE dans ce domaine délicat a dû surmonter bien des obstacles, et ses responsables se former une idée claire de leur rôle. Au départ, ce n'était pas le cas. Le but de l'UE est d'unifier les peuples qui en font partie, de supprimer les frontières, de dépasser les nationalismes; mais ce triptyque n'est pas du tout valable pour la culture (ni pour le sport d'ailleurs, mais, malheureusement, la Cour de justice et en partie la Commission l'ont compris un peu tard). Pour la culture, l'objectif est inverse: sauvegarder les spécificités, respecter les différences, les encourager le cas échéant. Je me rappelle l'époque lointaine où les fonctionnaires de la concurrence estimaient que les aides d'Etat au cinéma n'étaient licites que pour les coproductions réunissant auteurs, metteurs en scène, acteurs, etc. de plusieurs Etats membres. On sait aujourd'hui que les coproductions sont souvent utiles et parfois nécessaires, mais ne doivent jamais être imposées car les écoles nationales font la valeur et la saveur du cinéma européen, et doivent être aidées et encouragées en elles-mêmes. On a aussi compris que les fonctionnaires n'ont pas à s'occuper de la création artistique, qui est l'affaire des artistes. A présent, grâce à Mme Reding et à ses collaborateurs (et aussi à quelques-uns de leurs prédécesseurs qui avaient indiqué la voie), tout est plus clair, la méfiance entre les créateurs et la Commission s'est dissipée, et l'utilité de l'action européenne est reconnue. Viviane Reding considère même comme dépassé le concept d'"exception culturelle", qui a été longtemps utile, lorsqu'il fallait affirmer le principe selon lequel les biens culturels ne sont pas assimilables aux produits industriels. Le mot "exception", nous ne l'utilisons plus, a-t-elle affirmé, notre action vise la sauvegarde de la "diversité culturelle", c'est-à-dire la spécificité de l'Europe à l'égard des autres continents et, à l'intérieur de l'Union, les spécificités nationales, régionales et même locales.

Un désastre et des succès. Résumer ce que fait l'Europe pour la culture demanderait bien plus que l'espace réduit de cette rubrique. Pour le cinéma, l'octroi du prix San Sebastián est éloquent. Le nombre de films européens qui bénéficient du soutien européen est considérable, et ce sont des films souvent primés (et non "clandestins" comme trop souvent ceux qui sont soutenus par des mécanismes nationaux). La situation du cinéma européen est encore loin d'être satisfaisante, mais, en Europe occidentale, les perspectives sont encourageantes. Les pays d'Europe centrale et orientale, dont la production s'est effondrée (c'est la catastrophe absolue, le désastre, a dit Mme Reding: dans ces pays, on ne peut voir que les films d'Hollywood), devraient comprendre que le salut réside dans le réflexe européen, et non dans la sujétion aux Américains.

Pour le volet "enseignement", j'ai cité Erasmus; mais il y a aussi la "déclaration de Bologne" visant la création d'un espace universitaire européen, plus l'idée de Mme Reding d'un "système européen de reconnaissance des diplômes", comme il en existe pour certaines qualifications professionnelles, système qui serait fondé sur des critères de qualité. Mais ceci présuppose un engagement ferme des Université elles-mêmes, dont certaines semblent inspirées davantage par la paresse et la routine que par l'ambition et le dynamisme. Il y a le recensement des trésors artistiques de tout le continent, oeuvre colossale mais indispensable, plus l'effort pour réécrire partiellement l'histoire d'un point de vue européen, et bien d'autres initiatives encore. Je m'arrête parce que mon intention n'était pas d'établir un catalogue d'initiatives, mais simplement de montrer, en saisissant l'occasion d'un prix décerné au Pays basque, à quel point se trompent les imbéciles qui croient (parce qu'ils le lisent dans un journal britannique dit "populaire") que l'Europe ne s'occupe que de la taille des petits pois et de questions analogues.

D'ici quatre semaines, la responsabilité des dossiers cités passera à Jan Figel, mais Viviane Reding ne sera pas loin, car son nouveau portefeuille des médias et de la société de l'information maintiendra son lien au monde culturel. (F.R.)

 

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