Gand, 20/10/2001 (Agence Europe) - Le Sommet informel de Gand du 19 octobre est parvenu à une série de conclusions concrètes, en particulier en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, a dit le président du Conseil européen Guy Verhofstadt, qui est venu informer la presse à deux reprises - à 20 heures et peu après 23 heures, avec le président du Conseil, Louis Michel, le Haut représentant/Secrétaire général du Conseil, Javier Solana et, seulement la première fois, le Président de la Commission européenne Romano Prodi - sur les résultats de ce Sommet consacré essentiellement aux suites des attentats du 11 septembre et à l'euro, à l'élargissement et à l'avenir de l'Europe (voir autres nouvelles).
En ce qui concerne la situation économique en Europe et dans le monde après les attentats contre les Etats-Unis, le Premier ministre belge, interrogé sur l'opportunité ou non que la Banque centrale européenne baisse les taux d'intérêt, s'est borné à relire la déclaration de Gand selon laquelle les perspectives d'une baisse ultérieure de l'inflation et la poursuite de la modération salariale devraient fournir une marge de manoeuvre à la politique monétaire (le texte finalement adopté reste donc assez vague, alors qu'un projet précédent était plus péremptoire et parlait d'initiatives que les autorités monétaires européennes pourraient prendre: voir autre nouvelle au sujet de la conférence de presse de Didier Reynders, Pedro Solbes et Wim Duisenberg). Nous avons donné "cinq orientations, cinq lignes de forces pour avoir en 2002 une croissance supérieure à celle de 2001", a-t-il dit. Notre message est d'un « optimisme prudent », a-t-il encore remarqué. Quant à Romano Prodi, il a souligné en particulier que la Banque européenne d'investissement avait coopéré avec la Commission en examinant de quelle manière elle pouvait développer ses activités en faveur des investissements, notamment dans les réseaux transeuropéens et la recherche (les effets, bien, sûr, ne se feront pas sentir dans le court terme, a-t-il remarqué).
Lutte contre le terrorisme: notre position est plus claire et ferme que le 21 septembre, affirme M. Verhoftstadt
A propos de la déclaration de Gand sur le terrorisme, M. Verhofstadt a estimé que « nous avons été beaucoup plus clairs et plus fermes que le 21 septembre, car nous avons fait des recommandations concrètes », en soulignant plus particulièrement la « percée » que représente la demande adressée au Conseil JAI d'éliminer, dans la définition du mandat d'arrêt européen, le principe de la double incrimination, qui « disparaîtra pour la majorité des grands délits », et notamment le terrorisme (cette question était l'un des plus controversée lors du dernier Conseil JAI: voir EUROPE du 18 octobre p.7). Et, en indiquant que l'UE envisage 79 mesures concrètes pour lutter contre le terrorisme, il a signalé que les conclusions de Gand en reprennent quelques-unes suggérées par les Américains, sur une liste d'une quarantaine de propositions qu'ils ont faites à l'UE. Nous avons aussi donné un « mandat important », à la Présidence et à Javier Solana, de prendre contact avec les pays voisins de l'Afghanistan pour obtenir leur soutien à notre politique vis-à-vis de Kaboul, a souligné M. Verhofstadt. Quant à l'aide humanitaire, il a relevé le message du Sommet selon lequel le coût des réfugiés afghans doit être partagé par la communauté internationale, et pas supporté par les seuls pays voisins de l'Afghanistan.
Dans ce contexte, M. Verhofstadt a aussi annoncé qu'il participera personnellement à une mission de l'Union qui se rendra au Proche-Orient pour essayer d'obtenir une relance sans conditions du processus de paix. Cela va plus loin que nos précédentes démarches, a-t-il estimé.
Quant au Sommet Chirac-Blair-Schröder, M. Verhofstadt a, en répondant à des questions, affirmé qu'il s'était agi d'une réunion « technique », et que l'important, c'est que « c'est l'Union à Quinze qui décide ». M. Prodi, pour sa part, a reconnu qu'il avait été « malheureux, hier » d'apprendre cette initiative, mais qu'il y avait eu des « clarifications ».
La déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement sur les suites des attentats du 11 septembre a finalement bien repris les expressions de «solidarité totale avec les Etats-Unis» et de «soutien entier et sans équivoque ». Ces expressions n'étaient pas inclues dans le premier projet de la Présidence, qui apparaissait donc apporter un soutien moins fort que ne l'avaient fait les Quinze jusqu'à présent, y compris au Conseil Affaires générales de mercredi (voir EUROPE d'hier p. 3). Les Quinze, en revanche, n'ont pas retenu l'affirmation de la nécessité «d'éliminer » le régime taliban (certains chefs de gouvernement n'étaient même pas conscients du fait que cette expression figurait dans un texte initial, ayant travaillé seulement sur une version révisée vendredi à Gand), mais ils ont ajouté l'affirmation de leur détermination «à combattre le terrorisme sous toutes ses formes et partout dans le monde », alors que la première version du texte ne parlait que de combattre le terrorisme taliban. "Il faut qu'il soit clair que l'Union va mettre tout en oeuvre pour mettre fin à la terreur dans le monde, car un monde qui tolérerait la terreur irait à sa perte", s'est exclamé Guy Verhofstadt devant la presse.
Il faut renforcer l'intégration européenne, dit M. Schröder, qui critique le Conseil JAI
Le chancelier allemand Gerhard Schröder a, devant la presse, justifié le bref Sommet germano-franco-britannique de Gand en rappelant, comme d'autres, que des rencontres de ce type ont souvent lieu avant les Conseils européens (comme les Sommets du Benelux qui, a-t-il remarqué, ne sont certainement pas dirigés contre l'Union). Et il a plaidé, justement, pour davantage d'intégration européenne, afin que l'Union devienne réellement capable d'agir sur le plan international: l'Union n'a pas encore atteint un degré d'intégration suffisant pour agir de manière « autonome » sur la scène internationale. Par ailleurs, il a insisté sur une décision rapide de l'UE sur le mandat d'arrêt européen, en dépit, a-t-il dit, de l'«esprit tatillon» de certains - allusion évidente et critique aux atermoiements des ministres de la Justice et de l'Intérieur. Interrogé enfin sur la politique de la BCE en matière de taux d'intérêt, il a répliqué que la Banque centrale européenne suit une politique « raisonnable », mais que « la raison peut toujours s'améliorer ».
Tony Blair se félicite de voir les Quinze restés unis pendant les frappes militaires
Le Premier ministre britannique s'est félicité de ce que les Quinze aient fermement réaffirmé leur soutien total pour les Etats-Unis «alors que les frappes ont commencé ». «C'est maintenant le moment le plus difficile, les frappes ont commencé, les soucis humanitaires apparaissent, et pourtant aucun doute n'a été exprimé autour de la table » à propos des actions militaires, a déclaré Tony Blair. A propos des frappes, il a souligné que les alliés ont «déjà infligé beaucoup de dommages aux talibans, mais il faut poursuivre; nous entreprendrons toutes les actions nécessaires, continuerons les frappes, réfléchirons bien aux prochaines étapes, et soutiendrons l'Alliance du Nord, en gardant toujours à l'esprit la nécessité d'arriver à un succès aussi vite que possible ». Interrogé sur le fait que l'affirmation de la nécessité d'éliminer le régime taliban présente dans une première version de la déclaration n'avait finalement pas été retenue, il a déclaré qu'il était clair pour les Quinze que les objectifs que tous se sont fixés pour l'Afghanistan passent par la fin du régime Taliban. Les autres pays ne seraient-ils pas humiliés de ne pas avoir été conviés au mini Sommet qui a précédé le Conseil européen ? « Il était important que ceux qui apportent une contribution militaire puissent en parler ensemble, mais il ne s'agit pas d'un manque de respect pour les autres pays » a répondu le leader travailliste en ajoutant le plus sérieusement du monde qu'il «rendait hommage aux contributions de l'Espagne et de l'Italie aux efforts en Afghanistan» (sachant que ces pays, qui avaient offert leurs services, étaient les plus vexés de ce Sommet à trois). Pour ce qui est des mesures à prendre au sein de l'UE, Tony Blair a souligné qu'il fallait renforcer la coopération judiciaire en mettant fin aux «obstacles bureaucratiques ». Il a aussi affirmé la nécessité de «renforcer le processus de réforme économique » en soulignant l'importance du Sommet de Barcelone, qui sera consacré en mars prochain au suivi de Lisbonne.
