Bruxelles, 24/10/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne est un peu perplexe face à la position « ultra-radicale » et plutôt incohérente prise par les 17 pays du Groupe de Cairns à propos de la réforme agricole négociée à Genève dans le cadre du Cycle de Doha. Dans la quête d'alliances tactiques qui est en train de se jouer de bloc à bloc sur ce chapitre, sans doute le plus sensible et polémique de l'Agenda des 146, Cairns comme Washington s'accordent à mettre l'Union sur la sellette et à réclamer la suppression des subventions à l'exportation, ainsi que des réductions plus que « substantielles » des droits de douane et soutiens internes. Les 17, parmi lesquels figurent l'Australie, le Canada, le Brésil, l'Argentine, l'Afrique du Sud, l'Indonésie et la Malaisie, ont une «forte communauté de vues» et «d'ambition pour la libéralisation du commerce agricole » avec les Etats-Unis, la Chine et l'Ouganda. C'est ce qu'ils indiquent dans le communiqué final d'une réunion ministérielle qui s'est tenue cette semaine en Bolivie, en présence d'invités « spéciaux », dont le Représentant américain au Commerce Robert Zoellick et le Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce Supachaï Panichpakdi.
« Si on lit ce communiqué, il est évident que la position du Groupe de Cairns est ultra radicale et qu'elle ne va pas faciliter les négociations, simplement parce qu'elle va au-delà de ce qui a été convenu à Doha ; certains points de leur déclaration apparaissent même comme des provocations car ils ne correspondent pas à l'Agenda» de l'OMC, souligne-t-on ce jeudi à Bruxelles, où l'on constate, ayant bien du «mal à comprendre », que les 17 parlent d'une conformité de vues avec les Etats-Unis, au moment où les Etats-Unis vont à l'encontre de la dynamique de Doha et des intérêts de Cairns. « Est-ce à dire qu'ils sont d'accord avec le Farm Bill ?», s'étonne-t-on, vu que la nouvelle loi américaine enfle les subventions agricoles de près de 70% au lieu de les réduire. Et de rappeler que cette enveloppe aura un impact très négatif sur les prix de certains produits comme le coton «qui sont très importants» pour les exportations du groupe et les pays en développement. Enfin, les Européens ne se sentent pas concernés par la référence de Cairns à une « absence de progrès » depuis la fin du Cycle d'Uruguay, en termes de réduction des subventions et protections « massives », qui perdurent dans les pays développés encore au-delà de 310 milliards de dollars en 2001. « Nous avons réduit nos subventions ayant des effets distorsifs sur les échanges et nous avons pris, de notre propre initiative, des mesures pour ouvrir l'accès de notre marché aux exportations des pays en développement », rappelle-t-on en se défendant aussi de « bloquer le processus OMC », simplement parce que « nous travaillons (encore) sur nos propositions » de réforme. « Nos délais sont clairs et nous travaillerons de manière constructive pour atteindre cet objectif-là», confirme-t-on, en référence à l'échéance cruciale à laquelle devront être finalisées les modalités des négociations sur l'agriculture à l'OMC.