Jacques Chirac regrette que le Conseil JAI « piétine » sur le mandat d'arrêt européen - selon M. Jospin, les marges de manoeuvre monétaires doivent limiter l'utilisation de l'arme budgétaire
Exposant les conclusions du Sommet sur les actions contre le terrorisme, le président français, Jacques Chirac, a défendu l'action militaire en Afghanistan en soulignant que « son objectif est simple et clair: mettre à bas le réseau Al Qaïda, et le régime où il a prospéré c'est-à-dire le système taliban qui est aujourd'hui le principal artisan des actions terroristes dans le monde ». « La France contribue à cette action », a-t-il ajouté. La question d'un engagement plus important des forces françaises est « prématurée », mais « la France fait connaître que si la question se posait, elle le ferait, en tenant compte des objectifs et des modalités. J'ajouterai que le minimum de discrétion est nécessaire dans ce domaine ».
« La France appuie résolument » la démarche entreprise pour l'adoption du mandat d'arrêt européen, en regrettant que « malheureusement, comme l'a montré le dernier Conseil des ministres de la justice, les discussions piétinent ». « J'appelle à faire preuve de la volonté politique nécessaire », a-t-il ajouté en estimant que la date du 7 décembre fixée pour l'adoption d'un accord politique sur le mandat « devrait être respectée ». Le Premier ministre Lionel Jospin a ajouté que « la France est prête à aller loin dans la création d'un espace judiciaire européen. Quelque pays ont encore des problèmes, mais nous comptons participer à la réalisation d'un consensus ». M. Jospin a aussi relevé que la déclaration économique du Sommet « indique des pistes d'actions collectives » pour réagir au risque de choc après les attentats du 11 septembre. « Il y a un consensus pour dire que tous les moyens de la politique économique doivent être utilisés pour limiter l'ampleur et la durée du ralentissement en Europe. La politique monétaire est l'outil principal de cette réponse collective. Elle a déjà été actionnée le 17 septembre et nous l'avons salué ». Selon lui, « les marges de manoeuvre » qui pourront être utilisés en maintenant l'inflation au plus bas, devraient permettre d'« éviter toute utilisation excessive de l'arme budgétaire ». Il a assuré que le Sommet a retenu le « principe de laisser jouer les stabilisateurs automatiques » afin « de ne pas amplifier le choc économique de confiance ». Interrogé sur la nécessité d'un remplacement de Wim Duisenberg à la BCE, M. Chirac a répondu que: « la question n'est pas d'actualité pour 2001 »
Balayant les critiques du Premier ministre italien sur l'organisation du Sommet entre la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne, Jacques Chirac a estimé que « Silvio Berlusconi a créé un problème qui n'existe pas ». "Nous nous sommes réunis à trois comme c'est régulièrement le cas pour parler que de questions militaires qui nous concernent. On nous accuse de vouloir élaborer un directoire. C'est une idée qui réapparaît chaque fois qu'il y a une initiative commune depuis trente ans. Lorsque la France et l'Allemagne présentent une lettre commune avant un Sommet, on parle de directoire et lorsqu'elles ne le font pas, on dit que l'Europe est en panne. C'est une idée dépourvue de fondement et d'ailleurs d'intérêt".
M. Aznar insiste sur la lutte contre le terrorisme en Europe
Dans son intervention devant la presse, le Premier Ministre espagnol a surtout insisté sur la lutte contre le terrorisme. « Aujourd'hui les Quinze ont beaucoup avancé pour l'harmonisation de l'espace de justice et de sécurité », a-t-il déclaré. José Maria Aznar a souligné l'importance pour l'UE d'adopter avant la fin de l'année une liste des groupes terroristes européens. Cette liste devrait selon lui inclure tant les terroristes que les personnes qui soutiennent le terrorisme et ceux qui leur apportent un soutien idéologique. A propos du Sommet à trois, il a estimé qu'il ne fallait pas exagérer cette rencontre, « ce n'est ni la première fois ni la dernière fois que des chefs d'Etat et de gouvernement se rencontrent ».
M. Schüssel insiste sur le lien entre sécurité intérieure et extérieure
Le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel a confirmé lors de sa conférence de presse que le Sommet franco-anglo-allemand ne posait pas de problème à l'Autriche, puisqu'il portait sur des questions militaires qui ne concernaient pas le Conseil européen. En notant que l'intégration européenne s'est souvent développée suite à des crises, il a insisté par ailleurs sur le lien entre sécurité intérieure et extérieure, et a dit que l'Autriche avait obtenu que la déclaration de Gand sur la lutte contre le terrorisme précise que cette lutte sera menée en respectant les dispositions constitutionnelles de chaque Etat membre. Autre résultat obtenu par l'Autriche, selon M. Schüssel, l'exigence de prendre les empreintes digitales de tous les immigrants, et pas seulement des demandeurs d'asile.
M. Berlusconi espère que la prochaine CIG s'achèvera sous Présidence italienne
Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi, qui a parlé à la presse sans répondre à aucune question, a répété ses déclarations de la veille selon lesquelles il n'aurait pas pu, de toute façon, participer au Sommet franco-germano-britannique, parce qu'il était retenu par le Sommet du PPE à Gand, et a souligné que ce Sommet était en fait une consultation purement technique, qui n'avait rien à voir avec le Conseil européen. Au sujet de la lutte contre le terrorisme, M. Berlusconi a affirmé que l'Italie a une position de pointe dans la mise en oeuvre de la résolution de l'ONU sur le financement des réseaux terroristes. Quant au débat sur l'avenir de l'Europe, il a répété que l'Italie espère avoir « l'honneur » d'être, à la fin du deuxième semestre de 2003, la Présidence du Conseil de l'UE sous laquelle s'achèvera la prochaine CIG.
Réactions au Sommet Chirac-Blair-Schröder: la plupart des chefs de gouvernements
l'ont jugé tout à fait normal
Les chefs de plusieurs pays plus « petits » ou neutres ont répondu en particulier aux questions de la presse au sujet du Sommet entre Jacques Chirac, Tony Blair et Gerhard Schröder, sans s'en offusquer. Ainsi, le Premier ministre portugais Antonio Guterres a estimé que de telles rencontres sont admissibles, et que ce qui compte, c'est qu'on décide à Quinze, et le Grec Costas Simitis s'est exprimé dans le même sens, en notant que, lors du Conseil européen de Gand, les trois pays concernés avaient exprimé des vues qui n'étaient pas identiques, ce qui prouve qu'il ne s'agissait pas d'un nouveau Directoire. Quant au Premier ministre finlandais Paavo Lipponen, qui a parlé d'"hystérie médiatique", il a affirmé: "Nous n'avons pas été informés, et nous n'avions pas besoin de l'être". A propos du débat sur la situation économique après les attentats du 11 septembre, M. Lipponen a souligné en particulier l'importance de poursuivre avec détermination la stratégie de Lisbonne, et a insisté sur un plan concernant la biotechnologie à développer avant le Conseil européen de Barcelone en mars 2002. Quant à la présidente de la République finlandaise Tarja Halonen (Français et Finlandais sont les seuls qui participent aux Conseils européens avec leurs chefs d'Etat et de gouvernement: NdlR), elle a surtout évoqué l'avenir de l'Afghanistan, en soulignant la nécessité que ce pays vive dans la paix et la démocratie, mais aussi que les Afghans eux-mêmes choisissent leur régime.« Nous soutenons pleinement les opérations en Afghanistan », a déclaré le Premier ministre irlandais Bertie Ahern, en s'exprimant dans le même sens, et en insistant sur le volet humanitaire des opérations et le soutien non seulement aux réfugiés mais aussi aux populations en Afghanistan même. Le Taoiseach considère lui aussi normal que certains Etats membres se concertent entre eux sur certaines questions, à plus forte raison s'il s'agit de questions militaires qui ne sont pas de la compétence de l'UE, et le Premier ministre néerlandais Wim Kok a parlé, lui aussi, d'une réunion "technique".